» Toutes les erreurs commises par les artistes, proviennent de leur éloignement de la vérité. Rien n’est plus puissant que la nature. A son contact, on peut accomplir tout avec brio. La nature, le soleil lui-même, produit des effets de couleur instantanément. L’impression de ces visions éphémères, nous nous efforçons désespérément de la saisir et de la fixer par tous les moyens. À ces instants, je suis inconscient des matières, du style, des règles, de tout ce qui s’interpose entre ma perception et l’objet ou l’idée perçue. » Joaquin SOROLLA

« Des gamins qui se baignent, ruisselants de la vague et empourprés de grand soleils. Des portraits de femme d’une fringante élégance et d’une harmonie riche et simple. Des marines avec ces fameuses voiles que Mr Sorolla gonfle de vent comme pas un. Des foules qui grouillent sur les plages. Des études où la lumière miroite, où l’eau clapote, où le soleil réchauffe et diapre les objets …. Enfin tout ce que peut jeter, à pleines mains, un talent qui ne connait pas les difficultés et une gaieté de peindre qui ne cnnait pas d’arrière-pensées. Voilà le feu d’artifice de Mr Sorolla. On ne discute pas avec un homme qui vous fait voir un coup de poing dans les yeux, comme on dit  » voir trente-six chandelles  » ! On se contente de l’éblouissement que vous cause cette prodigalité de luminaires. Avec Mr Sorolla y Bastida, à chaque fois on voit les trentesix au grand complet et souvent même, il y en a quelques-unes supplémentaires. Oui, Mr Sorolla sait peindre les voiles que le vent gonfle, les êtres ruisselants d’eau et de soleil sur les grèves. Il nous a montré cela cent fois, mais toujours avec tant d’habileté que non seulement il n’a pas encore réussi à nous en fatiguer, mais encore, avec ces thèmes rebattus, insignifiants, existant à peine, il continue à provoquer en nous l’étonnement de la chose bien faite, de cette peinture qui se tient sur les confins du trompe-l’œil, mais qui évite la banalité par une joie de peindre essentiellement communicative. » Arsène ALEXANDRE (Journaliste, critique d’art, collectionneur)

 » Sorolla est le véritable maître de la lumière  » Claude MONET (Peintre français)

Autoportrait – 1900 Joaquin SOROLLA (Musée SOROLLA / Madrid)

Si vos vacances d’été vous conduisent dans la région du sud-ouest en France, plus précisément dans le département de la Haute-Garonne, je vous conseille vivement de vous rendre à Toulouse (dite la ville rose) afin de pouvoir admirer la très belle exposition proposée par la Fondation Bemberg (ou Collection Bemberg) qui se tient jusqu’au 13 septembre – Elle s’intitule SOROLLA – Maître de la lumière.

Un petit mot sur la Fondation Bemberg : c’est un musée situé dans un hôtel particulier, de style Renaissance, qui date de 1555. Il avait été construit à l’époque pour un marchand, Pierre Assézat, qui s’était enrichi grâce au commerce du pastel. Cette demeure resta celle de la famille jusqu’en 1761, puis elle sera léguée à la ville à la fin du XIXe siècle. Un jour, Georges Bemberg, collectionneur d’art, se mit en quête d’un lieu pour pouvoir exposer les différentes pièces de ses collections. La ville de Toulouse lui proposa de mettre à sa disposition, une partie de l’hôtel Assézat. Bemberg entreprendra de gros travaux d’aménagement et le musée fut inauguré en 1995. Il ne cessera d’enrichir ses collections jusqu’à sa mort en 2011.

Collection BEMBERG ou Fondation BEMBERG

L’exposition a été organisée en collaboration avec le Ministère de la culture espagnole, la Fondation Sorolla et le Musée Sorolla de Madrid. Une soixantaine de tableaux sont présentés : des portraits, des scènes côtières, des moments de repos sous les parasols, des pêcheurs, des bords de mer, des enfants jouant sur la plage, des bateaux, des jeux de couleurs sur les vagues, le vent dans les voiles, mais aussi les jardins de l’Alcazar et ceux de la Casa Sorolla.

« Portrait de la chanteuse Raquel Meller  » 1918 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
Rose et Fontaine 1918 Joaquin SOROLLA (Casa SOROLLA)
 » Le jardin de la Casa Sorolla  » 1918/19 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla / Madrid)
 » Reflets d’une fontaine  » 1918 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » Maria dans les jardins de la Granja  » 1907 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » Les vendanges  » 1914 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)

Elle se déroule en un parcours passionnant sur les temps forts de sa carrière et traverse aussi sa vie personnelle. Le tout donne un beau voyage en Méditerranée, un ensemble très subtil, émouvant, éclaboussé de soleil, baigné par une mer souriante, complètement auréolé par la lumière saisissante et généreuse de ses tableaux.

Joaquin Sorolla y Bastida est un peintre qui a été profondément attaché à sa famille, à sa culture espagnole, à sa région natale . Il a reçu, de son vivant, de nombreux prix, connu les honneurs, la richesse, le succès en Europe et le triomphe aux Etats-Unis, et pourtant la critique n’a pas vraiment été tendre avec lui, le reléguant souvent à un peintre folklorique. Il faudra attendre le XIXe siècle pour qu’on le réhabilite de façon tout à fait justifiée. A partir de là, sa peinture a été, enfin, fortement appréciée.

Comme l’a fait remarqué très justement la co-commissaire de l’expo Ana Debenedetti :  » En France Sorolla n’ pas eu la reconnaissance qu’il méritait. On l’a qualifié de post-impressionniste, avant l’avènement de l’avant-garde et de la peinture abstraite. Or il ne cherchait pas simplement à créer une œuvre dans la lignée de l’impressionnisme, il exprimait une vision personnelle marquée, avant tout, par son travail sur la lumière naturelle. » C’est vrai qu’il est un peu « méconnu » dans notre pays. On ne peut pas dire qu’il y ait souvent des expositions le concernant dans notre pays, d’où l’intérêt de celle que l’on nous propose, actuellement à Toulouse.

Joaquin Sorolla représente pour beaucoup la peinture sur le motif, en extérieur. C’est le travail d’un grand peintre, prolifique, perfectionniste, avec un coup de pinceau lumineux et novateur. Les scènes du bord de mer ont été ses préférées, et d’ailleurs, ce sont celles qui ont connu le plus de succès.

Il a beaucoup voyagé pour faire connaitre son travail : Paris, Berlin, Munich, Vienne, Venise, Rome, Buenos Aires etc… jusqu’à ce qu’il reçoive la consécration suprême aux Etats-Unis à partir de 1900. Malgré ses nombreux déplacements, l’Espagne restera chère à son cœur et il y revient toujours. C’est à Madrid qu’il reçoit les marchands d’art, les collectionneurs, et d’autres peintres de différents pays.

Son optimisme constant, son bonheur familial et le succès vont l’amener à une peinture pleine de sérénité, de clarté, lumineuse. C’est près de la mer qu’il va trouver tout cet aspect positif qu’il recherchait dans sa vie, en regardant les plaisir de la plage, le travail des pêcheurs, de leurs épouses recousant les filets, les enfants jouant dans le sable , ou les femmes se promenant au bord de l’eau.

 » Elena sur la plage à Biarritz  » 1906 Joaquin SOROLLA (Collection privée)
 » L’ombre du bateau  » 1903 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » Les voiles ‘ 1915 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » Promenade en bord de mer  » 1909 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » La sortie du bain  » 1915 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla /Madrid)
 » Sur le sable – plage de Zarautz  » 1910 – Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
« Fillette à la plage  » 1910 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)

Il a été un inconditionnel de la peinture en plein air. D’ailleurs il n’a jamais caché qu’il n’était pas vraiment attiré par la peinture en atelier, et ce même s’il fut parfois obligé de le faire. De sa préférence il a tiré une merveilleuse spontanéité, de la fraîcheur, des sensations magnifiques. Ces tableaux sont des instants de vie très réalistes, des impressions d’instantanéité, des moments suspendus dans le temps, avec des couleurs éclatantes.

 » un atelier n’est qu’un garage ; un lieu pour entreposer et réparer des tableaux, jamais un lieu pour les peindre.  » J.S.

Cette peinture lumineuse, très avant-gardiste va lui apporter un public, des commandes et une grande popularité. Il sera également chargé d’exécuter des portraits de famille pour les aristocrates espagnols, mais aussi pour le roi Alfonso XIII, notamment l’infante Isabelle de Boubon, et également un portrait pour le président des Etats-Unis William Howard Taft (Il sera convié à la Maison Blanche pour l’exécuter)

Sorolla est né à Valence en 1863. A la suite d’une épidémie de choléra, il perd ses deux parents alors qu’il n’a que deux ans. Il sera recueilli, avec sa sœur, par une tante maternelle et son époux. Celui-ci aurait bien voulu lui apprendre son métier de serrurier, mais le jeune Joaquin a une passion pour le dessin, accompagnée d’un certain talent. A 16 ans, il entre donc à l’Académie des Beaux-Arts de Valence. Deux ans plus tard, il s’installe à Madrid, fréquente le Musée du Prado, admire l’œuvre de Vélasquez, Zubaran etc… puis les grands maîtres du baroque et de la Renaissance italienne lors de son voyage à Rome l’année suivante. En 1883, il reçois la médaille d’or de l’Exposition régionale à Valence.

En 1888 il épouse Clotilde Garcia, la fille d’un photographe auprès duquel il avait étudié, adolescent, les techniques du cadrage et d’instantanéité, un homme qui fut l’un de ses premiers collectionneurs. Clotilde lui donnera trois enfants. Ils vivront un certain temps en Italie avant de se fixer à Madrid tout simplement parce qu’il savait que sa consécration, en tant que peintre, ne pouvait venir que de la capitale espagnole. C’est là qu’il a commencé à exposer d’ailleurs en 1881.

 » La mère  » 1895/1900 – Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)

Tous ces sujets balnéaires racontent l’histoire des loisirs du peintre et de sa famille. Ils avaient l’habitude de se rendre, chaque été, dans les régions du bord de mer en Espagne, ou à Biarritz. Une fois sur place, il plantait là son chevalet et peignait ce qu’il voyait, affirmant souvent que la lumière y était plus belle et plus fine que nulle part ailleurs …

 » Mathilde sous l’auvent  » 1906 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla/Madrid)
 » Clotilde sur la plage  » 1904 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla /Madrid)
 » Maria sur la plage de Biarritz  » 1906 Joaquin SOROLLA (Musée Sorolla /Madrid)

En 1920 un accident cérébral le laisse paralysé. Il meurt trois ans plus tard en 1923. Son épouse a légué une grande partie de ses tableaux à l’État espagnol, respectant ainsi le souhait de son époux qui désirait que ses œuvres ne soient pas dispersées. Elles constituent désormais le fonds du Musée Sorolla qui s’est installé dans sa maison de Madrid. Sorolla l’avait fait construire en 1911. Il y avait un immense atelier et un magnifique jardin. C’est là qu’il a aimé travailler jusqu’à sa mort.

Copie du buste de l’artiste – Casa Sorolla – Il fut réalisé par le sculpteur espagnol Mariano BENLLIURE // La Casa Sorolla est, de nos jours, un lieu très apprécié et fréquenté par les Madrilènes, surtout le dimanche . Ce buste se tient sous la pergola. Le peintre a emménagé dans cette maison en 1911 avec sa famille. Elle se trouve à Chamberi, une banlieue verdoyante de Madrid. Il y a ce style andalou , au sol les fameux azulejos (faïences blanches et bleues) , un jardin inspiré par les jardins mauresques de Séville.

4 réponses à « SOROLLA -Maître de la lumière … »

  1. Ses peintures sont magnifiques…

    Bonne après-midi Lisa.

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      Merci Youcef pour votre appréciation. Passez une belle semaine vous aussi ♥

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  2. Magnifique💖
    Merci beaucoup Lisa 🙏
    Bon dimanche 😘

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      Avec plaisir Eveline ! Je suis ravie que vous ayez aimé et je vous souhaite une douce semaine ♥ 🎨

      Aimé par 1 personne

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