LAMORAL comte D’EGMONT – Prince de Gavre 1522/1568 (Peintre inconnu)

Egmont est une commande du Burgtheater de Vienne en 1809. Une musique dite de scène pour la reprise de la pièce du dramaturge, poète, théoricien allemand Johann V.Goethe ( pièce de 1788 portant le même nom)

A cette époque la surdité de Beethoven était déjà très avancée, mais on peut dire qu’elle n’a nullement eu de conséquence sur la partition. Le compositeur était plutôt ravi de pouvoir composer une musique sur une œuvre de Goethe, un drame à la gloire de la liberté, un manifeste politique, une lutte pour l’indépendance, avec un éventail de beaux sentiments. Tout un lot de qualités qui n’étaient pas pour lui déplaire.

Il saura parfaitement mettre en évidence ce comte allemand, général et homme d’État sous le règne de Charles Quint et Philippe II, décapité à Bruxelles en 1568, qui affrontera le sort qui lui sera réservé compte tenu de sa résistance devant l’oppresseur.

Egmont comprend neuf pièces, mais l’Ouverture est très souvent reprise et jouée seule en concert car c’est une œuvre rarement donnée dans son intégralité. Il y a du tragique, de la noirceur, des changements de rythme très fort pour décrire les passions, de la ferveur, de la délicatesse aussi pour ce qui se réfère à l’amour.

On oscille donc entre impétuosité et apaisement. L’intensité va crescendo et se termine par un triomphe conquérant. Beethoven a tenu, en effet, à respecter le souhait de Goethe qui n’avait pas voulu que la mort de son héros se termine tristement mais, qu’au contraire, elle se fasse dans un esprit victorieux.

(Vidéo : Herbert V.KARAJAN à la direction de l’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE BERLIN)

Beethoven a toujours admiré Goethe et ce depuis son adolescence. Non seulement ses écrits l’ont fasciné, mais il a composé en étant inspiré par l’idéalisme de ses textes. Il avait d’ailleurs envoyé des lieder à Goethe en 1810, mais ceux-ci étaient restés sans réponse ; ce qui ne l’avait nullement découragé, puisqu’en 1811 il lui fera parvenir sa musique de scène pour Egmont.

En 1812, la santé précaire du compositeur l’oblige à faire une cure à Teplitz une ville thermale de Bohème, fréquentée par la bonne société allemande et autrichienne . C’est là  que les deux hommes se rencontrent. Toutefois, cela ne va pas se passer comme on aurait pu l’imaginer compte tenu de  leur admiration commune : tout d’abord à cause de leurs tempéraments vifs et tempétueux à tous deux ; ensuite,   Beethoven supportait absolument pas les courbettes, opinions et positions que Goethe avait vis-à-vis de la Cour, et il était déçu que le poète ne se montre pas plus empressé à l’écoute de sa musique.

 » J’ai fait la connaissance de Beethoven. Son talent m’a plongé dans l’étonnement, mais c’est, malheureusement, une personnalité tout à fait indomptée qui n’a certes pas tort de trouver le monde détestable, mais qui ne le rend vraiment pas plaisant, ni pour lui, ni pour les autres. Il est très excusable et très à plaindre car son ouïe l’abandonne : cela nuit peut-être moins à la partie musicale qu’à la partie sociale. Lui qui est déjà laconique de nature, il le devient doublement par cette infirmité. » GOETHE 

En 1811, il lui fera parvenir la musique de scène composée pour Egmont. Goethe lui répondra en lui disant qu’éventuellement cela pourrait se faire. Ce qu’il ne savait pas en revanche, c’est que cette Ouverture avait déjà été interprétée auparavant –  En conséquence, le jour où elle fut donnée, en 1812, à Weimar, ce n’était pas une première et du reste, Goethe ne va s’épancher sur la soirée. Par contre, Il le fera quasiment dix ans plus tard, en 1823 :  » Beethoven est entré dans mes vues avec un génie admirable  » –

Beethoven & Goethe – L’incident de Teplitz / Carl ROHLING (rencontre avec la famille impériale en Juillet 1812 – Tableau de 1887) – Tableau de Carl ROHLING :   » A gauche Goethe qui, ayant retiré son couvre-chef, s’incline sur le bord du chemin pour saluer le passage de la famille impériale, comme il se doit quand on respecte l’ordre établi. A l’avant-plan, Beethoven n’en fit rien. Après avoir enfoncé son chapeau sur la tête et pris un air renfrogné, il continua son chemin tête haute, considérant que la famille impériale se devait d’abord de saluer les artistes et pas l’inverse ! Changement de mentalité, rébellion contre l’autorité. N’oublions pas que Beethoven voulait vivre indépendant des autorités, et qu’il était un grand partisan de la démocratie, considérant l’artiste comme un véritable héros prométhéen donnant le feu ( la connaissance) aux hommes et qu’en conséquence, tous lui devaient le respect. C’est de ce grief-là qu’il s’agit lorsqu’il évoque à propos de Goethe  » l’air de Cour  » – Tout cela témoigne de l’esprit de deux époques, de deux générations et de deux mondes qui se croisent. Les arguments de Goethe dans ses œuvres répondaient exactement à la pensée héroïque de Beethoven, mais l’homme était d’un autre siècle. Il s’agissait pourtant, pour le compositeur, de s’inspirer de ces héros, de les faire siens, de les transcender de la même manière que ceux de l’Antiquité. En cela, Goethe méritait encore une admiration sans borne !  » Jean-Marc ONKELINX (Musicologue, professeur d’histoire de la musique)

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