» Les mots sont profonds. Ils murmurent dès qu’on les touche, et s’ouvrent sur des paysages engloutis. Ils dévoilent, souplement, dans leurs jeux, les mouvements de l’onde de la parole. Ils nous noient et nous renouvellent. Ils délivrent l’ancienne vie vocale engloutie. I l y a une géologie charnelle, une histoire animale, une sexualité, des…
» Les mots sont profonds. Ils murmurent dès qu’on les touche, et s’ouvrent sur des paysages engloutis. Ils dévoilent, souplement, dans leurs jeux, les mouvements de l’onde de la parole. Ils nous noient et nous renouvellent. Ils délivrent l’ancienne vie vocale engloutie. I l y a une géologie charnelle, une histoire animale, une sexualité, des jeux de séparations et d’unions vivantes en chacun des mots. L’histoire de l’apparition de la vie par la parole se cache dans chacune de nos langues. Chaque mot que l’on souffle, se souvient que toutes les choses ont été appelées une à une. » Valère NOVARINA (Écrivain, dramaturge, metteur en scène, peinte et dessinateur franco-suisse/ Extrait de son livre Voie négative )
Valère NOVARINA – « Dans un mot il y a déj tout le livre. C’est un rapport excessivement matériel au langage , une onde que nous jetons dans l’espace de notre respiration. Qu’est-ce que tous les mots nous disent en secret ? Quel est le secret que nous nous passons les uns les autres en parlant ?… Si nous appelons les choses d’un nom, c’est pour entendre que tout le réel est parlé. C’est sur la parole que la matière repose : la parole est la portée du temps, son portement. C’est un autre monde que nous verrions de nos yeux avec d’autres mots. Notre vue est parlée. Le visible est un renouvellement perpétuel de paroles. Rien n’est sans voix. Rien n’est sans langage. Si le mot en sait plus que l’image, c’est parce qu’il n’est ni la chose, ni le reflet de la chose, mais ce qui l’appelle, ce qui trace dans l’air son absence, ce qui dit dans l’air son manque, ce qui désire qu’elle soit ».
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