» J’ai un gros rhume,
Et tous nous savons bien à quel point les gros rhumes
Modifient le système tout entier de l’univers,
Nous fâchent avec la vie,
Et nous font éternuer jusqu’à la métaphysique.
J’ai perdu la journée entière tout courbatu à me moucher.
Ma tête explose d’une lourdeur nébuleuse.
Triste condition pour un poète mineur !
En ce jour je suis bel et bien un poète mineur.
Ce que je fus jadis fut un désir ; il s’est brisé.
Adieu à jamais, reine des fées !
Tes ailes, c’était du soleil, et moi ça va comme je peux.
Je n’irai pas bien tant que je ne m’allonge pas sur le lit.
Je ne suis jamais allé bien qu’en m’allongeant sur l’univers.
Excusez du peu… Ah ! quel gros rhum bien physique !
J’ai besoin de vérité et d’aspirine » Fernando PESSOA (Poète et écrivain portugais / Extrait de son recueil Anthologie essentielle)
P.S. Ce poème porte, en fait, la signature de l’un des doubles de Pessoa, sorti de son imagination : Alvaro de Campos.






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