


C’est au Petit Palais que je vous invite aujourd’hui pour l’exposition qui est actuellement proposée sur l’art du portrait. Il faut savoir que cette institution est détentrice d’un fonds important de portraits et autoportraits. Il est intéressant de savoir que la majeure partie de ces œuvres sont des dons faits soit par les artistes eux-mêmes au Petit Palais, soit par leurs familles.
Elle a souhaité mettre ce thème à l’honneur au travers d’œuvres (environ 80) datant du XIXe siècle, lesquelles dialoguent avec 13 autres, contemporaines cette fois, réalisées par des femmes françaises et étrangères. On peut admirer non seulement des tableaux, mais également des sculptures, des dessins, des photographies..
L’expo s’intitule : Visage d’artistes – De Gustave COURBET à Annette MESSAGER (jusqu’au 19 Juillet 2026)





L’art du portrait est assez ancien. Il a occupé une place d’importance dans l’Égypte des pharaons. En ce temps là, l’idée n’était pas de réaliser un portrait réaliste, mais plutôt une image idéalisée de celle ou celui qui en était le sujet principal . On les représentait toujours dans une sorte de sérénité parfaite, dignes, jeunes, afin que l’âme soit immortalisée dans l’au-delà.
Durant très longtemps les peintres furent considérés comme des artisans. Ce n’est qu’entre le XIVe et le XVe siècle qu’ils ont, petit à petit, obtenu le statut d’artiste. Cela a provoqué en eux un profond désir d’être reconnus : c’est la raison pour laquelle il y a tant eu d’autoportraits à cette période . A travers eux, ils pouvaient montrer ce dont ils étaient capables et combien ils savaient maîtriser leur art.
C’est réellement au cours du Moyen-Âge que l’autoportrait s’est imposé et à la fin de la Renaissance qu’il a atteint une diffusion importante parce qu’à cette époque on s’intéressait beaucoup à la personne humaine, on se préoccupait de » son image « .
A la Cour des rois , le portrait était très apprécié, surtout, au départ. sous forme de dessin. Jean Clouet et son fils furent recherchés pour leurs portraits au crayon à la Cour de François Ier. Se faire portraitiser pour un souverain c’était affirmer son pouvoir, la légitimité.
L’époque romantique fut celle de l’union des arts. D’ailleurs sur certains portraits il n’est pas rare de voir un peintre aux côtés d’un écrivain ou d’un compositeur par exemple. Le XIXe siècle continuera la tradition du portrait et de l’autoportrait au travers de toiles assez remarquables.

L’expo évoque l’atelier. Van Gogh disait que c’était l’atelier qui faisait l’artiste. Il est vrai que c’était un lieu important, un lieu d’inspiration, de création, de sociabilité, et bon nombre de portraits ou autoportraits furent peints dans un atelier au milieu des chevalets, des pinceaux, des palettes de couleurs ou autres accessoires utiles.
C’était un refuge également, parce que l’artiste était seul face à sa création, face à sa toile ou son bloc de marbre. C’est aussi un lieu intime où il ne rentre que des proches et un lieu d’enseignement où l’on apprend aux autres ce que l’on connait de son métier.

» Breslau, la bonne et l’intelligente, je l’aime beaucoup. C’est, en somme, la seule fille qui ne m’ait pas rasé de bétises » dira Carriès dans une lettre. Breslau et lui étaient très amis, une amitié qui va durer jusqu’au décès du sculpteur. La peintre avait voulu l’immortaliser dans son atelier à Montmartre


C’est grâce au miroir de verre que les artistes vont pouvoir s’adonner, au départ, à l’autoportrait. Se regarder dans ce miroir et retranscrire sur la toile ce que l’on voit de soi. C’est ainsi que les peintres procèderont pour se représenter eux-mêmes. Ces autoportraits étaient une quête, une introspection, un questionnement sur soi, une façon (comme je l’ai dit plus haut) d’être un artiste reconnu et d’affirmer sa place dans la société . C’était aussi la recherche des émotions personnelles, de leurs états d’âme.
L’autoportrait n’était pas l’objet d’une éventuelle commande, mais un souhait personnel. Une façon de se représenter . L’artiste devient alors modèle et créateur. Il ne cherche pas obligatoirement à être reconnu, mais à se mettre en scène de la meilleure des façons, avec la bonne lumière et le bon angle.
C’est l’Autoportrait au chien noir de Gustave Courbet qui ouvre l’expo. Courbet fut un peintre qui a beaucoup aimé les autoportraits. Il a commencé très jeune dans cet exercice . Son but était de faire comprendre qu’il ne faisait qu’un avec son corps, une façon pour lui aussi de se mesurer aux maîtres du passé.

Rembrandt fait partie de cette expo. Comment ne pas lui rendre hommage, lui qui a été un maître de l’autoportrait ? C’est un genre qui lui plaisait beaucoup et il aimait se représenter affublé de différents costumes comme celui ci-dessous qui date de 1631. Certes il avait un goût prononcé pour l’autoportrait mais ce fut également un moyen pour lui de diffuser son image dans toute l’Europe à son époque.

Des liens amicaux, fraternels, se créaient entre les artistes et souvent un peintre ou un sculpteur demandait à l’un de ses collègues (duquel il était proche) de le portraitiser. Ces liens de fraternité commençaient, généralement, dans les ateliers où il suivaient une formation. Mais aussi, plus tard à l’Académie Julian ou à l’École des Beaux-Arts. On appelait cela les petits portraits entre amis.
Un portrait c’est aussi une filiation, une volonté de vouloir rendre hommage à celle ou celui qui vous a formé.
Sarah Bernhardt, dite La divine, ne fut pas seulement la célèbre comédienne que l’on connait. Elle aimait s’adonner à la peinture, mais surtout à la sculpture, un art pour lequel elle fut douée et très encouragée par les hommes qui partageait sa vie. La critique appréciait énormément ses bustes, notamment celui qu’elle fit de Pierre-Eugène Clairin, un peintre de ses amis, avec lequel elle vivra une petite aventure amoureuse qui ne durera pas. Toutefois, leur amitié fidèle va durer jusqu’à la mort de Sarah.
» Elle fit mieux, elle fit de l’art, enfin elle dépassant en sculpture le talent d’amateur. Il est évident que si elle n’eût été Sarah, elle eût pris, parmi les femmes artistes, un rang excellent. » Gustave KAHN


Paul Gauguin fut un grand ami de Paul Aubé. Il le rencontra en 1873 et le statuaire l’accueillera quatre ans chez lui. Gauguin l’immortalisera dans un tableau où il le représentera avec son fils Émile.



Avant l’invention de la photographie par Daguerre en 1815, seules la peinture et la sculpture renvoyaient l’image d’une ressemblance. La photo va changer la donne et elle va, du reste, se spécialiser dans les portraits. Edmond Bénard réalisera entre 1880 et 1890 une série d’albums appelés les artistes chez eux dans lesquels il mettait en scène et immortaliser des peintres qui se distinguaient au Salon officiel.
Le célèbre Nadar ou Eugène Disdéri se spécialiseront, eux aussi, dans les portraits d’artistes. Ces photos sont très réalises, ressemblantes, des véritables cartes de visite que l’on recherche beaucoup .






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