» Il est difficile de comprendre le scandale causé par Les Baigneuses au Salon de 1853. La figure de gauche, malgré sa forte musculature, est pourtant moins agressive que celle de Jordaens ou Rubens ! Ce tableau marque cependant une réelle rupture dans l’histoire de la peinture, car il s’oppose avec véhémence aux nus académiques, lisses et idéalisés, que les peintres pompiers accrochaient alors aux cimaises du Salon.
Première femme déshabillée du siècle et premier nu réaliste, il scelle la rencontre de Courbet avec Alfred Bruyas qui, conscient de l’importance de l’œuvre, l’achète, malgré sa laideur pour l’amour de l’art. En s’autorisant à voir une femme ordinaire et à la montrer telle quelle, avec sa croupe de pécheronne selon le mot de l’impératrice, le peintre a donné naissance à la femme moderne, celle qui, sous les traits de Victorine Meurent, le modèle de Manet, allait une décénnie plus tard, regarder le spectateur droit dans les yeux dans Le Déjeuner sur l’herbe et Olympia.
Personnification de la bourgeoise opulente selon Proudhon ou parodie de thèmes religieux comme l‘Annonciation ou le Noli me tangere pour Werner Hofmann, Les Baigneuses précisent le désir transgressif de Courbet, dont le but est de renverser l’art académique pour construire une nouvelle peinture. Allégorie de la peinture réaliste, débarrassée de tous les artifices qui ont fait du nu au XIXe siècle le lieu de tous les combats picturaux, Les Baigneuses ont ouvert la voie à l’impressionnisme qui a trouvé en elles une nouvelle façon de montrer dans le paysage.
Cette académie, exposée à côté des Lutteurs, son pendant masculin, était porteuse de messages, malgré une gestuelle indécodable. Femme qui marche en s’éloignant du spectateur, offrant de façon provocante son dos aux regards, ce n’est pas une femme-objet, et l’on ne doute pas, en la voyant, qu’elle conduise sa vie et son corps à sa guise, quelques années avant Les Demoiselle des bords de Seine. » Michèle HADDAD ( Docteur en Histoire de l’Art, enseignante française, écrivain – Spécialiste de Gustave COURBET)

P.S. Alfred BRUYAS qui a acheté le tableau Les Baigneuses de Courbet, fut un passionné d’art, un grand collectionneur et mécène. Il restera très ami avec Courbet jusqu’à la fin de sa vie, laquelle surviendra la même année pour tous les deux. Il a fait don de ce tableau et de toute sa collection au Musée Fabre.





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