» Le premier jour, Dame, que je vous vis
Quand il vous plut de vous montrer à moi,
Nulle autre image en mon cœur ne resta.
Tous mes désirs en vous s’enracinèrent
Votre regard, votre sourire tendre
Ont mis en moi, ô ma Dame, tel feu
Que j’oubliai ma personne et le monde

Votre beauté, votre présence aimable,
Vos mots courtois, le charme délicieux
De votre accueil m’ont ravi la raison.
Depuis ce jour tout bon sens m’a quitté.
À vous ma vie, à vous que mon cœur prie
Moi qui ne veux que grandir votre Prix
A vous me rends, point n’est meilleure Dame.

Si tendrement, ô Dame, je vous aime
Qu’aimer ailleurs n’est pas en mon pouvoir.
Amour pourtant accepterait que j’ose
Chercher plus loin remède à mon tourment,
Mais à quoi bon conter fleurette à d’autres ?
Je fuis, j’oublie la possible amourette
Et reste à vous que j’ai plus chère au cœur.

Souvenez-vous de la bonne promesse
Que vous me fîtes au jour de mon départ.
J’en eus alors l’âme en pure liesse.
De vous servir encore j’eus l’espoir.
J’en fus joyeux — hélas mon mal s’aggrave !
Mais ce bonheur je le retrouverai,
S’il plaît à vous, moi que l’espoir fait vivre.

Aucun tourment ne m’effraie, car je pense
Qu’il me vaudra à la fin récompense
De vous, ma Dame. Et j’aime mes douleurs,
Elles sont pour moi comme de fortes joies.
Je n’oublie pas ce qu’Amour sait et dis :
Un pur amant doit pardonner grands torts
Et souffrir dur pour gagner son amante.

Ah ! si venait un beau jour cet instant
Dame, où je voie que votre grâce daigne
Me faire don du simple nom d’ami !  » Guilhem DE CABESTANY (Troubadour français né au XIIe siècle et mort au XIIIe siècle- Poème extrait du recueil Poésie des troubadours de Henri GOUGAUD (Écrivain, poète français)en collaboration avec René NELLI (Traducteur français, poète, historien et philosophe ) et René LAVAUD (Traducteur français)

Peintre inconnu / École française

 « Un troubadour, c’est un poète qui trouve en général un poème, donc les paroles, et qui le chante ou le fait chanter. Son poème est en langue d’oc, une langue commune poétique que l’on trouve sur tout le Midi de la France, depuis Poitiers, Limoges, jusque d’un côté vers Aix et l’Italie septentrionale, et de l’autre, vers Toulouse et Narbonne, le Roussillon et la Catalogne, notamment Barcelone. L’aire d’extension de cette poésie est le Midi occitan mais aussi la Catalogne et l’Italie septentrionale.

Quant à la chronologie, les premiers troubadours datent vraiment de l’extrême fin du XIesiècle, Guillaume de Poitiers jusqu’au dernier des troubadours, Guiraut Riquier, troubadour de Narbonne qui vivra une partie de son temps à l’extérieur de l’Occitanie, notamment à la cour d’Alphonse de Castille à Tolède, nous sommes alors dans le dernier quart du XIIIe siècle.

En conséquence, deux siècles au cours desquels le trobar, ce mouvement poétique et musical en langue d’oc : la chanson des troubadours, va se développer, avec un terrible coup d’arrêt provoqué par la Croisade contre les Albigeois à partir de l’époque où les Francs, venus de France, vont à l’instigation des papes et des chrétiens d’obédience romaine, fondre sur l’Occitanie … la mettre à sac. Au départ, les motifs sont religieux. En effet, la religion cathare fleurissait, un christianisme très différent du christianisme romain, qui était toléré ou même favorisé par la noblesse occitane. Les Francs vont prendre prétexte de cette croisade pour se tailler des fiefs dans le Midi, un Midi qui était souvent plus riche à l’époque que la France septentrionale.

En ce qui concerne les trouvères qui chantent aussi des chansons d’amour, une première différence existe : les troubadours chantent en langue d’oc, les trouvères chantent en langue d’oïl, avec une langue qui n’est pas aussi homogène que l’est l’occitan des troubadours. Le français des trouvères est un français dont les traditions de graphie sont multiples ; on a des graphies picardes, normandes ou bourguignonnes… Finalement sur le plan de la langue, c’est moins stable.

En outre sur le plan de la chronologie, les trouvères apparaissent un peu en retard sur les troubadours, lesquels commencent avec la première moitié du XIIe avec Jaufre Rudel et Marcabru. Les trouvères vont être à la remorque, intervenant plus tard dans la seconde moitié du XIIe siècle. » Gérard LE VOT (Musicologue français, spécialiste de la période médiévale- Il a rédigé un livre très intéressant sur le sujet : Les troubadours – Les chansons et leur musique (XIIe et XIIIe siècles)

2 réponses à « Poésie d’un troubadour … »

  1. Love this post. Thank you for the history lesson. pp

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      My pleasure! Thank you for appreciating this brief historical reminder and the poem – I wish you a lovely Sunday dear Pam ♥

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