» Nul autre, plus que moi, ne vous aime, ô forêts !
Nul n’a mieux savouré votre grâce parfaite
Et ne s’est plus souvent senti le cœur en fête
Sous vos ombrages frais.
Que l’hiver ait noirci vos branches dénudées
Et sous sa froide haleine ensommeillé vos fleurs,
Que l’automne, éclatant des plus vives couleurs,
Mûrisse vos glandées,
Ou qu’Avril, l’éternel et joyeux enchanteur,
Faisant dans vos rameaux courir à flots la sève,
Reverdisse en riant vos massifs, d’où s’élève
Une exquise senteur,
Vous êtes, ô forêts, éternellement belles
Et la calme splendeur de votre majesté
Imprègne lentement d’un charme incontesté
Les coeurs les plus rebelles.
A vous voir, je me sens soudain rasséréné
Et mon âme retrouve en vous la paix profonde ;
Je m’oublie à l’aspect des merveilles d’un monde
Dont on est étonné.
A fouler votre mousse épaisse, vos fougères,
Votre herbe parfumée et vos tapis de fleurs,
Je vois, pour un instant, la peine et les douleurs
Me rester étrangères.
Vos senteurs sont pour moi comme un philtre puissant
Dont le parfum me suit, dont la saveur m’attire,
Et qui tient tous mes sens charmés par le délire
D’un rêve éblouissant.
Tout me sourit, dès que j’entre en votre domaine,
Et chaque arbre, vers moi se penchant à demi,
Me fait accueil, ainsi qu’on fait au vieil ami
Que le hasard ramène.
Tout renaît sur mes pas, tout me parle à la fois :
La fleur s’ouvre, l’oiseau chante sous la feuillée,
La source qui s’enfuit dans l’herbe ensoleillée
Elève aussi la voix.
L’air, dont le flot subtil me baigne avec tendresse,
M’enveloppe de ses effluves amoureux
Et la brise, passant sur les vallons ombreux,
M’apporte sa caresse.
Tandis que je m’avance, à pas lents, au milieu
Des bois tout frissonnants d’une vague harmonie,
Je me sens le cœur plein d’une extase infinie
Ainsi qu’un jeune dieu.
Vous êtes, ô forêts vertes, la beauté même,
Vous êtes l’idéal que j’adore à genoux ;
Je vis en vous, je vis par vous, je vis pour vous.
Ô forêts, je vous aime ! » Jules FORGET 1859/1947 (Poète et conservateur français des eaux et forêts / Extrait de son recueil En plein bois/1887)







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