
« Ma collection débuta de façon tout à fait modeste, aussi modestement que ma galerie , avant de devenir, au fil des années, une passion. J’ai été mon meilleur client. Contempler des tableaux est, curieusement, la seule chose dont je ne me lasse pas » « Je ne suis ni français, ni allemand, je suis européen et j’aimerais beaucoup qu’il y ait une nationalité européenne. Mais là je crois que je rêve Heinz BERGGRUEN (Collectionneur, galériste, et marchand d’art allemand)


» Le marchand d’art se déplace, voyage, visite des ateliers et participe à des symposiums ou à des ventes aux enchères, va voir des expositions … » activité différente du galériste selon lui.
Le Musée Berggruen de Berlin a fermé ses portes en 2022 pour une très importante rénovation. Il doit ouvrir, à nouveau, courant 2025. Le Musée de l’Orangerie a donc profité de cette aubaine, et des prêts qui étaient proposés, pour organiser l’exposition dont je vous parle aujourd’hui. Elle s’intitule : Heinz BERGGRUEN – Un marchand et sa collection ( jusqu’au 27.1.2025) Figure éminente de l’histoire de l’art du XXe siècle, collectionneur, galériste et marchand d’art allemand, organisateur d’expositions notamment en ce qui concerne les graveurs contemporains.
Un homme que l’on disait séducteur (il a refait sa vie à quatre reprises) , très réservé, plutôt discret, très observateur, un collectionneur passionné qui a eu la chance de rencontrer une grande partie des grands artistes de son époque. Il disait : » La fréquence avec laquelle un vrai collectionneur part à la chasse aux œuvres, restera toujours un mystère. »
Celles et ceux intéressés par l’art moderne seront gâtés et enchantés de cette exposition réunissant une partie des œuvres de ce collectionneur , signées par des grands noms : Picasso, Braque, Klee , Matisse et Giacometti.
Il a créé des relations fortes et amicales avec certains . Picasso fut l’un d’entre eux. C’est Tristan Tzara, écrivain et poète, qui sera à l’origine de leur rencontre. Ce dernier avait publié un recueil de poèmes et Picasso l’avait illustré. Il souhaitait exposer ce travail dans la galerie de Berggruen, rue de l’Université à Paris , pour son côté intimiste. Tous deux se sont rendus chez le peintre pour obtenir son accord, rue des Grands Augustins, c’est là que les deux hommes se rencontrent en 1949 . Berggruen avouera avoir été vraiment séduit par Picasso, et leur amitié perdurera jusqu’à la mort de Picasso.
La première œuvre qu’il va acquérir de lui sera un dessin Le Dormeur . Il l’achètera à Paul Éluard en 1952. Jamais d’achat direct à Picasso Il lui rendra visite plusieurs fois à Vallauris , Cannes et Mougins . Tous deux avaient des grandes discussions sur l’art, sur les derniers achats du collectionneur, et, sur les « faux » rencontrés sur le marché ; ces derniers intéressaient et amusaient beaucoup Picasso. Ils rédigeront ensemble différents livres. Berggruen avait l’habitude de lui parler de ses acquisitions.





En 1940, il achète sa première œuvre de l’inventif, visionnaire, poétique et expressif peintre suisse allemand Paul Klee, une aquarelle qui va le toucher énormément (elle allait m’accaparer partout, me protéger, être mon talisman). Après quoi, il fera de nombreuses autres acquisitions du peintre. Douze d’entre elles seront léguées en 1972 au Musée d’art moderne Pompidou de Paris. Une cinquantaine se trouve au Musée Berggruen, des tableaux peints entre 1920 et 1931, période dans laquelle Klee était professeur à Weimar, puis Dessau-Roblau. Dans ses Mémoires, il décrit, en quelques lignes, son attachement à l’œuvre de Klee : » Un monde qui nous relie à ce qui nous entoure tout en nous éloignant. Un monde de mystères, de fantasmagories, et de rêves, en un mot un monde magique … »




De Matisse ce sont des fameuses gouaches au ciseau qui vont fortement l’intéresser . Atteint d’un cancer du côlon, très affaibli par la maladie , Matisse se tourne vers cette technique très créative, audacieuse, qui le fatigue moins . Berggruen va en acquérir de très nombreuses qu’il exposera dans sa galerie. Elles recevront un vif succès. » A mes yeux, les papiers découpés, qui se meuvent à la limite de l’abstraction, ont quelque chose de magique qu’il est difficile de définir. «


Heinz Berggruen est né à Berlin en 1914. Études de lettres, en France, à Grenoble et d’histoire de l’art à Toulouse, puis fuite aux Etats Unis à l’aube de la seconde guerre mondiale, en 1936. Arrivé en Californie, il entre, grâce à une bourse d’études, à l’université de Berkeley et trouve un travail au San Francisco Museum, musée d’art moderne. Durant ces années là, il rencontrera et deviendra l’assistant du peintre Diego Rivera et son épouse Frida Khalo avec laquelle il aura une brève liaison.
Après quoi, il part s’installer à Paris, qui était redevenue, après guerre, la capitale de l’avantgardisme, de l’art moderne et contemporain. Il ouvre une première galerie Place Dauphine en 1947, puis une seconde rue de l’Université en 1949, spécialisée dans les arts graphiques modernes. Il se fait remarquer par la qualité des œuvres qu’il expose, obtient un vif succès et une reconnaissance mondiale pour le choix et la qualité de ce qu’il propose.
Il cessera son activité en 1980. Non pas parce qu’il n’était plus aussi passionné qu’il l’avait été, ou aussi dévoué à ses artistes, car il continuera de l’être, mais parce qu’il trouvait que , les années passant, le côté commercial l’emportait sur tout et cela le désolait. De plus, il rencontrait quotidiennement beaucoup plus de soucis qu’autrefois. Il décida donc de ne se consacrer qu’à sa collection pour laquelle il éprouvait une grande tendresse. Il s’est, du reste, beaucoup impliqué dans les accrochages de ses œuvres lorsque différents musées les réclamaient.
Retourné dans sa ville natale en 1996, il ouvrira un musée dans un bâtiment de la National Galerie de Berlin, au Stülerbau Ouest. En 2000 , il lègue toute sa riche collection à l’État allemand. Dans ses Mémoires(Souvenirs d’un marchand d’art paru en français en 1997) il expliquera : » Ils ne veulent pas mourir de leur propre beauté dans quelque coffre bien climatisé, sous terre. Ils veulent être vus, ils veulent être admirés. Ils veulent être une source de méditation et d’un sentiment plus intense de la vie. Seul le fait qu’ils soient accrochés dans un espace public, signifie pour moi qu’ils respirant … » -:
Il est décédé en 2007 à Neuilly-sur-Seine et sera inhumé au cimetière de Berlin- Dalhem.








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