» Mince comme une abeille, ô fée apparaissant parfois à la fenêtre, et quelquefois glissant, serpentine onduleuse à damner, ô voisine et pourtant sœur des fleurs, ô grappe de glycine … » Guillaume APOLLINAIRE (Poète français)

La glycine fait partie de la famille des fabacées. Son nom botanique est wisteria. Elle fleurit d’avril à juin de façon spectaculaire et quelquefois le fait jusqu’en septembre.
Grâce à ces cascades de grappes fleuries, abondantes, exubérantes et odorante, cette plante vigoureuse décore merveilleusement bien les murs, les voûtes, les tonnelles et les pergolas des jardins. Elle se décline en plusieurs tons : bleu, blanc, pourpre, rose, parme et violet foncé.
La glycine est originaire d’Asie. En Chine on l’appelle Zi Tang (qui veut dire plante rampante couleur lilas). Au Japon, c’est un arbre-fleur, très apprécié, surnommé Fleur de Juji. Ces belles grappes se retrouve souvent comme motif sur les kimonos, mais également sur les estampes et les céramiques.
De plus, entre avril et mai, la floraison des glycines , au pays du Soleil-levant, à donner lieu à des fêtes traditionnelles dans des parcs célèbres qui lui sont tout spécialement réservés comme le sanctuaire Kameido Tenjin, le Jardin Kawachi à Kitakyushu, ou mieux encore là où se trouve le plus beau spécimen d’arbre-glycine au monde, à savoir au parc floral Ashikaga de Tochigi qui, depuis de très nombreuses années, fait l’objet de soins particulier et méticuleux pour le préserver car il est âgé de 130 ans. Il s’étend sur 1000 m/2 et la préfecture de la ville l’a désigné comme monument national.

On note l’arrivée des premiers pieds de glycine dans les jardins de Versailles vers 1687. Ils arrivaient de Chine. Mais sa culture se développera réellement en Europe au XIXe siècle.
Depuis l’Antiquité, la glycine a une connotation amoureuse un peu difficile à entendre , tel un message qui dirait « tu me cèderas de gré ou de force » ou je réclame ton amour. Dans les deux cas on utilisait la glycine parme. Pour traduire un sentiment amical et plein de tendre c’est la blanche. Dans la philosophie bouddhiste, elle incarne le recueillement et la prière.
Comme beaucoup de fleurs, elle a sa légende venue du Japon. Une histoire datant de 1820 environ, et qui raconte l’histoire d’une jeune fille, représentée dans un tableau, vêtue d’un beau kimono, tenant dans sa main une branche de glycine blanche. Un jour elle tomba amoureuse d’un jeune homme qui la regardait dans son tableau et elle souhaita sortir du cadre pour le rejoindre. Malheureusement, il ne s’intéressa pas du tout à elle. Elle retourna donc dans son tableau. A ce moment là, la branche de glycine tomba de ses mains et les fleurs s’écoulèrent à profusion sur le sol comme des larmes.
Grèce à l’intensité de son parfum (surtout les bleues) , la fragrance de la glycine est très recherchée en parfumerie. On la trouve, entre autres, dans Love de Chloé – Eau de toilette de Carven – Fleurs de Diva de Ungaro – Extravagance d’Amaraige de Givenchy – Versace de Versace – My burberry blush de Burberry.
Elle a inspiré les poètes et les peintres :
» Ô beau pied de glycine
Qui rampes sur le toit !
Glycine en fleurs, tendre glycine – bleu pavois
Des grilles, des balcons, des murs trop neufs, des toits
Trop vieux – souple glycine !
Ce matin, sous le ciel frémissant comme toi,
C’est dans tes grappes et tes feuilles,
Tout le miracle bleu du printemps qui m’accueille !
En papillons, du bleu s’effeuille…
Du bleu… du bleu nuancé de lilas,
De violet si doux qu’on ne sait pas
Si l’on voit des touffes d’iris ou de lilas.
Par terre est un champ de pétales.
Jacinthes, violettes pâles ?
Non, mais, en l’air, une guirlande qui s’étale,
Qui s’effrange, qui glisse en gouttes de satin…
Il pleut mauve. Il a plu cette nuit, ce matin.
La terre est mauve ; l’herbe mauve. Le jardin
Est un jardin pareil à ceux que j’imagine
Autour d’un petit pont sur des lotus, en Chine.
Jardins d’Asie… Ombre au pied des collines,
Toits retroussés, bassins fleuris et murmurants…
C’est comme un frais bonheur inconnu qui me prend,
Un bonheur du matin, fait d’air si transparent,
De couleurs et d’odeurs si fines,
Qu’on y sent toute l’âme en fête des glycines !
Ô glycine, collier des gouttières chagrines,
Manteau léger du parc aux grands escaliers blancs
Et de la pierre des vieux bancs
Devant les chaumes en ruines ;
– Treille aux raisins d’azur, festons d’argent,
Vitrail d’évêque où chaque palme dessine
Entre des pendentifs d’améthystes, en rangs ;
Flocons d’encens, clairs sachets odorants,
Qui tombent sur mon front, sur ma poitrine,
Comme un présent de mai !
– Glycine,
Dont le nom grec veut dire : doux, douceur,
Vin sucré… dont le nom est comme une liqueur,
Comme un parfum dans la brise câline,
Dont le nom, doucement, glisse comme tes fleurs,
Je te salue au seuil du Bel Été, Glycine… » Sabine SICAUD (Poétesse française -Extrait de son recueil Poème d’enfant / 1926)

» La glycine a fleuri sur le vieux mur en ruines,
Et sur la pierre grise, un flot mauve ruisselle,
C’est un collier léger de perles purpurines,
Où le soleil s’irise en rondes étincelles.
Chaque pierre est cachée par un rang d’améthystes,
Chaque trou est comblé par les grappes précieuses,
Chaque laideur brodée par une main d’artiste,
Et le vieux mur boudeur sourit aux fleurs rieuses.
Et quand la rosée d’août sur les glycines dort,
Le soleil du matin, de sa riche palette,
Fait rosir la muraille et mêle dans son or
Les perles argentées et les perles violettes. » Anne-Marie GALICHET (Poétesse française)


« À mon balcon cette glycine
Tord ses bras fleuris dans le soir,
Avec le tendre désespoir
D’une princesse de Racine.
Elle en a la fière langueur
Et la mortelle nonchalance ;
Et lorsqu’un souffle la balance,
Et que le jour traîne en longueur,
Et tarde à partir, et recule
Le déchirement tant qu’il peut,
Elle exhale une âme d’adieu,
Bérénice du crépuscule !
Le livre glisse de mes mains.
Le petit drame se termine.
« Cruel ! » dit au jour la glycine.
Les cieux blessés ont des carmins.
Par la haute porte-fenêtre,
Mystérieusement, alors,
Une des branches du dehors,
Comme un geste vivant, pénètre.
Du frémissant encadrement
Ce bras jeune et souple s’échappe ;
Et je sens sur mon front la grappe
Qu’il laisse pendre tendrement !
Tout s’embaume. Et je remercie.
Et, pour lui dire mon amour,
Je donne à la fleur, tour à tour,
Le nom d’Esther et d’Aricie.
Et je compare, les yeux sur
Mon livre tombé sans secousse,
L’odeur plus forte d’être douce
Au vers plus ardent d’être pur !
Un divin poison m’assassine !
Et je doute, en le chérissant,
Si de ma glycine il descend
Ou s’il monte de mon Racine ! » Edmond ROSTAND (Écrivain et poète français / Extrait de son recueil Les Musardises/1911)





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