
» Élève de Mrs Chaplin et Manet, elle a su mettre un charme qui fait défaut à celui-ci et une force que celui-là n’a pas. « Théodore DE BANVILLE (Poète français, dramaturge, critique)
« Cette première rétrospective en France va tenter de réhabiliter , de manière juste et sincère, l’œuvre de Eva Gonzalès. De voir en elle un peu plus qu’une fille de, une femme de, une élève de … simplement une femme qui voulait être peintre. » Stéphanie CANTARUTTI (Co-commissaire de l’exposition- Conservateur en chef chef du patrimoine département des peintures au Petit Palais)


Quelle merveilleuse idée du Petit Palais que de mettre à l’honneur une si talentueuse peintre, malheureusement injustement méconnue, voire même un peu trop oubliée ! Elle fut l’unique élève d’Édouard Manet, son amie, son modèle aussi. Une belle carrière prometteuse l’attendait, mais elle mourra très jeune à 36 ans d’une embolie après avoir mis au monde son unique enfant Jean-Raymond.
L’expo s’intitule Eva GONZALÈS – Parcours d’une artiste libre (jusqu’au 24 janvier 2027) – C’est la première rétrospective, la concernant en France, depuis 1885. Elle est présentée en collaboration avec le Van Gogh Museum d’Amsterdam (qui accueillera l’expo en février 2027) et le soutien du Musée d’Orsay.
On peut y admirer une centaine d’œuvres ( peintures, aquarelles, pastels, gravures) d’elle même bien sur, mais également ceux de son mentor Édouard Manet, d’Alfred Stevens, de sa sœur Jeanne, de son époux Henri Guérard , de Berthe Morisot et Marie Bracquemond . La majeure partie de ses œuvres se trouve surtout dans des collections particulières, des institutions muséales étrangères et quelques-unes dans notre pays.




Il y a beaucoup de finesse, d’élégance, de poésie, de douceur dans ses lumineux tableaux. Ses sujets préférés furent souvent des portraits de ses proches, des femmes souvent, des enfants, des scènes d’intérieur, des instants de vie quotidienne, des paysages aussi.



Elle a beaucoup aimé, également, la technique du pastel pour sa délicatesse et l’emploiera souvent que ce soit lors de ses débuts chez Chaplin ou plus tard avec Manet.
» Le pastel, l’une des formes d’art les plus marquantes du mouvement rococo du XVIIIe siècle, fut unanimement salué pour le réalisme qu’il offrait et fut plébiscité des années plus tard par Eva Gonzalès. Ce médium était idéal pour une artiste travaillant dans l’esprit impressionniste, capturant les effets fugaces de la lumière et du mouvement. C’est dans ce domaine que, pour la première fois, les rôles se sont inversés entre Gonzalès et Manet : elle enseigna à son maître quelques secrets du pastel, notamment les meilleurs matériaux à utiliser. Gonzalès adapta le pastel à la rapidité et la spontanéité des sujets de la vie moderne. » Catherine FELL (Historienne, conservatrice au château de Leeds en Angleterre)



Eva fut une jeune fille éprise de liberté et d’indépendance (d’où le titre de l’expo) qui va vouloir entrer dans un monde qui était, en son temps, en majeure partie masculin et misogyne . Mais elle ne faillira pas et réussira à s’imposer grâce à sa détermination, son exigence, sa vision picturale personnelle. Elle a été très aimée, tous les témoignages la concernant affirment qu’elle charmait toutes celles et ceux qui l’approchaient.
De nombreuses personnes la classent parmi les impressionnistes, notamment en raison du fait qu’elle peignait ses paysages en plein air, des sujets abordés dans sa peinture. De plus, elle a côtoyé les grands noms de ce mouvement notamment Monet et Renoir chez Manet , a fréquenté le Café Guerbois à Paris où ils se retrouvaient . Par ailleurs, elle s’est rendue souvent comme certains d’entre eux, en Normandie et a peint les bords de mer chers à Monet ou Boudin.


Cette classification s’est faite malgré elle car, de son côté, même si elle a apprécié d’être en leur compagnie, elle n’a jamais souhaiter faire officiellement partie de leur groupe comme ont pu le faire Berthe Morisot , Mary Cassatt, ou Marie Bracquemond. Elle refusera, comme Manet, de participer à l’aventure impressionniste, ne sera pas présente dans leurs différentes expositions, préférant le Salon. Cette prise de position entraînera ce manque de reconnaissance dont elle a souffert.
Eva est née à Paris en 1849 d’un père (Emmanuel) romancier, journaliste et dramaturge, et d’une mère (Maria Caelina) mezzo-soprano et pianiste. Elle grandira dans un milieu bourgeois assez aisé et cultivé, et aura une sœur (peintre elle aussi) avec laquelle elle entretiendra une relation fusionnelle.
Passionnée de peinture, vivement encouragée par son père, elle souhaitera en faire son métier. Mais être une femme désirant faire carrière dans la peinture, à son époque, n’était pas chose facile. L’École des Beaux Arts n’ouvrira ses portes aux femmes qu’en 1897. De ce fait, elle entrera, en 1865 , dans l’atelier de Charles Chaplin (peintre académique mondain) , le seul qui se proposait de les recevoir et les former.
C’est grâce à l’intervention de Théodore de Banville qu’elle pourra le faire. Ce dernier, trouvant qu’elle avait beaucoup de talent, va convaincre ses parents de lui faire prendre des cours. Chaplin lui apprendra l’art du dessin et celui des grands maîtres comme Nattier ou Boucher.
Et puis, quatre ans plus tard, grâce à un ami de ses parents, le peintre belge Alfred Stevens, elle rencontrera celui qui deviendra son mentor, et qu’elle admirait beaucoup : Edouard Manet. Lui aussi se rendra compte, très vite, que la jeune fille avait d’excellentes dispositions pour la peinture. Elle sera son unique élève, et son modèle, ce qui attisera, notamment, la jalousie de Berthe Morisot.
« En février 1869, rue Guyot, l’apparition d’une jeune fille délicieuse, éblouissante de jeunesse de beauté, Melle Eva Gonzalès amenée par le peintre Alfred Stevens. Elle entrait dans sa 20e année et elle était l’élève de Charles Chaplin. Elle admirait Manet et brûlait du désir de recevoir ses conseils. » Adolphe TRABARANT (Journaliste français, écrivain, critique d’art)
» elle avait partagé la sorte de haine stupide qui atteignait Manet. Bien que son talent se fut en quelque sorte dégagé des abstraction dont Manet aimait entourer le sien, et qu’elle n’eut gardé des leçons du maître que l’élégance, le charme, la douce musicalité, elle sera vivement attaquée et son caractère de femme ne la préservera pas toujours des insultes de certaines critiques. Loin d’en souffrir, elle s’en montra fière car c’était une vaillante artiste et une croyante. « Octave MIRBEAU (Écrivain français)
Manet et elle auront une relation artistique et amicale assez forte. Il va vivement l’encourager, la complimenter. Toutefois, elle ne sera pas que la simple élève de Manet. Elle va peindre à sa façon, selon ses propres convictions picturales. Un jour elle souhaitera voler de ses propres ailes, s’affranchir du maitre, ouvrir son propre atelier et ce malgré l’on puisse trouver cela « inconvenant » pour une jeune fille célibataire qui débutait dans la profession. Chaplin le lui avait déconseillé . Quant à Manet, il continuera à la suivre et porter un regard attentif sur son travail et sa carrière.


Le fait de ne pas avoir de soucis financiers grâce à sa famille qui ne cessera jamais de l’aider et de la soutenir, lui permettra de ne dépendre de personne . Ses pastels feront, au départ, sa renommée et lui apporteront le succès. Durant sa brève carrière, qui s’arrêtera prématurément avec son décès, elle réussira à peindre entre 130 et 150 œuvres et réussira à exposer en Angleterre et en Belgique.
Elle a épousé en 1879 le peintre, lithographe et graveur Henri Guérard, un passionné de japonisme. Il a toujours été un grand soutien pour elle dans son art. Six jours après le décès de Manet, elle meurt , en 1883, d’une embolie après avoir mis au monde son fils Jean-Raymond. Son mari et sa sœur Jeanne ne cesseront d’être, jusqu’à leur mort, les gardiens de son œuvre et de sa mémoire, ce que continuera de faire son fils. Ce dernier sera élevée par Jeanne, laquelle s’était unie à son beau-frère en 1888.
Elle sera inhumée au Cimetière de Montmartre à Paris et repose auprès de son père Emmanuel. A noter que, malheureusement, son nom ne figure pas sur la tombe.

Jean Raymond sera à l’origine d’une exposition qui se tiendra en 1952 dans la Principauté de Monaco . Le prince Rainier était un grand admirateur d’Éva. De plus, Emmanuel Gonzalès, son père, se considérait un peu comme monégasque. Il possédait une maison d’été (le Domaine de la Chapelle) dans le quartier du Larvotto (autrefois quartier des Bas-Moulins) – Le prince actuel, Albert , a d’ailleurs prêté sept tableaux issus de leur collection privée.






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