
» La photographie est une construction de son auteur. Elle est par essence une fiction, mais une fiction ancrée dans le réel, le temps et l’histoire – de façon complexe et souvent problématique. » Eugène ATGET
Eugène Atget s’est lancé dans la photographie en 1888 après avoir été comédien et s’être essayé à la peinture . Entre 1897 et 1898, Paris subissait pas mal de démolitions. Il décida de fixer non seulement les images de ce qui était autrefois le vieux Paris, mais également de tous les petits métiers qui, malheureusement, étaient appelés eux aussi à disparaître avec l’arrivée des grands magasins, ainsi que les parcs et les jardins .
Un grand nombre de ses clichés sera vendu à des institutions publiques comme la Bibliothèque Nationale, le musée Carnavalet , le musée des Arts Décoratifs, l’Institut national d’Histoire de l’art ( fonds Doucet ) , à l’École supérieure des Beaux-Arts, et au musée de l’Île de France qui se trouve à Sceaux. Non pas comme des œuvres d’art, mais comme des documents historiques.
Lorsqu’il décède en 1927, un grand nombre de ses albums photos et négatifs seront acquis par la photographe américaine Bérénice Abbott, laquelle revendra tout en 1968 au Museum of Modern Art de New York. Elle avait découvert son travail par l’intermédiaire notamment de Man Ray et cela l’avait fortement intéressé et séduit.
« On se souviendra de lui comme d’un historien de l’urbanisme, d’un véritable romantique, d’un amoureux de Paris, d’un Balzac de la caméra, dont l’œuvre nous permet de tisser une vaste tapisserie de la civilisation française. » Berenice ABBOTT
Eugène Atget a mis plus de trente ans pour réaliser ce merveilleux travail de mémoire. Des images simples au demeurant, mais éloquentes, intenses, profondes, émouvantes, pleines de sensibilité, poétiques aussi. Il va en inspirer plus d’un dans le milieu de la photographie, notamment Walker Evans ou Bill Brandt.













« Dès que l’homme est absent de la photographie, pour la première fois, la valeur d’exposition l’emporte décidément sur la valeur culturelle. L’exceptionnelle importance des clichés d’Atget, qui a fixé les rues désertes de Paris autour de 1900, tient justement à ce qu’il a situé ce processus en son lieu prédestiné. On a dit, à jus te titre, qu’il avait photographié ces rues comme on photographie le lieu d’un crime. Le lieu d’un crime lui aussi est désert. Le cliché qu’on en prend a pour but de révéler des indices. Chez Atget, les photographies commencent à devenir des pièces à conviction pour le procès de l’Histoire. C’est en cela que réside leur secrète signification politique. Elles en appellent déjà à un regard déterminé. Elles ne se prêtent plus à une contemplation détachée. Elles inquiètent celui qui les regarde. Pour les saisir, le spectateur devienne qu’il lui faut chercher un chemin d’accès. Dans le même temps, les magazines illustrés commencent à orienter son regard. Dans le bon sens ou dans le mauvais, peu importe. Avec ce genre de photos, la légende est devenue , pour la première fois, indispensable, et il est clair qu’elle a un tout autre caractère que le titre d’un tableau … » Benjamin WALTER (Philosophe et critique – Extrait de son ouvrage L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique)





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