» Ce tableau est une commande de Joachim Heinrich Wilhelm Wagener, banquier et collectionneur d’art. Par son symbolisme, ses effets de lumière caractéristiques et ses figures en semi- silhouettes, il contribua à l’évolution de la peinture de paysage.
Le personnage assis sur le promontoire, au premier plan, est un autoportrait de l’artiste qui se repose, sans doute après une promenade. Élégamment vêtu, il contemple des bateaux sur les eaux calmes , notamment les lueurs de lune qui semble susciter , en lui, une révélation, comme si la lumière divine lui adressait un message.
Il s’agit probablement d’une vue de la mer Baltique, en Poméranie, non loin de la ville natale de Friedrich. Les deux femmes élégantes sont difficiles à identifier car elles tournent le dos au spectateur, mais ce sont des proches du peintre. L’une serait Caroline Bommer, l’épouse de Friedrich depuis quatre ans au moment de la réalisation de la toile, et qui fut, également, son modèle pour d’autres peintures. L’autre serait Marie-Hélène Kügelgen, veuve du peintre Franz Gerhard Von Kûgelgen (1771/1820) le meilleur ami de Friedrich, assassiné deux ans plus tôt.
La lumière éthérée semble se diriger vers les personnages pour susciter l’illusion d’un message divin. Deux navires voguent en silence, tels des fantômes, symboles du chemin de la vie. Les étapes de l’existence de Friedrich sont renvoyées par la lumière céleste et les deux bateaux : il a passé son enfance et son adolescence et il était devenu un adulte. Peint de façon très détaillée, le bateau le plus éloigné navigue toutes voiles dehors, symbole de la jeunesse, tandis que le plus proche, affale les voiles pour révéler la croix de son mât. Il représente la maturité, et suggère le sacrifice du Christ lors de la Crucifixion.
Tandis que la lune se lève, la surface de l’eau commence à chatoyer comme si elle absorbait la lumière du paradis. Un amas de nuages masque en partie la forme arrondie de la pleine lune, proche de l’horizon, de sorte que la lumière éclaire différents éléments par en-dessous. Cette lumière céleste semble se déplacer sur les eaux , créant une impression d’immensité. La lune est ici un symbole d’espoir.
Méticuleux dans les détails, Friedrich utilisa des petits pinceaux et des couleurs diluées et fluides. Il appliqua la peinture par fines touches transparentes sur une esquisse délicate, alternant coups de pinceau courts, hachurés et pointillés subtils, pour créer des fondus de lumière. Dans certaines zones, comme les rochers, le peintre choisit l’impasto pour ses effets de texture.
Vers le milieu de sa carrière , Friedrich fut plus optimiste et sa palette plus vive que jamais. Se tenant à un nombre limité de couleurs, il contrasta les tons froids de la mer et du ciel avec les bruns chauds du premier plan. Ici, sa palette comprend le blanc de céruse, l’ocre rouge, l’oxyde de fer rouge, le bleu de safre, de bleu de Prusse, le jaune de Naples, l’ocre jaune et le noir d’ivoire.
Friedrich fit un clair de lune un moment de transition pour évoquer ses réflexions sur la vie et la mortalité . En exprimant le spirituel, à travers la nature, il reprend les idées exposées par les poètes romantiques contemporains. » Ferme tes yeux de chair pour contempler ton image avec l’œil de l’esprit » dit-il pour expliquer sa philosophie. » Susie HODGE (Historienne de l’art, artiste, journaliste anglaise et auteure de différents ouvrages sur la peinture)
P.S. l’impasto est une technique d’application de la peinture en couches épaisses. On utilise soit un pinceau ou un couteau pour le faire, voire même les doigts.
Le bleu de Safre : on peut aussi l’orthographier avec deux » f » . On l’appelle aussi le bleu saphir .





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