» Pourquoi je peins la danse ? C’est le mouvement des gens et des choses qui nous console. Si les feuilles des arbres ne bougeaient pas, les arbres seraient infiniment tristes et leur tristesse serait la nôtre.Là, tout est faux : la lumière, les décors, les chignons des danseuses, leur corset, leur sourire. Seuls vrais, les effets qui en découlent, la carcasse, l’ossature humaine, la mise en mouvement ; arabesques de toutes sortes. Que de force, de souplesse et de grâce ! À un certain moment, le mâle intervient avec série d’entrechats, soutient la danseuse qui se pâme. Oui, elle se pâme, ne se pâme qu’à ce moment-là. » Edgar DEGAS ( Peintre français)
» L’intérêt de Degas pour les danseuses révèle une obsession pour l’univers féminin qui croît avec l’âge et que partage, sans doute, la société de l’époque, comme en témoigne le succès que ses œuvres obtiennent de son vivant auprès des critiques et des amateurs d’art.
A partir de la fin des années 1860, Degas suit les danseuses pendant les classes et les entrainements réguliers, près des feux de la rampe et même dans les coulisses, assistant non seulement à leur travail, mais aussi à leur repos. Dans ses études au pastel et à la cire, il approfondit ses recherches sur leurs mouvements, privilégiant les lieux où, comme les salles de répétitions et les loges, il peut observer leur vie quotidienne. En dépit de l’intimité des instants qu’il saisit, le regard de Degas n’est jamais indiscret. Il s’emploie inlassablement à reproduire fidèlement les gestes qui sont parfois révélateurs de la psychologie des danseuses.
Dès la fin des années 1890, l’artiste se concentre sur la figure de la danseuse elle-même, sans se soucier de l’insérer dans un espace reconnaissable. Il s’agit souvent de danseuses dans les coulisses, sans aucun détail qui permette d’identifier les ballets. A l’image du répertoire éphémère de l’Opéra sous la IIIe République, les danseuses sont saisies dans leur essence, couleur et mouvement, plutôt que dans un contexte précis. » Gabriela ASARO ( Maitre de conférences italienne, professeure agrégée d’italien et chercheuse en littérature, arts, musique et spectable vivant)

» Ses danseuses sont, comme il le dit lui-même, non point de simples tableaux ou de simples études, mais des méditations sur la danse. Il en a rendu, avec une netteté, une suite terrible dans l’esprit, une ténacité dans l’observation, une cruauté dans l’exécution, les formes gracieuses, ou voluptueuses, ou douloureuses, et avec une telle intensité d’expression que quelques-unes semblaient de véritables suppliciées. Et l’on voit sous leur ballons de gaze claire, dans les lumières blondes et les clartés violentes qu’il jette, ces pauvres corps torturés par ces durs exercices qui broient les chairs et qui, souvent, ne sont indiqués que par les apophyses brossant le maillot rose. » Octave MIRBEAU (Écrivain, critique d’art et journaliste français – Extrait de son ouvrage Degas en 1884 )





P.S. : Degas fut appelé « le peintre des danseuses » par Manet dans une lettre que ce dernier adressa en 1868 à Fantin-Latour. Degas n’éprouvait pas , pour les danseuses, le même intérêt que les abonnés fortunés de l’Opéra de Paris. Il était fasciné par le monde de la danse et les danseuses en tant que telles, la difficulté de leur travail, la discipline, l’endurance, etc…Les diverses œuvres représentant des danseuses par Degas ont été, certes, souvent admirées, mais il y a eu aussi de nombreuses critiques parce qu’on ne les trouvait pas jolies, souvent avec un visage disgracieux, grossier, ne souriant pas. Degas ne tenait pas spécialement à les sublimer ou les idéaliser(comme d’autres auraient voulu) mais de les montrer comme il les voyait tous les jours : réelles, fatiguées parfois, découragées aussi.





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