
» Ma musique est triste parce que le tango est triste. Le tango a des racines tristes et dramatiques comme parfois sensuelles. Il y a un peu de tout ça et même aussi des racines religieuses. Il est triste et dramatique, jamais pessimiste. » Astor PIAZZOLLA (Bandonéoniste et compositeur argentin)
» Alors que depuis les années vingt le tango, tout en évoluant et se transformant, avait conservé la même identité stylistique, les compositions d’Astor Piazzolla proposent immédiatement , dans les années soixante, une véritable rupture dans l’esthétique et la conception musicale. Ces œuvres suscitent immédiatement une polémique sur la légitimité de leur appartenance au genre tango. Jusqu’aux années cinquante, l’évolution du tango était liée à une diffusion plus large, en Argentine comme à l’extérieur. Dans les années soixante, au contraire, le tango supplanté par les nouvelles danses nord-américaines semble se figer sous la forme d’un patrimoine culturel, témoin nostalgique d’un passé florissant. Le désir de modernité exprimé par Piazzolla est alors ressenti, par de nombreux aficionados comme une défiguration de l’identité argentine. De plus, Piazzolla écrit un tango instrumental de concert, l’amputant de deux composantes fondamentales : la poésie et la danse.
Et pourtant Piazzolla connaît un succès international avec lequel, seul dans toute l’histoire du tango, Carlos Gardel aurait pu rivaliser. Pourquoi ? D’abord parce que l’exportation d’une musique de concert est, dans les années soixante, plus aisée que celle d’une musique destinée à la danse, dont la pratique nécessite un long apprentissage. Une seconde raison est à rechercher dans le langage piazzollien lui-même, résultante du métissage de trois cultures : l’afro-américaine, la latino-américaine et l’européenne. Durant son enfance aux États Unis, Piazzolla s’imprègne, en effet, de jazz. Puis il passe sa jeunesse en Argentine, y devenant un bandonéoniste hors-pair.
Il laisse quelque sept cent cinquante compositions qui vont des tangos pour quintette, aux concertos pour bandonéon et orchestre, diverses musiques de films ou chansons qui lui ont été commandées. Il a ouvert la piste dans lesquelles beaucoup de musiciens d’aujourd’hui s’engagent encore. » Christine CHAZELLE (Pianiste française – Elle a vécu à la Havane et en Argentine et a écrit un mémoire Le tango à Buenos Aires – Des origines à Astor Piazzolla)





Répondre à Jacques Grégoire Annuler la réponse.