
Malgré un souci face à la réaction d’Hector Berlioz, cet opéra rencontrera un succès retentissant car reconnu comme étant remarquable par la simplicité des mélodies, la fécondité des idées et les effets du chant. Il sera présenté à l’Opéra Comique jusqu’en 1814, puis réadapté pour la Scala de Milan. C’est une œuvre lyrique que la France avait l’habitude de mettre au programme tous les 14 juillet.
On l’a souvent donné, également (probablement pour son côté patriotique) en temps de guerre et à la fin de la guerre. Le Metropolitan de New York le fera en 1942 pour honorer les troupes françaises libres conduites par le Général. On remplaça alors le Vive la France par La Marseillaise, et le drapeau français par celui de la France Libre.
J’ai évoqué, au début de cet article, la réaction de Berlioz : en effet, le compositeur français, avait décidé de mettre son petit grain de sel pour enrayer la machine du succès de cet opéra. Dans un article rédigé pour Le Journal des débats, il écrira : » Mr Donizetti semble vouloir nous traiter en pays conquis. C’est une véritable guerre d’invasion ! On ne va plus parler des théâtres lyriques de Paris, mais des théâtres Donizetti ! « . Pour lui, La fille du régiment était une copie bâclée d’un opéra du passé signé du compositeur Auber. La musique lui semblait avoir été terminée un peu trop vite et certains passages des reprises de partitions d’opéras anciens de Donizetti.
Il faut dire que les deux compositeurs étaient des personnalités bien différentes l’une de l’autre : Berlioz représentait une musique novatrice, ambitieuse, et malheureusement il faut le dire : incomprise. Donizetti était une espèce de caméléon musical, capable d’aborder toutes sortes de styles divers et variés qui dérangeaient énormément Berlioz.
La fille du régiment est un exemple typique de cette capacité d’adaptation propre à Donizetti et quoi qu’ait pu en dire ou penser Berlioz, cet opéra est vraiment un petit trésor du répertoire lyrique. Il se présente en deux aces. Il fut écrit pour contrecarrer, pourrait-on dire, l’opéra dit » aristocratique » et vieillot de la Cour. On y trouve des thèmes bien populaires, terre-à-terre, avec des personnages extraits de la classe moyenne qui, du reste, ne se gênaient pas pour ironiser et égratigner un peu la noblesse.
Le livret est de Jules Vernoy de Saint-George et François Bayard. C’est une œuvre pétillante, un brin nostalgique. La musique se mêle adroitement à la musique militaire avec des marches, des mélodies sentimentales et des odes patriotiques. Tout cela fait avancer l’action et c’est très franchement divertissant et mené tambour battant !
Pour cet opéra, Donizetti va radicalement changer de ton. Il sera ponctué d’arias, de duos et de chœurs qui évoqueront bien ce côté militaire et se termine par un Vive la France qui va conquérir et toucher le cœur du public parisien. Il s’est parfaitement intégré dans le climat du pays à cette époque. Il y avait eu en 1789 la Révolution, puis la République, l’Empire, la Monarchie, le renversement de Charles X et Louis Philippe.
C’est une œuvre facétieuse, cocasse, qui présente des véritables exercices de bravoure vocale. N’oublions pas, à ce propos, qu’on l’a surnommé le Mont Everest du Bel Canto ! et ce que ce soit pour le ténor ou la soprano. Pavarotti a vu sa carrière propulsée pour son rôle de Tonio et ses arias interprétées avec une facilité vocale incroyable et ses duos avec Joan Sutherland qui sont restés dans toutes les mémoires.
Dans une période plus récente, les critiques ont salué les performances de Natalie Dessay et Juan Diego Florez qui se sont distingués dans les rôles principaux de cet opéra et ont merveilleusement relevé le défi des précédents interprètes. Dessay a été simplement époustouflante, drôle, malicieuse, piquante, avec une voix colorature d’une finesse magique et qui s’adaptait tout à fait au chant que Donizetti avait dû souhaiter dans sa composition. Quant à Florez, c’est un artiste lyrique doté d’une voix superbe, volubile, généreuse, subtile. Il a , lui aussi, ce fameux contre-ut remarquable qu’avait Pavarotti. Leur duo a fonctionné à merveille ( et avec grand succès) à chaque fois qu’ils se sont retrouvés tous les deux pour l’interpréter.




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