
Après le Jeu de Paume qui avait proposé une rétrospective la concernant il y a environ 18 ans, c’est le Musée d’art moderne de Paris qui a décidé de la mettre, à nouveau, à l’honneur, au travers d’une exposition en collaboration avec la Tate Britain de Londres et l’Art Institute de Chicago.
La rétrospective s’intitule : Lee MILLER (jusqu’au 2 août 2026) – Un parcours chronologique et thématique en six espaces pour partir à la rencontre de cette incroyable photographe de mode, correspondante de guerre (une des rares sur le terrain en 1942 après avoir reçu son accréditation) , mannequin, portraitiste, artiste surréaliste américaine, muse de Man Ray et Jean Cocteau . Bien sur au travers de ses superbes photos personnelles , mais aussi celles que des grands photographes ont fait d’elle comme Edward Steiden, Arnold Genthe, George Hoyningen-Huene, . Il est vrai qu’elle était très photogénique et très belle.
» J’étais très belle. Je ressemblais à un ange. Mais à l’intérieur, j’étais un démon » L.M.



Lee Miller sera dès l’enfance et toute sa vie, une femme réfractaire à l’autorité, passionnée, moderne, aventurière, indocile, rebelle, ardente, indépendante, audacieuse, qui va vivre une vie très intense, intrépide, marqué par un viol à l’âge de 7 ans, et qui un jour décidera de « refermer » le livre de tous ses souvenirs d’une vie passée douloureuse , pour en commencer une autre, plus « rangée » entre jardin de fleurs et potager dans une ferme du Sussex, auprès de son époux Roland Penrose et de leur fils Antony.


Mais cette vie trop tranquille ne sera pas une vie qui lui ressemble. Elle continuera de souffrir de stress post-traumatique qui l’amèneront, au départ, à se pencher vers l’alcool, puis vers l’art culinaire. Elle se souviendra des cours qu’elle avait pris autrefois à Paris au Cordon Bleu et deviendra une excellente cuisinière, avec des recettes tout à fait « surréalistes » elles aussi comme : des glaces au marshmallow, des spaghettis bleus, ou un poulet vert etc… qui feront l’objet de livres de recettes. Elle avait, d’ailleurs, une passion pour les livres de cuisine et possédait une telle collection qu’une pièce fut construite spécialement pour pouvoir les installer. Son fils dira un jour : » cuisiner lui a sauvé la vie ! «
Elizabeth Miller (dite Lee) est née en 1907 à Poughkeepsie dans l’état de New York aux États-Unis. Elle aura deux frères, John et Erik. Son père était entrepreneur industriel. Un milieu très aisé qui lui permettra de faire des études, et de beaucoup voyager.
La photographie est une passion qu’elle développe dans sa jeunesse grâce au matériel et chambre noire de son père, photographe amaeur. Plus tard, elle sera reconnue comme étant l’une des plus grandes photographes du XXe siècle, fondera son propre studio et va acquérir une belle notoriété. Ce sont des clichés créatifs ,esthétiquement souvent surréalistes, des mélanges d’objets étranges, insolites qui plaisent beaucoup, notamment aux agences de publicité, aux grandes Maisons de mode pour des produits cosmétiques, des parfums, mais aussi au monde du théâtre et du cinéma.
Son enfance fut marqué par des traumatismes : d’abord un drame puisque violée, à l’âge de 7 ans, par un ami de la famille, ce dernier lui transmettra une infection sexuellement transmissible (gonorrhée) pour lequel elle devra se soigner. De plus, son père, photographe amateur , la fait très souvent poser nue que ce soit enfant et adolescente, ce qu’elle ressent comme une ambiance un peu malsaine . Enfant rebelle, elle sera souvent renvoyée des écoles qu’elle fréquente. Adolescente, elle obtient l’autorisation parentale pour partir à Paris avec une institutrice âgée qui parle un peu français.
Paris sera un choc, une révélation. Elle sortira beaucoup ! Son père part la chercher et la ramène à New York. Toutefois, éprise désormais de liberté et indépendance, elle quitte la maison familiale et s’installe toute seule dans un petit appartement en 1927 et étudie la peinture à la l’Art Students League. C’est à ce moment là qu’elle rencontre un grand patron de presse, propriétaire du magazine Vogue : Condé Montrose Nast : il la sauve alors qu’elle avait failli se faire renverser par une voiture. Il est complètement subjugué par sa beauté et lui propose de devenir mannequin. Elle se rebaptise Lee.
Deux ans plus tard, en 1929, mannequin très célèbre, elle ne souhaitera plus rester une belle image sur papier glacé et décide de repartir pour Paris afin de rencontrer Man Ray dont elle admire le travail. Elle va lui demander d’apprendre la photographie avec lui. Non seulement elle devient son élève, mais aussi sa collaboratrice, sa muse. Ensemble, durant trois ans, ils vont vivre une grande histoire d’amour, de passion, côtoieront de nombreux artistes : Picasso, Breton, Masson, Arp, Soupault, Picabia, Éluard, Miro etc…
“J’aime mieux prendre une photo que d’en être une” L.M.


Ils partageront, également, une collaboration créative professionnelle et artistique où ils expérimenteront divers procédés photographiques comme la création, ensemble, de la solarisation, qui inverse de façon partielle ou totale les densités d’une image, suite à une forte surexposition. Ce procédé a très longtemps été attribué à Man Ray, mais on reconnait, désormais, qu’il est le fruit de leur collaboration commune.
Ils ont été fusionnels dans leur couple et dans leur travail et même leurs travaux photographiques personnels ont parfois été une œuvre commune. Elle-même disait : je ne peux revendiquer quoi que ce soit, nous étions presque la même personne qui travaillait. Du coup, il était difficile de dire à qui appartenait telle ou telle photo. Depuis, des corrections ont été faites pour leur réattribuer à chacun la paternité de certains clichés.
En 1932, elle le quitte et retourne aux Etats-Unis où elle ouvre son propre studio de photos, avec son frère Erik : des photos pour la mode, pour la publicité, pour de grands magazines, des portraits aussi. Elle a des idées audacieuses qui plaisent beaucoup et son studio va acquérir succès et notoriété. En 1934, elle épouse Aziz Eloui Bey, un riche égyptien auprès duquel elle connaitra une vie fastueuse et fera de très nombreux voyages. Malgré leur séparation et leur divorce par la suite, il ne cessera jamais de l’aimer.

Quelques années plus tard, elle rencontre un peintre et poète surréaliste Roland Penrose. Elle quitte l’Égypte et son mari pour retrouver la capitale française et ses amis. Puis en 1939, seconde guerre mondiale, elle part pour Londres et reprend son travail de photographe de mode.Mais elle souhaite s’investir davantage dans la guerre et en 1942, elle obtient de l’U.S Army des États-Unis une accréditation en tant que correspondante de guerre pour aller sur le front. Ce que l’armée britannique lui avait refuser.

Elle troque ses vêtements civils pour un uniforme militaire et part pour le front. Elle emporte avec elle son Rolleiflex et une machine à écrire où elle rédige ses reportages photographiques et ses récits. Ses photos du front sont un peu à part des autres. Elle y met toute ses ressentis personnels, son émotion et sa sensibilité.
En 45, elle accompagne son ami et amant le photographe David Scherman, qui travaille pour Life magazine et se rend à Dachau et Buckenwald pour visiter les camps qui venaient d’être libérés. Elle est complètement choquée par ce qu’elle découvre. Ils seront les premiers photographes à témoigner sur les camps. Elle ne s’arrêtera pas là et continuera à photographier l’Europe d’après guerre .
Cette période en tant que correspondante de guerre ne fut pas facile. Déterminée elle a affronté l’horreur, la violence, la mort. Elle est en proie à de très nombreux épisodes de dépression et pour trouver un peu d’apaisement, elle va boire, beaucoup boire, prendre des amphétamines . Elle reviendra en Angleterre complètement traumatisée par ce qu’elle a vécu et vu et physiquement très éprouvée.




Après la guerre, en 1947 elle épouse Roland Penrose. Leur fils naitra deux ans plus tard. Atteinte d’un cancer depuis 1976, elle décède dans sa maison en 1977. Elle sera incinérée et ses cendres dispersées dans le jardin de Farm Farley sa maison du Sussex. C’est à sa mort que son fils découvre, dans le grenier de la maison familiale, de nombreux documents la concernant, des archives, des reportages, des articles, beaucoup de photos qu’elle avait prises. Sa maison est devenue un musée.







Laisser un commentaire