Quelle merveilleuse exposition que celle proposée par le Musée Jacquemart-André sur l’art baroque hispanique ! Elle s’intitule : Splendeurs du baroque – Peintures de la Hispanic Society of America ( jusqu’au 2 août 2026)

« Portrait d’une jeune fille  » 1638/42 Diego VELAZQUEZ (The Hispanic Society of America / New York)

Une occasion unique de pouvoir admirer, pour la première fois en France, des œuvres fascinantes (une quarantaine) qui font partie des collections de la Hispanic Society of America (New York) , une institution qui a été fondée en 1904 par un mécène américain Archer Milton Huntington. Ce dernier était, avant toute chose, un grand amoureux de l’Espagne où il s’est rendu souvent, un érudit qui a fait des études non seulement sur l’art baroque espagnol (et plus contemporain ) , mais aussi la littérature issue de ce pays. Tout au long de ses voyages, il a acquis de nombreuses œuvres d’art, des manuscrits, des objets , des peintures, des sculptures bref une collection qui, de nos jours, compte plus de 750 000 pièces .

 » Je pense qu’un musée est la chose la plus grandiose au monde. J’aimerais vivre dans un musée.  » Archer Milton HUNTINGTON

 » Portrait de Archer Milton Hunington » 1926 – José Maria LOPEZ-MEZQUITA ( Collections de la HIspanic Society of America/New York)

Cette collaboration a pu se faire car la Hispanic Society Museum & Library est actuellement en rénovation, donc certaines de ses œuvres ont pu faire l’objet de prêts. Les thèmes fort de l’expo sont le portrait et le religieux. Peut-être un jour aurons-nous le plaisir d’avoir une autre expo sur les natures-mortes de cette période ?

L’exposition du Musée Jacquemart-André porte précisément sur l’art baroque espagnol, ce que l’on appelle Le siècle d’or espagnol, aux influences caravagesques italiennes et flamandes , qui va du début du XVIe siècle au XVIIe siècle. Une période durant laquelle l’Espagne va être au sommet que ce soit d’un point de vue politique, économique et artistique, d’une part à Madrid où se trouve la monarchie et les mécènes notamment le roi, et Séville qui représente la tradition, et la foi.

Pourquoi ce nom ? Tout simplement parce qu’à cette époque le royaume d’Espagne connaissait une incroyable vitalité florissante artistique notamment grâce aux différents souverains qui soutenaient les grands artistes de l’époque et leur passaient des commandes.

Certains de ces rois espagnols furent très cultivés, à la fois grands collectionneurs et mécènes. Ils ont vivement encouragé les arts. Ce bouillonnement culturel fut très présent durant leur règne et, par conséquent, a attiré de nombreux artistes et des intellectuels venus de l’Europe à la Cour d’Espagne.

Avant le XVe siècle l’Espagne était composée de différents petits royaumes, et à partir du XVIe siècle, elle va s’unifier territorialement ce qui va lui apporter une certaine stabilité. Avec le temps, elle va acquérir sa propre personnalité que ce soit dans la littérature et dans la peinture.

Cet art espagnol était d’une incroyable richesse et les peintres de cette période vont insuffler à l’art du pays du renouveau et de l’innovation. Ces artistes s’appelaient (entre autres) Antonio Moro, El Greco, Velazquez, Jusepe de Ribera, Antonio de Pereda, Juan Batista Martinez del Mazo, Alonso Caño, Francisco de Zurbaran, Bartolomé Murillo, Goya, Matteo Cerezo, Juan Carreno de Miranda, Sebastian Muñoz, Alonso Vazquez, Jorge de la Rija, Nicolas de Correa, Luis de Morales etc…. Les portraits étaient à l’honneur ainsi que les sujets religieux. Des œuvres très expressives, éloquentes et imprégnées, pour le religieux, d’une intense spiritualité.

 » Saint Sébastien  » 1603/1607 Alonso VAZQUEZ ( The Hispanic Society of America / New York)
 » Vierge à l’enfant au fuseau  » 1566/1570 Luis de MORALES ( The Hispanic Society of America/New York)
 » Marie-Louise d’Orléans reine d’Espagne dans la chapelle ardente  » 1689/90 Sebastian MUÑOZ (The Hispanic Society of America / New York)
 » Immaculée Conception  » 1660/1665 Mateo CEREZO (The Hispanic Society of America / New York)
 » Portrait de Philippe IV roi d’Espagne  » 1645/1650 Juan CARREÑO de MIRANDA (The Hispanic Society of America / New York)
« La duchesse d’Albe  » 1797 Francisco de GOYA (The Hispanic Society of America/New York)
 » L’archange Saint-Michel terrassant le démon  » 1645/39 Luis JUAREZ (The Hispanic Society of America/New York)
« Les noces de Cana  » 1696 Nicolas DE CORREA (The Hispanic Society of America / New York)

Le terme baroque (du portugais barrocco) . Ce mot est pour beaucoup lié à l’Italie et plus précisément à Caravage. Le baroque, en peinture, c’était permettre aux peintres de pouvoir s’exprimer avec plus de liberté que ce soit dans la représentation de l’humain ou le religieux. L’art baroque espagnol c’est quelque chose d’assez fort émotionnellement, il y a une puissance dans le jeu du clair-obscur qui non seulement attire votre regard, mais pénètre aussi votre esprit , surtout dans les sujets religieux qui se «  dramatisent  » considérablement, mais également dans le portrait ou les natures-mortes.

J’ai parlé plus haut du mécénat des souverains espagnols à cette époque. Cela a commencé avec Charles Quint qui deviendra Charles Ier en 1516, et continuera avec ceux qui lui succèderont, avec peut-être une petite exception à savoir son fils Philippe II qui été fasciné par Le Titien.

Philippe III quant à lui nommera Bartolomé Gonzalez y Serrano comme peintre officiel – Pour Charles II ce sera Juan Carreno de Miranda (quasiment peintre officiel) , puis Claudio Coello (dernier grand maitre du baroque espagnol), ainsi que le napolitain Luca Giordano.

 » Extase de Sainte Marie-Madeleine  » 1660/1665 Luca GIORDANO (The Hispanic Society of America / New York)

Ce plus important fut celui entre Philippe IV d’Espagne et Velazquez. Sans que ce soit une réelle amitié, le lien était assez fort puisque l’artiste deviendra peintre officiel puis peintre de la chambre du roi ce qui voulait dire qu’il était très proche de lui et partageait sa vie privée. Un titre qui représente la plus haute distinction pour un peintre.

« Portrait de la reine Isabelle de Bourbon  » 1627/29 Diego VELAZQUEZ (The Hispanic Society of America/New York)
 » Portrait de Juan de Pareja  » 1650 Diego VELAZQUEZ (The Hispanic Society of America/New York)

Outre Velasquez on note la présence du flamand Rubens à la Cour d’Espagne. Il fut d’ailleurs très bien accueilli et restera dans le pays durant presqu’une année. On l’avait envoyé là-bas non en peintre mais pour négocier un traité de paix . Toutefois, en attendant d’arriver à l’obtenir, il a peint pour passer le temps. A la Cour se trouvait Velazquez. Au départ, les deux artistes s’admiraient et se respectaient beaucoup, jusqu’au jour où le roi ne va plus accorder le titre de peintre du roi à Velazquez et demander à Rubens un portrait de lui à cheval. Or, Velasquez avait déjà fait ce genre de portrait. Il s’est senti humilié que l’on puisse enlever son tableau, le mettre en réserve, et accrocher celui de Rubens à sa place.

Tous n’ont pas eu cette chance d’avoir une certaine proximité avec un souverain. Francisco de Zurbaran, par exemple, ne faisait pas partie de la corporation des peintres, il s’adonnait à la peinture sans même avoir la patente qui lui permettait de le faire. D’où le fait, qu’il n’était pas vraiment apprécié à Séville. Il est né en 1598 et a étudié la peinture dans l’atelier de Pedro Diaz de Villanueva, spécialisé dans les sujets religieux.

« Apothéose de Saint Thomas d’Aquin  » 1631 Francisco DE ZURBARAN (The Hispanic Society of America / New York)

La peinture religieuse de Zurbaran est pleine de ferveur, splendide, très réaliste, délicate, spirituellement intense. C’est l’une des raisons pour laquelle il fut tant sollicité. . Elle répond à de nombreuses commandes venues de monastères ou couvent. De plus, il a toujours tenu à apporter un soin très particulier aux costumes dans ses portraits, des costumes souvent très somptueux.

 » Sainte Emerentienne  » 1635/40 Francisco de ZURBARAN (The Hispanic Society of America / New York)
 » Sainte Lucie  » 1640/45 Francisco de ZURBARAN (The Hispanic Society of America / New York)

Il a travaillé pour Philippe IV qui lui passera commande. Cette collaboration lui permettra non seulement d’être en contact avec Velazquez mais également d’obtenir en 1636 le titre de Peintre du roi. On l’a surnommé le maître des ombres durant longtemps. La rencontre avec des peintres italiens à la Cour du roi, à Madrid, le fera s’éloigner quelque peu de ce ténébrisme.

D’autres ont été rivaux comme Ribera et Domenico Zampieri dit Le Dominiquin . Le premier était espagnol mais travaillait beaucoup à Naples, et il n’appréciait absolument pas que le second, pourtant natif de Naples, vienne le gêner. La rivalité fut très forte et on a même pensé que Ribera n’était, peut-être, pas étranger à la mort de Zampieri.

N’oublions pas Dominikos Theotokopoulos dit le Greco, né à Candie en Crête. Un peintre d’icônes à ses débuts , ce qui va lui conférer le titre de maître dans ce genre. Il séjournera, assez longtemps, en Italie, à Venise d’abord durant trois ans où il étudiera les grands maîtres italiens comme Titien qui va l’accepter dans son atelier.

Un prêtre espagnol l’informera des grands projets du roi d’Espagne notamment en ce qui concernait l’Escurial à Madrid . C’est probablement ce qui l’a poussé à se rendre en Espagne. D’ailleurs, il a participé quelquefois à ses travaux de décorations, mais il est vrai que sa peinture, si particulière, ne plaisait pas trop à la Cour du roi. Plus tard, il choisira de s’installer à Tolède où son style évoluera que ce soit dans les formes, dans les mouvements, dans l’intensité dramatique.

Greco est un peintre très talentueux qui a ouvert la voie de ce siècle d’or espagnol , avec un style exacerbé reconnaissable entre tous. Un grand coloriste, a construit son style en toute liberté, n’a jamais cherché à suivre les tendances picturales de son époque. L’arrivée du classicisme et du baroque au XVIIe siècle vont un peu l’oublier et on ne le redécouvrira qu’au XIXe siècle grâce à des intellectuels espagnols.

Son caractère ambitieux, voire même prétentieux, lui a souvent joué des tours comme par exemple avec Philippe II d’Espagne qui n’appréciait justement pas son côté  » assez suffisant  » et qui, à deux reprises, lui refusera les tableaux qui lui avait pourtant commandés.

Il a bénéficié de la protection de personnalités assez influentes et a toujours recherché une clientèle assez fortunée avec laquelle il se montrait très exigeant sur le prix de ses tableaux. Il recevra de très nombreuses commandes malgré tout (beaucoup de sujets religieux) et aura donc une vie assez aisée financièrement parlant.

 » Pietà  » 1574/76 GRECO (The Hispanic Society of America / New York)
 » Tête de Saint François  » 1590 env. GRECO (The Hispanic Society of America / New York)
 » Allégorie du Christ au jardin des oliviers  » 1610 env. GRECO (The Hispanic Society of America / New York)

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