« Le but de l’art n’est pas la beauté, mais la vérité  » Karoly FERENCZY

 » Autoportrait dans l’atelier  » 1903 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)

Je suis vraiment ravie que certaines des expos proposées, actuellement, à Paris concernent des peintres un peu (voire même beaucoup) méconnus en France, car ils méritent que l’on s’y attarde . En conséquence, direction le Petit Palais ce matin, pour la magnifique rétrospective d’un peintre hongrois très talentueux, surnommé le peintre de la lumière (naturelle) , un maitre de la couleur, un artiste audacieux, éclectique, un grand paysagiste, un merveilleux portraitiste, célèbre en Hongrie , puisqu’il est considéré comme le père de l’impressionnisme et post-impressionnisme hongrois, l’un des principaux représentants de la modernité picturale hongroise arrivée dans son pays au XIXe siècle .

Attention le terme  » impressionnisme  » étant vu dans ce cas, comme quelque chose de très moderne et indépendant dans le domaine de la peinture, sans pour autant, se considérer comme un « membre » du mouvement pictural français mené par Claude Monet et autres.

Elle s’intitule : Karoly FERENCZY-Modernité hongroise … Jusqu’au 6 septembre 2026 (en collaboration avec le Musée des Beaux-Arts de Budapest et la Galerie nationale hongroise )

Au travers d’environ 140 œuvres (peintures et dessins) et en suivant un parcours chronologique et thématique, vous pourrez admirer le travail de ce peintre dont on peut dire que, même s’il ne fut pas impressionniste, postimpressionniste, naturaliste, symboliste, ou nabi, ou membre de l’un de ces mouvements, il a quand même des caractéristiques qui se rattachent à eux. On peut dire qu’il a retenu, dans chacune, ce qui pouvait être en harmonie avec ses idées, pour créer sa propre identité .

Tout au long de sa vie, il n’a eu cesse d’être dans une recherche picturale pour atteindre un but pour lequel on peut se demander s’il a réussi à l’atteindre véritablement. En fait, il a voulu essayer différentes choses. Il a eu une première période plutôt naturaliste probablement inspirée par son séjour à l’Académie Julian de Paris, où il est resté deux ans auprès de Jules Bastien Lepage. Il continuera, d’ailleurs, a toujours se suivre et se tenir au courant des développements de la peinture à Paris.

Parallèlement à la peinture, il y a le dessin qui a tenu une grande place dans sa vie. Il a touché un peu à tout : aquarelle, encre, plume, fusain (son préféré) avec talent. On y retrouve des portraits, des dessins préparatoires pour de futurs tableaux, des illustrations pour des affiches et des magazines.

« Portrait de son épouse  » 1894 (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)

Quelques années après son retour dans son pays, il a fondé une colonie d’artistes qui s’est installée à Nagybanya, en pleine nature où il a abordé et expérimenté le symbolisme. Ce fut une période d’une grande spiritualité picturale, là où il a trouvé un épanouissement dans sa peinture. Ses couleurs, qui auparavant étaient plutôt effacées, sont devenues plus éclatantes.

Il a, à cette époque, illustré de nombreux poèmes, notamment ceux de Jozsef Kiss avec des dessins plutôt tourné vers le mouvement nabi.

La nature et les paysages tiennent une grande place dans son travail et sont souvent portés par un idéal artistique et une grande spiritualité. On trouve également des scènes de vie très intimistes, des nus, des portraits de famille ou de proches, ainsi que des scènes religieuses. Le trait est infiniment minutieux, souvent quasi photographique.

 » Garçons jetant des cailloux  » 1890 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise / Musée des Beaux Arts de Budapest)
‘ Jeunes filles jardinant  » 1889 Karoly FERENCZY (Collection particulière)
 » Nu féminin sur fond vert  » 1911 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)

Il est né Carl Freund à Vienne en 1862, qui était alors dans l’empire austro-hongrois. Sa mère, Ida, décède peu après sa naissance. Son père travaille alors comme cadre dans une compagnie ferroviaire. Il a passé une enfance dans une famille germanophone, plutôt aisée, bourgeoise, baignant dans la culture et l’enseignement catholique. Il a un frère Ferenc.

Son père était un grand amateur d’art et même s’il souhaitait que son fils prenne une autre direction que la peinture, il le soutiendra toujours énormément dans cette voie.

Très tôt attiré par l’art pictural, et après avoir avoir suivi, un temps, des études de droit, ainsi que d’agronomie et botanique, il décide, en 1885, d’aller étudier d’abord à l’Académie des Beaux Arts de Naples, puis l’Académie Julian à Paris. A cette époque il était terriblement intéressé et influencé par le naturalisme français notamment celui du peintre français Bastien Julien Lepage.

L’Académie Julian à Paris sera un passage important pour lui, voire même une révélation parce que c’est là qu’il découvre une grande liberté picturale complètement différente de celle très classique et académique qu’il connaissait auparavant. Son voyage en Allemagne, plus précisément à Munich, va lui faire connaitre le symbolisme, mais il restera toujours très attaché à une grande sensibilité naturaliste.

« Chant d’oiseau » 1893 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)
 » Orphée  » 1894 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise / Musée des Beaux Arts de Budapest)
 » Le sermon sur la montagne  » 1896 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest

Son grand tournant pictural sera son installation à Nagybanya (de nos jours Baia Mare, en Roumanie),un village minier, hongrois en 1906. Là il va s’adonner à la peinture en plein air, sur le motif. Une peinture très observatrice, portée sur la lumière, les différentes fluctuations de l’atmosphère.

Ferenczy restera toujours fidèle à Nagybanya jusqu’à sa mort. Certes, il fera de nombreux déplacements à Budapest, mais reviendra toujours dans ce foyer artistique qui va devenir une grande école de la modernité en Hongrie, soutenue par le gouvernement. C’était une petite ville assez cosmopolite : on y retrouvait des Hongrois, des Roumains, des Tsiganes. L’environnement était très verdoyant, beaucoup de montagnes, mais aussi des forêts, des prairies, tout cela fut propice pour une peinture en plein air. La lumière était d’une grande intensité qui amenait à énormément de sensibilité.

De plus, cette installation n’est pas que personnelle, mais collective, puisque différents peintres, rencontrés à Munich, ayant les mêmes idées que lui, vont venir le rejoindre afin de pouvoir travailler tous ensemble, dans la nature, avec une volonté de modernité. C’est très intéressant car fécond car il y a un grand échange d’idées et de grandes discussions, toutes tournées vers la modernité du paysage.

« La femme peintre  » 1903 – Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)
 » Au sommet de la colline  » 1901 – Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux Arts de Budapest)
 » Soir d’été  » 1904 – Karoly FERENCZY (Collection particulière)
 » Le mur rouge  » 1910 Karoly FERENCZY (Collection particulière)
 » Archers  » 1911 Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise / Musée des Beaux Arts de Budapest)
 » Octobre  » 1903 – Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise/Musée des Beaux-Arts de Budapest)

Ferenczy était connu pour être un homme doté d’une grande culture, polyglotte (il parlait six langues étrangères), très élégant, assez sophistiqué d’ailleurs, sportif (équitation, natation, tir à l’arc) . Un homme très attaché à sa famille et ses proches. Ses enfants diront plus tard qu’il avait été un père infiniment sentimental, bienveillant, sincère.

Il a été marié à Olga Fialka, sa cousine (14 ans de plus que lui), elle-même peintre . Elle décidera d’abandonner son métier après la naissance de leurs enfants : Valér, Noémi et Béni (jumeaux) , se consacrera à leur éducation et jouera un rôle important dans la carrière de son mari. Elle l’encouragera énormément et , ensemble, ils soutiendront beaucoup leurs enfants qui souhaiteront devenir des artistes : Béni dans la sculpture, et Valér qui deviendra un grand peintre, et Noémi qui sera une pionnière dans la tapisserie moderne hongroise.

 » Les enfants du peintre  » 1911 – Karoly FERENCZY (Galerie nationale hongroise)
 » Noémi et Béni, les jumeaux  » 1908 – Karoly FERENCZY (Galerie nationale Hongroise/ Musée des Beaux Arts de Budapest)

Ferenczy fut professeur à l’ École royale hongroise de dessin , mais également le fondateur de l’association Mienk qui regroupe des peintres impressionnistes et naturalistes. Vers la fin de sa vie, il a beaucoup travaillé en atelier à Budapest, mais retournait , chaque été, avec sa famille, à Nagybanya où il retrouve sa chère nature.

De plus, il a été très actif dans la vie intellectuelle de Budapest. Il côtoyait beaucoup de collectionneurs, de critiques d’art, de personnalités culturelles, qu’il portraitisait souvent d’ailleurs.

Il meurt en 1917 des suites d’une grave affection pulmonaire, laissant derrière lui environ un grand nombre de tableaux (près de 400) . Il sera enterré au Cimetière national de Fiumei Ut à Budapest. Il y a un musée Ferenczy dans la cité de Szentendre, en bordure du Danube, pas très loin de Budapest. Il fut fondé en 1951. Il détient des œuvres non seulement de Karoly Ferenczy, mais de ses enfants, notamment Béni et Noémi.

Musée Ferenczy à Szentendre

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