» Ici, entouré par les merveilles de la nature, je m’assieds souvent des heures durant, tandis que mes sens se délectent du spectacle qu’elle offre. Ici, le soleil majestueux n’est voilé par aucun toit sale, œuvre de la main de l’homme ; ici, le ciel bleu est mon sublime toit.

Lorsque le soir venu, je contemple, avec émerveillement, le ciel et la multitude d’astres lumineux qui tournent sans cesse sur les orbites, soleils ou planètes, alors mon esprit s’élève par-delà ces constellations, à des millions de kilomètres de là, vers la source primordiale d’où jaillit toute création et d’où jailliront éternellement de nouvelles créations.

Quand, de temps à autre, je m’efforce de traduire mes émotions bouillonnantes en musique, oh ! alors je découvre que je me suis terriblement trompé : je jette mon papier griffonné à terre et me convaincs fermement que jamais personne né sur cette terre ne pourra exprimer par des sons, des mots, des couleurs, ou de la pierre, ces images célestes qui planent devant mon imagination exaltée dans ses heures les plus heureuses.

Oui, cela doit venir d’en haut, ce qui touche mon cœur, sinon, ce ne sont que des notes, un corps sans esprit n’est-ce-pas ? Qu’est-ce qu’un corps sans esprit ? De la terre ou de la fange n’est-ce pas ? L’esprit doit s’élever de la terre où, un temps, l’étincelle divine est contenue et, à l’instar du champ auquel le laboureur confie une précieuse semence, il doit fleurir et porter de nombreux fruits, et, ainsi multiplié, remonter vers la source d’où il s’est envolé. Car c’est seulement par le labeur persistant des facultés qui leur sont données, que les créatures vénèrent le créateur de la Nature infinie….  » Ludwig V.BEETHOVEN (1770/1827) Ce texte fait partie des Cahiers de conversations de Beethoven . Il était sourd à l’époque et conversait avec certaines personnes sur des carnets, lettres ou cahiers. Dans celui-ci c’était avec Johann Andreas STUMPFF qui était fabricant de pianos et harpes. Ce dernier fut très proche du compositeur dans les dernières années de sa vie. )

Beethoven dans la forêt – par l’éditeur de lithographie Franz HANFSTAENGL

Laisser un commentaire

Tendances