
» Après son décès , sa collection a été dispersée par ses descendants. Les tableaux sont aujourd’hui conservés un peu partout dans le monde, entre musées et collections privées. De 1899 à 1907, Fayet a acheté , revendu, échangé etc… Il a fallu plusieurs années pour identifier et localiser les œuvres qui lui avaient appartenu. Grâce aux archives familiales, à sa correspondance, à ses carnets, nous avons pu recenser 740 tableaux, dont 250 sont présentés à Paris – Certains de ces tableaux ne sont pas revenus en France depuis près de cent ans, comme l’autoportrait de Van Gogh à l’oreille bandée et à la pipe ». » Sylvie PATRY (Commissaire de l’exposition, conservatrice du Patrimoine)

Si l’occasion se présente à vous, ne ratez pas la riche et très belle collection de tableaux présentée par la Fondation Louis Vuitton à Paris. Il s’agit de celle d’un collectionneur avisé, curieux, audacieux, fin connaisseur, avant-gardiste, créateur, redoutable homme d’affaires, à savoir Gustave Fayet, lui-même peintre, céramiste, ami de Gauguin et Odilon Redon. Un homme que l’on disait très dynamique et doté d’une grande sensibilité.
Homme aux multiples facettes, Il fut également conservateur du Musée de Béziers de 1900 à 1904, organisateur de Salons d’art moderne. Il avait ouvert un atelier de grès à Béziers, et s’était associé à un homme d’affaires de sa région, Fernand Dumas, pour la création, en 1920, à Paris, d’une manufacture de tapis (l’Atelier de la Dauphine) qui aura beaucoup de succès. Féru de musique, amoureux de Richard Wagner et Vincent d’Indy, il sera, aussi, à l’origine de la construction d’un auditorium dans sa ville natale.

Son aisance financière lui a permis de se diversifier que ce soit en tant que producteur de vin, mais aussi investisseur dans le chemin de fer, créateur d’une banque. Il financera, également, la construction d’une verrerie (La verrerie des Sablons ) à Bièvres, laquelle produira environ trente vitraux pour des églises.
Dans l’Abbaye Saint-André , à Villeneuve-les-Avignon achetée par ses bons soins en 1916, il accueillera des poètes, des poétesses, notamment Elsa Koeberlé qui s’y produira souvent pour réciter ses textes. Elle y résidera rés de 1916 jusqu’à mort en 1950 et avec une amie peintre, Génia Lioubox, elles restaureront ce lieu et créeront des jardins à l’italienne . Elsa publiait ses poèmes sous le nom de Sybil O’Santry ou Sybil O’connor.
L’expo s’intitule : Gustave FAYET, collectionneur, créateur – / Jusqu’au 8 mars 2027 soit environ 250 chefs-d’œuvre de la peinture moderne signés Gauguin, Moreau, Courbet, Bonnard, Matisse, Cézanne, Van Dongen, Van Gogh, Degas, Signac, Picasso, Toujouse-Lautrec, Morisot, et tant d’autres … en différentes sections, nombreuses archives, des factures de différents marchands d’art, et des objets précieux comme par exemple un coffret en bois dans lequel étaient classées toutes ses fiches d’inventaire, des projets de tissus, de papiers peints, des livres illustrés.












Il est né à Béziers en 1865 dans une riche famille de viticulteurs, très cultivée, portée par l’art, la littérature et la musique. . Passionné par la peinture , il va très tôt être formé par son père et son oncle, peintres tous deux. Il exposera dès 1887/89. C’est donc dans l’atelier de ses deux hommes qu’il réalisera des toiles ayant pour sujet des jardins , notamment ceux des maisons familiales, mais aussi des paysages dans les environs de Narbonne, de Béziers, notamment ceux de l’Abbaye de Fontfroide où il aimait se réfugier. Il va devenir propriétaire de ce lieu, cher à son cœur, en 1908, le restaurer et l’embellir.
Entre 1896 et 1904, il va collaborer avec le céramiste Louis Paul et ensemble, ils créeront des vases en grès émaillé très inspirés par l’art japonais.
Il a émis, très tôt, le souhait devenir un dénicheur de talents, et se portera acquéreur de sa première toile alors qu’il n’a que 20 ans. Il s’agissait de Promenade dans un parc du peintre marseillais Adolphe Monticelli. A partir de là, il ne cessera d’acheter et se constituer une collection remarquable. Ses débuts en tant que tel se feront à 34 ans, en 1899.
Lorsque son père décèdera, il va hériter, à 34 ans, d’une immense fortune, laquelle lui permettra, notamment, l’acquisition d’une collection complète cédée par un négociant en vin, soit 40 tableaux de tendance impressionniste. Après quo, il s’intéressera de près non seulement au travail d’Odilon Redon, mais également à celui de Gauguin, et de Van Gogh. Tous trois entreront dans sa belle collection. Les deux premiers deviendront de grands amis.
« Permettez-moi de vous remercier de la compagnie quasi royale que vous donnez à mes tableaux : Degas, Renoir, Monticelli …. Des hommes que j’admire car c’est cela qui nous touche nous autres artistes. « À l’énumération de votre collection, je vois que je suis en compagnie de maîtres, et cela me rend heureux, mais aussi bien timide…. Enfin, il y a donc des hommes qui savent apprécier la peinture. » Extrait d’une lettre de Paul GAUGUIN à Gustave FAYET en 1902




Bien entendu, il fréquentera les plus grands marchands d’art et collectionneurs réputés de l’époque comme Paul Durand-Ruel, Ambroise Vollard, Gertrude Stein, Harry Kessler, Ivan Morozov, etc… Sa passion et sa frénésie d’acquisition va crescendo au fur et à mesure de ses passions pour d’autres artistes.
Pour lui le beau devait être partout non seulement sur les murs de ses résidences, mais dans la décoration en peintures murales qu’il réalisera lui-même dans sa villa du Var. Dans les années 1920 il va s’adonner à l’aquarelle sur buvard. Des pièces pleines de couleurs inspirées par l’univers d’Odilon Redon.
Il quitte sa famille et sa région natale en 1905 pour s’installer dans le 7e arrondissement de Paris. Son hôtel particulier est comme une sorte de musée, ouvert à ses amis, puisque tous les tableaux de sa somptueuse collection viennent couvrir les murs. Il en sera ainsi également dans ses autres résidences.

Comme l’explique fort bien son arrière-petit-fils, le général Alexandre d’Andoque, qui a collaboré pour cette exposition » Quand il regardait une œuvre, Gustave le faisait aussi avec son œil de peintre. Il connaissait fort bien la difficulté qu’il y a à rendre un paysage, une atmosphère, une lumière. Il avait cette sensibilité et était capable de dialoguer avec les artistes d’égal à égal, on le voit dans sa correspondance. »
Il a épousé Madeleine d’Andoque de Sériége en 1893… Elle lui a donné cinq enfants : Gabriel, Yseut, Simone, Antoine, et Léon.


A sa mort brutale en 1925, à l’âge de 60 ans , dans le château d’Igny (Essone) acquis en 1912 et où il vivait jusque-là, toute sa collection a été partagée entre ses quatre enfants. C’est ainsi qu’elle se retrouvera vendue et dispersée un peu partout dans le monde notamment aux Etats-Unis. Cette exposition permet donc, en quelque sorte, » la reconstitution » de cette fabuleuse collection, collection que son arrière-petit-fils dit regarder avec émotion car il avait vu dans le passé certains de ces tableaux chez sa grand-mère ou d’autres membres de la famille.
Gustave Fayet est enterré au Cimetière vieux de Béziers.
A noter qu’il s’est remis à peindre en 1912 (souvent des aquarelles sur papier et sur buvard ) pour réaliser des œuvres avec des motifs plutôt abstraits :



Les hommages, célébrant le centenaire de sa mort, ont été nombreux . Certaines expositions se sont terminées en juin et en septembre – D’autres se poursuivent comme Gustave Fayet en Provence à l’Abbaye Saint-André de Villeneuve-les-Avignon jusqu’au 31 octobre // « Gustave Fayet et le Japon » au Musée Fayet de Béziers jusqu’au 31 octobre // Gustave Fayet, Symphonies décoratives à Fontfroide » jusqu’en janvier 2027 à l’Abbaye de Fontfroide de Narbonne





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