» Seul Paul Cézanne , au style si distinct et si en avance sur son temps, pouvait peindre ce Garçon au gilet rouge. Il mêlait l’impressionnisme et le classicisme à une réflexion intellectuelle immense. Ce portrait, qui parait simple à première vue, se transforme en un objet très différent lorsqu’on l’examine de plus près.

Cézanne en réalisa plusieurs versions. Celle-ci, avec ses aplats de rouge, marron-bleu et bleu-vert et ses formes blanches simples et démarquées, est l’une de ses tentatives les plus modernistes. Son harmonie naît d’une palette réduite où les couleurs se répondent d’une partie du tableau à l’autre. Les ombres bleu-vert de la peau et la chemise unifient l’œuvre et placent sur le même plan le garçon et le cadre qui l’entoure. Une série de diagonales se recoupent et font écho : le rideau de gauche, le dos penché du garçon, et le bras droit qui repose sur une surface qui bascule par rapport au champ pictural.

Cézanne a déconstruit une scène ordinaire pour la reconstruire entièrement. Le Garçon au gilet rouge nous montre ainsi deux préoccupations essentielles de l’artiste : l’exploration de sa résolution de l’énigme qu’est la représentation d’un univers à trois dimensions sur une surface plane, de façon à nous apprendre quelque chose sur les formes représentées. Cézanne a, ici, atteint son objectif. Son tableau fonctionne comme un ensemble tout en montrant la voie au cubisme de Braque et de Picasso qui baptisa Cézanne le Père de la peinture moderne.  » Ann KAY ( Écrivain, rédactrice anglaise, diplômée en histoire de l’art)

 » Le garçon au gilet rouge  » 1888/1890 Paul CÉZANNE

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