» Le motif n’est pour moi qu’une chose insignifiante. Ce que je veux reproduire c’est ce qu’il y a entre le motif et moi. » Claude MONET

 » Monet donne les sensations de l’instant éphémère qui vient de naître, qui meurt et qui ne reviendra plus …  » Gustave GEOFFROY (Journaliste et critique d’art français)

« Vous ne vous rendez pas compte de l’épouvantable temps qu’il n’a cessé de faire depuis deux mois. C’est à rendre fou furieux quand on cherche à rendre le temps, l’atmosphère, l’ambiance  » Claude MONET à Gustave GEOFFROY en 1890

En décembre 1926, Claude Monet s’éteignait à Giverny, des suites d’une longue maladie. Nombreuses sont les expositions en France pour célébrer l’anniversaire de ces 100 ans . J’en ai choisi deux. La première, ce jour, est organisée par le Musée de l’Orangerie. Elle s’intitule : MONET, peindre le temps (jusqu’au 25.1.2027) – Elle se tiendra, par ailleurs, à la Tate Modern de Londres du 25.2.2027 au 27.6.2027.

 » Palazzo Contarini  » 1908 Claude MONET ((Collections du Museum Barberini/Postdam)
« Palazzo de Mula à Venise  » 1908 Claude MONET (Collections de la National Gallery/Washington)
 » Les glaçons  » – 1880 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)

Cette exposition prend véritablement tout son sens dans ce lieu qui abrite ce que l’on considère comme le testament pictural du peintre , à savoir les 8 grands panneaux représentant Les Nymphéas que l’on peut admirer là-bas.

Quarante œuvres sont proposées, prêts de Musées français comme le Musée d’Orsay, le Musée Marmottan Monet, mais également des grandes institutions muséales internationales, pour que nous tentions de comprendre sa démarche, la relation entre l’instant, la lumière et la durée, ce qui nous amènent , au travers d’un parcours chronologique, jusqu’à ses sublimes Nymphéas.

Monet a souhaité, selon sa propre expression :  »rendre le temps, le passage du temps lui-même  » sur la toile, pas le passage uniquement, mais son mouvement, capter l’impression sur l’instant, le rendre , si possible, vivant . Une chose vraiment pas facile que de vouloir atteindre ce but qui n’est pas fictif mais bien réel, exact.

L’œil a été pour Monet un sens qui a eu une très grande importance car ce fut un instrument qui lui a permis de s’interroger. Comment peindre le temps ? à savoir peindre quelque chose de fluide, qui ne cesse de bouger, de se métamorphoser. Comment fixer sur la toile quelque chose ancré dans l’instantanéité ? Il s’est obstiné pour avoir des réponses, essayer d’aller toujours plus loin dans ce questionnement notamment dans les Séries dès 1890 , que ce soit celles des Meules , des Peupliers , de la cathédrale de Rouen en 1892, sans oublier Le pont japonais à Giverny, Le Parlement de Londres, et le Waterloo bridge, et bien sur les Nymphéas, un sujet qu’il a exploré durant les trente dernières années de sa vie et qui l’ont conduit quasiment jusqu’à l’abstraction.

 » La cathédrale de Rouen, le portail brouillard matinal  » 1894 Claude MONET (Collections du Museum Folkwang/Essen)
 » La cathédrale de Rouen, harmonie bleu et or  » 1894 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » La cathédrale de Rouen, le portail, soleil matinal  » 1893 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » Le Pont japonais  » 1918/1924 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
‘ Le Pont japonais  » 1918/1920 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Le bassin aux nymphéas, harmonie verte  » 1899 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » Le Parlement Londres – reflets dans la Tamise  » 1905 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Charing Cross Bridge, fumées dans le brouillard impressions ) 1902 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Les peupliers effet du vent  » 1891 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » Peupliers sur l’Epte  » 1891 Claude MONET (Collections de la Tate – Prêt à la National Gallery /Londres)
 » Les meules à midi  » 1890 Claude MONET (Collections de la National Gallery of Australia/Canberra)
 » Meules à la fin de l’été  » 1891 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » Nymphéas  » 1914/17 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Nymphéas avec reflets de hautes herbes  » 1897 Claude MONET (Collection particulière)

Avec les Séries, on peut dire que son champ de vision va s’élargir. Pour lui la nature n’a pas été uniquement ce que l’on peut voir en extérieur, mais plutôt quelque chose de vivant, de mystérieux ( » Un paysage pour moi vit par ses alentours, par l’air et la lumière qui varient continuellement » ) . Capturer les instants où elle se modifie, a nécessité un grand esprit créatif, et provoquer des ressentis heureux mais douloureux aussi. Lui même disait : « Je lutte, je pioche  » …

Claude Monet a été fortement intéressé par les variations de lumière selon la saison, la météo, et cet intérêt très poussé a été son ressenti, quasi philosophique sur le temps qui passe, observant, étudiant scrupuleusement, profondément, obsessionnellement, ce temps qui passe. Souvent même, il lui arrivait de travailler , en même temps, sur différentes toiles représentant la même chose . Il les emportait avec lui, observait les variations et apportait, sur place, des modifications aux tableaux, comme l’explique Cécile Girardeau, Conservatrice en chef du Musée de l’Orangerie et commissaire de l’expo :

 » Lorsqu’il se rendait sur le motif, depuis une berge, un champ ou la fenêtre d’une chambre, il avait autour de lui , à sa disposition, jusqu’à 15 toiles en cours. Il les interrompait ou les reprenait en fonction de la lumière. »

C’est dire combien c’était important pour lui !

« Le bateau-atelier » 1876 Claude MONET (Collections de la Fondation Barnes/ Philadelphie)

Il tentera d’exprimer ce temps qui transforme un même sujet, selon des heures et des lumières différentes, par temps ensoleillé ou jour de pluie, de vent, de brouillard, de neige. Chaque paysage change automatiquement, et les couleurs aussi ! Autant de changements observés par le peintre, a produit de nombreux tableaux, jamais vraiment identiques parce que le paysage évolue, la lumière et les ombres aussi, ce qui ne donne plus la même place au sujet : il est secondaire, supplanté par tous ces changements.

En août 1837, le train à vapeur inaugure la ligne Paris-Saint-Germain-en-Laye : 20 kilomètres en 25 minutes, soit un changement révolutionnaire qui va tout bouleverser. En 1880 le train Paris-Marseille mettra 24 heures pour relier les deux villes alors qu’autrefois il fallait plusieurs jours pour y arriver.

La gare , le train, et tout ce qui gravite autour, l’atmosphère, les horloges, les mécaniciens, les passagers pressés, tout cet univers fascinera Monet. Il avait un atelier rue Moncey, non loin de la Gare St Lazare et du Pont de l’Europe, donc pouvait s’y rendre à pied autant de fois qu’il le souhaitait et vivre dans l’effervescence de ce lieu habité par le temps lui aussi. Avec ce sujet il va peindre la modernité.

 » La gare SaInt-Lazare » 1877 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
 » Le train dans la neige, locomotive  » 1875 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Le pont du chemin de fer à Argenteuil  » 1873/74 Claude MONET (Collections du Musée d’Orsay/Paris)
« Pont de l’Europe/Gare Saint-Lazare » 1877 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet/Paris)

En 1911 il connaitra une période douloureuse marquée par la mort de sa seconde épouse, puis de l’un de ses fils trois ans plus tard. De plus, il a de gros problèmes de vue dus à une sévère double cataracte. L’aggravation de son état oculaire va modifier ses perspectives et il arrêtera même de peindre durant un certain temps . Il sera opéra en 1923, gardera, malgré tout, une vue un peu brumeuse.

« ma mauvaise vue signifie que je vois tout au travers d’un brouillard, c’est tout de même très beau et c’est ce que j’aimerai pouvoir représenter.  » C.M.

« L’allée des rosiers « 1920§23 Claude MONET (Collections du Musée Marmottan-Monet)

C’est à cette époque que Georges Clémenceau, son grand ami, lui demandera de se remettre à la peinture. Il choisir de le faire avec les Nymphéas, deux grands panneaux au départ, qu’il souhaitait offrir à l’État. Au total ce seront comme je l’ai dis en début de cet article8 panneaux de 22 toiles représentant Les Nymphéas. Des panneaux placés dans deux pièces ovales (rénovées en 2006) et qui se trouvent au Musée de l’Orangerie . L’inauguration aura lieu en 1927, mais malheureusement Monet ne put y assister car il était décédé un an auparavant.

 » Je suis à la veille de terminer deux panneaux décoratifs que je veux signer au jour de la Victoire, et viens vous demander de les offrir à l’État par votre intermédiaire.  » Claude MONET à Georges CLEMENCEAU

Ce qu’il y a de merveilleux dans ces salles, outre la beauté des toiles de Monet, c’est que grâce au toit vitré la lumière naturelle de l’extérieur entre et baigne la pièce où se trouvent les tableaux (comme l’aurait souhaité Monet d’ailleurs) , celle claire du soleil, ou brumeuse des nuages, et ce au fil du rythme des heures, du matin jusqu’au soir. C’est vraiment magnifique et amène à une sorte de recueillement. Le temps est suspendu ….

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