
Direction le Musée Cognacq-Jay à Paris ce matin. C’est un lieu magnifique qui détient les collections de Ernest Cognacq et Marie-Louise Jay, lesquels ont voulu réunir tout ce qui pouvait avoir un lien avec un certain art de vivre à la française.
L’exposition proposée actuellement et jusqu’au 20 septembre s’intitule Révéler le féminin – Modes & Apparences au XVIIIe siècle, au travers de nombreux tableaux, des portraits, des scènes pastorales, des fêtes galantes, des vêtements, notamment des robes dites à la française, de beaux accessoires, des objets, ainsi que des photos sur des créations d’artistes contemporains et qui nous montrent la persistance, à notre époque, de certains codes vestimentaires de ce XVIIIe siècle . Elle a été organisée en collaboration avec le Palais Galliera.
La robe dite « à la française » est apparue vers 1730 et a connu un très gros succès. Elle était emblématique durant le règne de Louis XV, et faisait suite à ce que l’on appelait la robe volante à savoir la robe à panier.





» Portrait de Madame Nicaise Perrin née Catherine Deleuze » 1790/1810 – Jean Charles NICAISE-PERRIN (Musée des Beaux-Arts /Valenciennes)



C’est au XVIIIe siècle, et plus précisément à la Cour du roi de France, là où l’élégance était de mise, que l’on invente le fameux style à la française. L’habillement est, lui aussi, l’expression du statut social de chacun, donc on dépense beaucoup pour faire mieux que les autres, pour paraitre (l’art de paraitre connait, du reste, un essor considérable à cette époque) . Des boutiques de mode voient d’ailleurs le jour, comme celle de la célèbre Rose Bertin qui fut nommée Ministre des Modes par la reine Marie-Antoinette.
Le métier de marchande de modes est, pour la première fois, non seulement mentionné mais défini et situé socialement par Diderot en 1765 dans son Encyclopédie. Désormais, la marchande de modes, issue de la noble corporation des merciers, qui » achève et ennoblit le vêtement », n’est enchaînée par aucune des ordonnances qui paralysaient les tailleurs, simples artisans. Le travail de ces nouvelles venues ne connaît d’autres règles que l’inspiration. Elles garnissent les robes livrées par la couturière, orchestrent les coiffures, bonnets, fichus, mantilles ; jouent des ruches, des dentelles et des falbalas. Elles sont les artistes qui donnent à la robe son accent, son esprit et sa grâce.
La marchande de modes est à la fois modiste, un peu la couturière d’à présent et même quelque chose de plus. Que trouve t-on chez elle ? Des » ouvrages faits » : grands bonnets, demi-négligés, baigneuses, toques, chapeaux en fleurs et en plumes, mantelets, pelisses, respectueuses, calèches, cols et cravates, sacs à ouvrage, nœuds et épées, souliers, pantalons d’étoffes, bas etc… Sans oublier : bourses à cheveux, guirlandes, crêpes effilés, rubans et cordons de tous les ordres, manchons d’étoffes, éventails de toute façon, mitaines et gants de toutes espèces, dominos, habits de Cour et de théâtre. Quant aux assortiments de mercerie, ils consistent en dentelles noires, entoilages de soie, satins unis et à mouches, taffetas à la bonne femme, à mantelets, à tabliers, gazes blanches et couleurs, chenilles, velours pour colliers, carcans ordinaires à la Bourgogne et à l’aune, fleurs de tête etc…
La mode était un outil de séduction. Que ce soit dans le milieu bourgeois ou celui aristocratique, eh bien on ne tenait pas à afficher deux fois la même toilette. Donc il fallait absolument dépenser sans compter pour renouveler, voire réinventer, la garde-robe. La tenue vestimentaire n’était plus un simple vêtement, mais un vrai outil de représentation avec des étoffes luxueuses, raffinées, qui donnait à la silhouette une certaine sophistication. La féminité était alors un idéal de beauté, de réalisme et d’affirmation sociale.



Des vêtements qui, surtout, ne puissent pas être comparés à ceux du voisin et qui se doivent de montrer la supériorité sociale, tout en étant assez originaux comme revêtir un costume de bergère comme le faisait la reine Marie-Antoinette elle-même.
On apprécie de se faire portraitiser dans de beaux vêtements, dans son cercle privé. Les modèles invitent les peintres avec lesquels(lles) se nouent des liens assez amicaux. Ce sont des portraits qui ressemblent à celle qui posent, et qui évoquent non seulement tout ce qui leur tient à cœur, mais leur attachement à la famille, leur sensibilité , et doivent être assez naturels la plupart du temps. Cela n’exclue pas aussi les portraits féminins un peu trop idéalisés ou la représentation des fêtes galantes.



Ces fêtes galantes ou pastorales étaient très recherchées à l’époque au XVIIIe siècle. Beaucoup de bals, de spectacles, de parties de campagne ou l’on appréciait non seulement de s’amuser mais où l’on reprenait les codes de la Commedia dell’arte en se travestissant de façon élégante, et en se mettant en scène comme au théâtre . Antoine Watteau a inventé ce genre pictural ( fêtes galantes et pastorales) avec des tableaux sur l’amour raffiné, la grâce, les plaisirs.
L’expo nous entraine au milieu de tous ces portraits , de ces vêtements, de ces satins, broderies, dentelles, velours, mousselines, cotonnades, corsets, mantelets, ornements pour les cheveux, et textiles magnifiques, bref tout ce qui faisait ce style à la française en France, mais également dans toutes les Cours en Europe. Elle nous révèle la féminité vestimentaire au XVIIIe siècle, la symbolique des vêtements.
Chaque portrait est une identité car ils sont demandés à un peintre par des aristocrates et des bourgeoises afin de bien montrer leur statut social, leur fortune. Elles apparaissent en effet richement vêtues . Chaque peintre traduit ces demandes à sa façon plus ou moins expressive , spontanée, subtile, mais en respectant une certaine exactitude.









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