» Tomate : légume très timide qui rougit en prenant des formes » Émile CHARTIER (Essayiste français, professeur, philosophe) –
A noter que la tomate est un fruit, pas un légume et ce même si elle entre dans de nombreuses utilisations culinaires . Très nutritive, elle se mange cuites, crues, en soupe, en jus, en sauce.
Comme on peut en juger d’après la photo ci-dessous, il existe un nombre incroyable de variétés de tomates. La reine des assiettes d’été, celle qui a tant de succès dans les salades, la ratatouille, la pizza etc… a, très longtemps, été mise de côté car on la disait immangeable, toxique, voire même dangereuse. Louis XIV, par exemple, réputé pour être un grand consommateur de fruits et légumes, n’a jamais voulu goûté à une tomate car considéré comme un « poison »

Voici la petite histoire de la tomate racontée par Éric BIRLOUEZ ingénieur agronome français et sociologue de l’alimentation :
» La tomate vient d’Amérique, de ce Nouveau Monde qu’ont découverts les conquistadores. En 1519, une poignée d’Espagnols débarquent sur les rives du golfe du Mexique. Ils y rencontrèrent les Aztèques et les petits fruits orangés que ces derniers cultivaient depuis des millénaires : les tomates.
Mais les ancêtres sauvages de la tomate ne poussaient pas au Mexique. Mais plus au sud, dans les vallées côtières de la Colombie, de l’Équateur, du Pérou, au Nord du Chili. Ces tomates sauvages n’étaient pas plus grosses que des cerises.
Certains botanistes pensaient que des graines auraient pu être pu être transportées par les vents et par les oiseaux jusqu’au Mexique où les paysans locaux auraient remarqué dans leurs champs la présence d’une nouvelle plante. Une plante qui donnait des fruits qui ressemblaient à ceux du physalis qu’ils cultivaient. Les paysans aztèques ont alors goûtés les nouveaux petits fruits tombés du ciel, les ont appréciés et ont décidé de les cultiver.
Les premiers européens à manger des tomates ne furent pas les Espagnols mais les Italiens du sud. C’est dans le royaume de Naples , alors possession espagnole il est vrai, que sont mentionnées, pour la première fois, en 1544, la culture et la consommation de tomates. Alors que dans le reste de l’Europe la tomate étaient perçue comme dangereuse.
La tomate est un fruit qui appartient à la famille des solanacées comme la pomme de terre, l’aubergine, les piments, les poivrons, le tabac, le pétunia etc… Avant de découvrir le nouveau monde, les Européens ne connaissaient que quelques espèces de solanacées, le mandragore, le datura, la belladone, la jusquiame. Or ces plantes, bien de chez nous, faisaient partie des herbes de sorcières qui les utilisaient pour leurs effets hallucinatoires, mortels aussi à fortes doses. D’où cette méfiance vis-à-vis de la tomate…
Du coup, on va cultiver la tomate dans les jardins français comme une plante ornementale, décorative. Et finalement il faudra attendre plus de 200 ans après leur arrivée en Europe pour que des gens du Midi ne se décident à cultiver des tomates.
On lit parfois que les Parisiens ont découvert la tomate pendant la Révolution, lorsque des soldats provençaux sont montés à la capitale pour participer à la Fête de la Fédération en juillet 1790. Ces militaires auraient réclamé à cors et à cris des tomates aux aubergines aux Parisiens. Mais, en réalité, la tomate était devenu populaire à Paris dans les années précédant la Révolution , grâce à des Marseillais qui étaient montés à Paris pour ouvrir des restaurants qui proposaient des tomates provençales.
Lorsque le chemin de fer s’est développé, cela a permis aux maraîchers du Midi d’expédier de grandes quantités de tomates fraîches vers la capitale. Au même moment apparait une autre innovation : la conserve. Inventée au début du XIXe siècle, par le français Nicolas Appert. Et là, des tonnes de tomates en boites sont parvenues dans l’Hexagone et notamment en provenance des colonies d’Afrique du Nord.
Au début du XIXe siècle la tomate refait le voyage dans l’autre sens : elle avait été remarquée par Thomas Jefferson, le futur président américain, lors de son séjour dans le sud de la France, dans les années 1780. Il en fait planter dans son domaine personnel, en Virginie, et rapidement la tomate américaine devient l’ingrédient phare du …. ketchup ! En 1876, un industriel, un certain Henri John Heinz ajoute du sucre pour en adoucir le goût et aussi pour prolonger la durée de conservation. «
La tomate, elle aussi a inspiré poètes et peintres – En voici une petite sélection :

»Tomate nous louerons ta somptuosité
Peau de satin tendue sur tes rotondités
Incarnat de ton teint au plus chaud des étés
Chair d’où coule un beau suc en toute volupté
Tomate nous louerons ton parfum enivrant
Accroché à nos mains quand nous allons cueillant
Ta belle pomme d’or au jardin t’accueillant
Avant que de mourir sous la dent des gourmands
On pourrait te farcir et te dorer au four
Mais on ne veut pour toi, belle pomme d’amour
Que la simplicité , franchise sans détour
En salade , vois-tu, on t’aimera toujours ! » Michèle CORTI (Poétesse française)

» La tomate
Trop timide, la tomate
Devient écarlate
Quand on lui dit qu’elle est belle
Un rien l’épate.
Elle se dresse sur ses pattes
Pour imiter les hirondelles
Elle rêve d’avoir des ailes,
S’arrondit, se gratte,
Se gonfle d’eau, se dilate,
Mais a chaque fois ça rate :
Aucune plume ne pousse
A son épaule tendre et douce.
La tomate échec et mat
Se résigne, s’acclimate,
Mais sous son air ombrageux,
Puisque le ciel est paradis perdu
Elle mijote son jus d’aromates,
Un songe rouge et nuageux. « Charles DOBZINSKI (Poète et écrivain français)

» La rue
s’est remplie de tomates
midi, été, la lumière
se coupe en deux moitiés de tomate,
dans les rues le jus coule.
En décembre la tomate se déchaîne,
envahit les cuisines,
s’introduit dans les repas
s’assied calmement
sur les buffets, parmi les verres,
les beurriers, les salières bleues.
Elle a une lumière propre,
une majesté bénigne.
Nous devons, par malheur, l’assassiner :
le couteau plonge
dans sa pulpe vivante,
c’est un rouge viscère,
un soleil frais, profond, inépuisable,
elle emplit les salades du Chili,
elle se marie allégrement
avec le clair oignon
et pour fêter ça on laisse
tomber l’huile, fille
essentielle de l’olivier,
sur ses hémisphères entrouverts,
le poivre ajoute son encens
le sel son magnétisme :
ce sont les noces du jour,
le persil plante ses banderoles
les patates bouillent vigoureusement,
le rôti frappe de son arôme à la porte,
c’est le moment, allons!
Et sur la table, à la ceinture
de l’été, la tomate,
astre de terre,
étoile répétée et féconde,
nous montre ses circonvolutions,
ses canaux, l’insigne plénitude
et l’abondance sans noyau,
sans cuirasse, sans écailles ni arêtes,
nous livre le régal
de sa chaleur fougueuse
et la totalité de sa fraîcheur. » Pablo NERUDA (Poète, écrivain, intellectuel chilien – Extrait de son recueil Odes élémentaires )







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