
» Par sa taille et son importance, Les Dindons est le tableau d’un groupe présenté à la troisième exposition impressionniste. Ce groupe a pour thème le château de Rottenbourg et le parc de Montgeron, la résidence du marchand Ernest Hoschedé, un ami de Monet. Les trois autres toiles sont des études pour de grandes compositions sur le même sujet, réalisée juste après, parmi lesquelles L’étang à Mongeron.

Il y a encore quelques années, on pensait que ces deux tableaux avaient été peints durant l’été 1876, à la suite d’une commande de Hoschedé qui souhaitait décorer une pièce de son château et que, pendant ce séjour passé à Montgeron, était née une idylle entre Monet et Alice la femme de Hoschedé.
Sur ce dernier point, il apparaît qu’en réalité Monet serait resté fidèle à sa première épouse Camille jusqu’à la mort de celle-ci en 1879. Ce n’est qu’après ce triste évènement qu’aurait débuté l’histoire avec Alice qui deviendra sa compagne, puis son épouse après la mort de Hoschedé en 1891. Ils se marieront en 1892.
Il semble qu’en 1876, Hoschedé connaissait déjà de graves déboires financiers qui le contraindront en 1876, l’année de sa faillite, à aller vivre chez les Monet à Vétheuil. La relation entre Hoschedé et le peintre n’est donc pas tant celle d’un mécène et d’un artiste, mais plutôt celle de deux associés.
Les deux hommes espéraient qu’un riche protecteur des arts, flairant le potentiel décoratif de l’art impressionniste, commande à Monet de grandes fresques murales. Les impressionnistes appelaient cette fonction de leur vœux comme le prouvent les deux articles publiés pendant la troisième exposition dans L’impressionnisme une revue proche du groupe dirigé par Georges Rivière. Signés simplement en peintre, ces articles étaient, en réalité, de la plume de Pierre-Auguste Renoir qui réfléchissait, depuis quelques temps, à une déclinaison possible de la peinture moderne , en particulier l’impressionnisme, à l’échelle murale.
Face à la médiocrité des fresques récentes (à l’exception du travail de Delacroix) comparées à celles d’autrefois, Renoir proposa de conférer au tableau une diversité et une vivacité chromatique conjuguées à une harmonie d’ensemble qui ne tiennent plus compte du sujet. Cette idée rappelle celle de Gustave Flaubert, évoquée dans une lettre célèbre adressée à Louise Collet en 1832 , à savoir : écrire un livre sur rien, sans sujet, qui ne tiendrait que par la force du style.
De la même manière, la peinture impressionniste rejette les thèmes pompeux de l’art académique pour coller à la réalité quotidienne. Il est difficile, en effet, de penser à un motif plus prosaïque que celui Des Dindons de Monet qui picorent dans le pré, avec le château en arrière-plan. Inutile de dire que l’État français, à cette époque, mais aussi dans les décennies qui suivirent, resta, encore une fois, sourd à cet appel des artistes impressionnistes…. « Claudio ZAMBIANCHI (Écrivain italien, diplômé en Histoire de l’art)






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