» Quarante trois portraits de peintres de l’atelier Gleyre  » 1856/68 (Petit Palais / Paris)
 » Portrait du peintre émailleur Alfred Garnier  » 1879 – Julien Bastien LEPAGE (Petit Palais /Paris)

C’est au Petit Palais que je vous invite aujourd’hui pour l’exposition qui est actuellement proposée sur l’art du portrait. Il faut savoir que cette institution est détentrice d’un fonds important de portraits et autoportraits. Il est intéressant de savoir que la majeure partie de ces œuvres sont des dons faits soit par les artistes eux-mêmes au Petit Palais, soit par leurs familles.

Elle a souhaité mettre ce thème à l’honneur au travers d’œuvres (environ 80) datant du XIXe siècle, lesquelles dialoguent avec 13 autres, contemporaines cette fois, réalisées par des femmes françaises et étrangères. On peut admirer non seulement des tableaux, mais également des sculptures, des dessins, des photographies..

L’expo s’intitule : Visage d’artistes – De Gustave COURBET à Annette MESSAGER (jusqu’au 19 Juillet 2026)

Tableau sans titre de Cindy SHERMAN / 1989 – (prêt de la Fondation Louis Vuitton/Paris) – Cindy SHERMAN est une plasticienne et photographe américaine. Elle aime à se mettre en scène à la façon des maîtres anciens italiens. Ici elle est influencée par celui de Raphaël :  » La Fornarina  » –
 » Été  » 2025 Françoise PETROVITCH (Petit Palais /Paris) – Elle aussi aime se référer, dans ses tableaux, aux peintres d’une autre génération- Pour celui-ci ce sont  » Les baigneuses à Perros-Guirec  » de Maurice Denis. Du reste, le tableau de ce dernier a été placé aux côtés du sien.
 » Dans mon atelier  » Apolonia SOKOL 2025 -Elle pose devant son triptyque Stamina.
 » Autoportrait en clown et fleur  » 2020 -Nina CHILDRESS (Prêt du Musée d’Art moderne / Petit Palais-Paris)
 » Collection pour trouver ma meilleure signature – Collection de châteaux  » 1972 Annette MESSAGER (Prêt des collection MAC/PAL – Petit Palais / Paris)

L’art du portrait est assez ancien. Il a occupé une place d’importance dans l’Égypte des pharaons. En ce temps là, l’idée n’était pas de réaliser un portrait réaliste, mais plutôt une image idéalisée de celle ou celui qui en était le sujet principal . On les représentait toujours dans une sorte de sérénité parfaite, dignes, jeunes, afin que l’âme soit immortalisée dans l’au-delà.

Durant très longtemps les peintres furent considérés comme des artisans. Ce n’est qu’entre le XIVe et le XVe siècle qu’ils ont, petit à petit, obtenu le statut d’artiste. Cela a provoqué en eux un profond désir d’être reconnus : c’est la raison pour laquelle il y a tant eu d’autoportraits à cette période . A travers eux, ils pouvaient montrer ce dont ils étaient capables et combien ils savaient maîtriser leur art.

C’est réellement au cours du Moyen-Âge que l’autoportrait s’est imposé et à la fin de la Renaissance qu’il a atteint une diffusion importante parce qu’à cette époque on s’intéressait beaucoup à la personne humaine, on se préoccupait de  » son image « .

A la Cour des rois , le portrait était très apprécié, surtout, au départ. sous forme de dessin. Jean Clouet et son fils furent recherchés pour leurs portraits au crayon à la Cour de François Ier. Se faire portraitiser pour un souverain c’était affirmer son pouvoir, la légitimité.

L’époque romantique fut celle de l’union des arts. D’ailleurs sur certains portraits il n’est pas rare de voir un peintre aux côtés d’un écrivain ou d’un compositeur par exemple. Le XIXe siècle continuera la tradition du portrait et de l’autoportrait au travers de toiles assez remarquables.

 » Portrait de Marie Gadiffet-Caillard /Dit e Germaine Dawis  » 1892 – Jean-Jacques HENNER (Petit Palais/Paris) – Germaine Dawis fut une peintre française, élève de Henner

L’expo évoque l’atelier. Van Gogh disait que c’était l’atelier qui faisait l’artiste. Il est vrai que c’était un lieu important, un lieu d’inspiration, de création, de sociabilité, et bon nombre de portraits ou autoportraits furent peints dans un atelier au milieu des chevalets, des pinceaux, des palettes de couleurs ou autres accessoires utiles.

C’était un refuge également, parce que l’artiste était seul face à sa création, face à sa toile ou son bloc de marbre. C’est aussi un lieu intime où il ne rentre que des proches et un lieu d’enseignement où l’on apprend aux autres ce que l’on connait de son métier.

 » Jean Carriès dans son atelier  » 1886/87 par Louise BRESLAU (Petit Palais /Paris) C’est un tableau qui représente tout à fait ce que disait de lui son biographe Arsène Alexandre :  » parfait, à son aise, heureux, vraiment beau et édifiant au milieu de ses têtes, ses bibelots, ses tonneaux sur lesquels reposent des ébauches, ou dans lesquels macèrent des drogues, des liquides, des fruits aigris ou toxiques, jetés à l’aventure pour obtenir le hasardeux mystère des patines …  »

 » Breslau, la bonne et l’intelligente, je l’aime beaucoup. C’est, en somme, la seule fille qui ne m’ait pas rasé de bétises  » dira Carriès dans une lettre. Breslau et lui étaient très amis, une amitié qui va durer jusqu’au décès du sculpteur. La peintre avait voulu l’immortaliser dans son atelier à Montmartre

 » Portrait du statuaire Paul Aubé travaillant dans son atelier  » 1897 – Édouard DANTAN (Petit Palais) – Dantan a fait ce portrait peu de temps avant son décès. Il avait à cœur de faire le portrait de celui qui fut son ami Paul Aubé . Ce dernier fut l’élève du père de Dantan. Il deviendra un grand statuaire et médailleur français .
 » Le cours de dessin  » 2015- Giulia ANDREANI (Collection particulière – prêt exceptionnel au Petit Palais/Paris)

C’est grâce au miroir de verre que les artistes vont pouvoir s’adonner, au départ, à l’autoportrait. Se regarder dans ce miroir et retranscrire sur la toile ce que l’on voit de soi. C’est ainsi que les peintres procèderont pour se représenter eux-mêmes. Ces autoportraits étaient une quête, une introspection, un questionnement sur soi, une façon (comme je l’ai dit plus haut) d’être un artiste reconnu et d’affirmer sa place dans la société . C’était aussi la recherche des émotions personnelles, de leurs états d’âme.

L’autoportrait n’était pas l’objet d’une éventuelle commande, mais un souhait personnel. Une façon de se représenter . L’artiste devient alors modèle et créateur. Il ne cherche pas obligatoirement à être reconnu, mais à se mettre en scène de la meilleure des façons, avec la bonne lumière et le bon angle.

C’est l’Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet qui ouvre l’expo. Courbet fut un peintre qui a beaucoup aimé les autoportraits. Il a commencé très jeune dans cet exercice . Son but était de faire comprendre qu’il ne faisait qu’un avec son corps, une façon pour lui aussi de se mesurer aux maîtres du passé.

Autoportrait au chien noir  » 1842/44 Gustave COURBET ( Petit Palais /Paris)

Rembrandt fait partie de cette expo. Comment ne pas lui rendre hommage, lui qui a été un maître de l’autoportrait ? C’est un genre qui lui plaisait beaucoup et il aimait se représenter affublé de différents costumes comme celui ci-dessous qui date de 1631. Certes il avait un goût prononcé pour l’autoportrait mais ce fut également un moyen pour lui de diffuser son image dans toute l’Europe à son époque.

 » Rembrandt en costume oriental  » 1631 – REMBRANDT (Petit Palais/Paris)

Des liens amicaux, fraternels, se créaient entre les artistes et souvent un peintre ou un sculpteur demandait à l’un de ses collègues (duquel il était proche) de le portraitiser. Ces liens de fraternité commençaient, généralement, dans les ateliers où il suivaient une formation. Mais aussi, plus tard à l’Académie Julian ou à l’École des Beaux-Arts. On appelait cela les petits portraits entre amis.

Un portrait c’est aussi une filiation, une volonté de vouloir rendre hommage à celle ou celui qui vous a formé.

Sarah Bernhardt, dite La divine, ne fut pas seulement la célèbre comédienne que l’on connait. Elle aimait s’adonner à la peinture, mais surtout à la sculpture, un art pour lequel elle fut douée et très encouragée par les hommes qui partageait sa vie. La critique appréciait énormément ses bustes, notamment celui qu’elle fit de Pierre-Eugène Clairin, un peintre de ses amis, avec lequel elle vivra une petite aventure amoureuse qui ne durera pas. Toutefois, leur amitié fidèle va durer jusqu’à la mort de Sarah.

 » Elle fit mieux, elle fit de l’art, enfin elle dépassant en sculpture le talent d’amateur. Il est évident que si elle n’eût été Sarah, elle eût pris, parmi les femmes artistes, un rang excellent. » Gustave KAHN

« Buste de Georges Clairin  » 1875 env. – Sarah BERNHARDT ( Petit Palais)
« Portrait de Sarah Bernhardt  » 1876 – Georges CLAIRIN (Petit Palais/Paris)

Paul Gauguin fut un grand ami de Paul Aubé. Il le rencontra en 1873 et le statuaire l’accueillera quatre ans chez lui. Gauguin l’immortalisera dans un tableau où il le représentera avec son fils Émile.

 » Le sculpteur Jean Aubé et son fils Émile  » – 1882 – Paul GAUGIN (Petit Palais /Paris)
 » Portrait de Carrier-Belleuse  » 1877 par Fernand CORMON (Petit Palais/Paris)
 » Carrier-Belleuse  » 1882 par Auguste RODIN (Petit Palais /Paris) Carrier-Belleuse fut le maître de Rodin. Ce dernier a fait partie des nombreux sculpteurs de son atelier. Entre eux naîtra une belle collaboration , tout aussi fructueuse que tumultueuse jusqu’au départ du jeune Rodin en 1872

Avant l’invention de la photographie par Daguerre en 1815, seules la peinture et la sculpture renvoyaient l’image d’une ressemblance. La photo va changer la donne et elle va, du reste, se spécialiser dans les portraits. Edmond Bénard réalisera entre 1880 et 1890 une série d’albums appelés les artistes chez eux dans lesquels il mettait en scène et immortaliser des peintres qui se distinguaient au Salon officiel.

Le célèbre Nadar ou Eugène Disdéri se spécialiseront, eux aussi, dans les portraits d’artistes. Ces photos sont très réalises, ressemblantes, des véritables cartes de visite que l’on recherche beaucoup .

« Le peintre Jean-Louis Forain dans l’atelier du sculpteur Geoffroy de Ruillé  » Vers 1891 – Photographe anonyme (Petit Palais/Paris)
 » William Bouguereau dans son atelier avec un modèle  » entre 1880 et 1890 – Une photo de Edmond BÉNARD (Petit Palais )

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