» Au risque de me faire lyncher sur la place publique, j’affirme ici que sitôt qu’il s’agit de conversations téléphoniques, les femmes sont des bavardes impénitentes là où les hommes demeurent des interlocuteurs taciturnes, adeptes d’échanges courts et brefs. Les femmes causent, discourent, papotent, les hommes grommellent, marmonnent et raccrochent au bout de deux minutes.

Les hommes vont droit au but, ils font dans le concret, le tangible, le précis, le fonctionnel, l’utilitaire. Les femmes, elles, louvoient, dissertent, échangent, s’interpellent, s’écoutent l’une l’autre. Les hommes non. Ils ont mieux à faire comme de s’abrutir devant la télé ou emmerder le chat. Ils parlent au téléphone comme ils font la cuisine : sans fioritures. Une eau qui bout, un paquet de pâtes qui s’y déverse, une noix de beurre qu’on rajoute et c’est prêt.

Tandis que les femmes, quand elles commencent à causer au téléphone, c’est sans fin. Elles partent d’un point A, bifurquent tout de suite sur leur droite, empruntent un long couloir de bus, font trois fois le tour du carrefour, reviennent sur leurs pas, tournent subitement à gauche, se tapent une heure de bouchons, s’essayent au surplace, et lorsqu’elles finissent par raccrocher, la nuit est tombée quand ce n’est pas l’aube qui pointe le bout de son nez.

Moi par exemple, quand ma compagne appelle sa mère, j’ai le temps de descendre faire les courses, de boire un café, de passer à la bibliothèque, de commander un gâteau, de chercher un colis à la poste, de boire un deuxième café, de papoter avec la pharmacienne, de jouer avec le chien de la voisine et quand je remonte, trois heures plus tard, je la retrouve dans la même position où je l’avais quittée: allongée sur le canapé à échanger d’interminables palabres avec belle-maman.

Je n’ai jamais compris de quoi elles pouvaient bien parler. Ce n’est pas comme si nous menions des vies trépidantes où chaque jour serait une aventure à elle toute seule. C’est même tout le contraire: il ne se passe jamais rien dans nos vies. Ou alors il faudrait considérer que de trouver de la raclette importée de Suisse représente une source d’étonnement telle qu’on mérite d’en parler pendant trois heures..

Les femmes même si elles n’ont rien de palpitant à raconter, par je ne sais quel sortilège, elles trouvent toujours un moyen de nourrir le feu de la conversation. Elles parlent de tout et de rien, détricotent leur vie, confient leurs doutes et leurs secrets, s’épanchent, se laissent aller. Les hommes, quand ils sont au téléphone, demeurent sur leur quant-à-soi ; ils ont des pudeurs d’agent secret, redoutent d’être mal compris, ne voient aucun intérêt à parler de futilités qui sont pourtant le sel de la vie et demeurent fuyants comme s’ils craignaient de trahir quelque secret.  » Laurent SAGALOVITSH (Auteur et bloggeur franco-canadien)

Sur la photo : Audrey HEPBURN

6 réponses à « Les femmes & les hommes au téléphone … »

  1. « Au risque de me faire lyncher sur la place publique, j’affirme ici que sitôt qu’il s’agit de conversations téléphoniques, les femmes sont des bavardes impénitentes … »

    oh, ah ….
    Au risque de me faire lyncher sur la place publique, j’affirme ici que je déteste les conversations téléphoniques en tant que femme et je ne possède pas de téléphone.

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      😃 voilà qui est clair ! Merci Olivia ♥

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  2. C’est vrai, nous les hommes sommes beaucoup plus concis dans nos conversations téléphoniques 😁😁😁😊👍😉

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      On sent bien le soutien d’un homme à un autre 😃 Merci Massimo ♥

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  3. Merci pour ce partage…C’est si beau !

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      C’est très amusant je trouve … un peu caricatural peut-être 😃 Je suis ravie que cela vous ait plu !

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Répondre à olivia2010kroth Annuler la réponse.

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