» Le chrysanthème , comme la rose, comme toutes les fleurs, comme tout ce qui est beau et parle à l’âme, a inspiré les écrivains, les poètes, les artistes. Mais, si les toiles où fleurissent pour toujours les plantes les plus décoratives et les fleurs aux nuances les plus vives et les plus variées ont la gaieté des tons et la diversité des formes, les poésies ou les récits inspirés par les chrysanthèmes ‘ont rien de gai, rien de brillant, rien de joyeux. Il semblerait que la brume saison où fleurit le chrysanthème répande sa tristesse, sa mélancolie sur tout ce qu’il inspire.
Avec les roses, les poètes chantent la jeunesse, la vie, l’espérance, la beauté. Avec les chrysanthèmes, ils psalmodient sur un ton mineur le regret des joies lointaines du passé, les tristesse du présent et les craintes de l’avenir. Ce sont des élégies où, tour à tour, viennent les dernières fleurs et les derniers souffles, les derniers beaux jours et les dernières joies, les frimas et la souffrance, la neige et son linceul, l’hiver et la mort.
D’ailleurs, le peuple, dans son langage imagé et pittoresque n’a t-il pas appelé le chrysanthème la fleur des cimetière ? On ne pouvait dire ni plus juste, ni mieux, et c’est peut-être le plus bel éloge qu’on pût faire de cette belle plante. Oui c’est la fleur des cimetières, c’est celle qui porte à nos chers défunts au moment où tout va mourir dans la nature, l’expression de ce qui en nous ne meurt jamais : le souvenir et l’espérance.
Fleuris donc, Reine de l’Automne, fleuris pour la joie et la satisfaction des vivants, mais fleuris aussi pour ceux qui ne sont plus, pour ceux que la cruelle et inflexible mort a arrachés à notre amour. Sois le lien qui unit le présent au passé et à l’avenir, et que les fleurs dans leur muet mais éloquent langage disent à tous que si la mort nous sépare elle ne nous désunit pas. » Martial Félix TABOURY ( Vice Président de la société de l’horticulture et arboriculture de la Haute-Vienne / Extrait d’un bulletin écrit en janvier 1897)





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