
» Ce portrait est esquissé lors d’un voyage d’André Le Nôtre en Italie au cours de l’été 1679. Le jardinier du roi est désigné par le Contrôleur général des finances Jean-Baptiste Colbert pour une mission d’observation au sein de l’Académie de France à Rome. Il doit s’informer de l’état d’avancement d’œuvres commandées par le roi, comme la statue équestre de Louis XIV, exécutée par Le Bernin. Au début du mois d’août, une lettre de Colbert évoque le peintre Carlo Maratta que le Nôtre rencontre quelques jours plus tard par l’intermédiaire de Charles Errard, directeur de l’Académie de France. C’est probablement à cette occasion que le jardinier commande son portrait au maître italien .
Protégé par des grands mécènes, Maratta est l’artiste en vue de Rome. Il esquisse ce portrait avant le départ de Le Nôtre à la fin du mois d’août 1679. Le tableau est achevé et expédié plus tard avec d’autres commandes émanant du roi de France comme la scène Apollon et Daphné qui est exposée dans la salle à manger de sa maison du quartier du Tuileries avec d’autres peintures de famille.
A la mort de Le Nôtre en 1700; son épouse Françoise Langlois en hérite et la lègue à sa filleule Françoise-Andrée Bombes et son époux Armand-Claude Mollet. L’œuvre sera transmise d’héritiers en héritiers. Au cours du XVIIIe siècle, le portrait sera restauré par Robert Picault, avant son acquisition par le musée du Louvre en 1822 par un certain Lespinasse de Langeac. Il va circuler au sein de la Maison royale de Saint-Denis, du château de Compiègne et intégrera finalement les collections les collections du château de Versailles après 1837.
La figure du serviteur royal couvre l’essentiel de la toile. Né dans une famille de jardiniers du roi, Le Nôtre est alors âgé de 66 ans. Il est représenté à mi-corps, avec un profil de trois quarts, le regard tourné vers la droite. Il arbore une large perruque et un costume en satin noir. Ce dernier est rehaussé au col et aux manches par une fine dentelle, avec également le cordon de l’ordre royal de Notre-Dame du Mont-Carmel et de Saint-Lazare de Jérusalem, dont il est fait chevalier en août 1681. Il tient dans sa main droite un rouleau de papier qui rappelle que l’exercice de son art des jardins passe par la conception de multiples projets portés sur des plans. Sa main gauche, ouverte, suggère quant à elle la présentation d’une réalisation.
Une colonne apparaît au second plan à droite, tandis qu’à l’opposé, un paysage boisé et verdoyant rappelle le domaine d’intervention privilégié de Le Nôtre : les jardins. Toutefois, le sens de son action qui consiste à « domestiquer » la nature autour de motifs géométriques caractéristiques des jardins à la française cède ici la place à une scène à l’apparence désordonnée. Le peintre italien et ses collaborateurs manquèrent probablement d’informations pour relier davantage le sujet à son objet. Jardinier du roi depuis 1637, sa réputation n’est pourtant plus à faire. Il multiplie les projets ambitieux et novateurs qui font de lui un artiste renommé en France et en Europe, comme les jardins emblématiques de Vaux-le-Vicomte, Fontainebleau ou Versailles » Stéphane BLOND (Maître de conférences à l’Université de Evry Val d’Essonne)







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