« Petit à petit Monet agrandissait son jardin, ou plutôt il le modifiait, le rendait harmonieux, avec des moyens simples et un goût parfait. Après s’être occupé des abords de la maison, il prodigua des soins au verger. La pelouse  » à l’anglaise  » était fréquemment arrosée et régulièrement tondue. Monet y disposait des groupes d’iris et des pavots. Les fruitiers morts ou chétifs étaient remplacés par des sujets à fleurs : des cerisiers sauvages, et des pommiers du Japon. Les bordures étaient plantées de fleurs les plus diverses : glaïeuls, delphiniums, phlox, asters, grandes marguerites … En surplomb, conduits sur des supports, on voyait des clématites . Les parterres étaient entourés d’iris de toutes les variétés disponibles tant Monet aimait cette fleur ! Chaque année, le nombre d’espèces cultivées dans le jardin augmentait, accroissant encore plus la diversité des couleurs.  » Jean-Pierre HOSCHÉDÉ (son beau-fils)

« D’une prairie toute nue, sans un arbre, mais arrosée par un bras de l’Epte au cours babillard et sinueux, il avait fait un véritable jardin de féerie, creusant un large bassin dans le milieu, plantant sur les bords du bassin des arbres exotiques et des saules pleureurs dont les branches retombaient en longues
larmes sur les berges, dessinant tout autour de la vallée dont les arceaux de verdure, en se croisant et en revenant sans cesse sur eux-mêmes, donnaient l’illusion d’un grand parc, semant à profusion, sur l’étang, des milliers et des milliers de nénuphars dont les espèces rares et choisies se coloraient de toutes les teintes du prisme, depuis le violet, le rouge et l’orangé jusqu’au rose, au lilas et au mauve, plantant enfin sur l’Epte, à sa sortie du bassin, un de ces petits ponts rustiques, à dos d’âne, comme on en voit dans les gouaches du dix-huitième siècle et sur les toiles de Jouy »
. François THIÉBAULT-SISSON (Critique d’art français)

« Dès que l’on pousse la petite porte d’entrée, sur l’unique grande rue de Giverny, on croit, en presque toutes les saisons, entrer dans un paradis. C’est le royaume coloré et embaumé des fleurs. Chaque mois est orné de
en presque toutes les saisons, entrer dans un paradis. C’est le royaume coloré et embaumé des fleurs. Chaque mois est orné de ses fleurs, depuis les lilas, les iris, jusqu’aux chrysanthèmes et aux capucines. Les azalées, les hortensias, les digitales, les roses trémières, les myosotis, les violettes, les fleurs somptueuses et les fleurs modestes se mêlent et se succèdent sur cette terre toujours prête et admirablement soignée par des jardiniers émérites, sous l’œil infaillible du maître…. Ce n’est pas toute la richesse florale du domaine. Pour la connaître, toute entière, il faut traverser le chemin, grimper au talus du chemin de fer de Vernon à Gisors, traverser la voie et pénétrer dans un second jardin qui est le « jardin d’eau ». Autrefois, la petite rivière de l’Epte passait par là, sous une voûte de feuillage, et Monet y prenait plaisir à promener ses hôtes en barque jusqu’à la Seine. La rivière passe toujours, mais avec un arrêt : Monet a obtenu de la préfecture de l’Eure, de détourner un bras de l’Epte, le Rû, et de créer des bassins. Cette création a été la cause d’une éclosion de chefs-d’œuvre. Le cours d’eau détourné dans les bassins creusés, Monet dessina le jardin, les plantations. Les saules déployèrent leurs vertes chevelures, les bois de bambous s’élancèrent du sol, les massifs de rhododendrons bordèrent les sentiers, et Monet ensemença les bassins de nymphéas dont les libres racines flottèrent entre les eaux sur lesquelles s’étalèrent de larges feuilles et jaillirent les fleurs blanches et roses, mauves et verdâtres. Du haut d’un pont garni de glycines, qui se trouve être de style japonais, Monet vient de juger le tableau qu’il a créé …  »
Gustave GEFFROY ( Journaliste , écrivain, critique littéraire, critique d’art , ami de Monet durant de longues années, français- Extrait de son livre Monet, sa vie, son œuvre en 1924

« ‘ Monet au béret  » 1890 Claude MONET (Collection particulière)

 » Je suis dans le ravissement, Giverny est un pays splendide pour moi «  Claude MONET dans une lettre adressée à son ami, écrivain, journaliste, collectionneur ,critique d’art et grand défenseur de l’impressionnisme : Théodore DURET en 1883

« Paris avec ses fièvres, ses luttes, ses intrigues qui broient les volontés et détruisent les courages, ne pouvait convenir à un contemplateur obstiné, à un passionné de la vie des choses. Il habite la campagne dans un paysage choisi, en constante compagnie de ses modèles et le plein air est son unique atelier. Et, c’est là que, loin du bruit, des coteries, des jurys, des esthétiques et des hideuses jalousies, il poursuit la plus belle, la plus considérable parmi les œuvres de ce temps …  » Octave MIRBEAU (Écrivain français, ami du peintre)

Claude Monet est décédé il y a cent ans, en 1926. En conséquence, cette année 2026 sera riche en expos pour lui rendre hommage .

Aujourd’hui, je vous invite à faire un petit voyage pour découvrir celle proposée par le Musée des Impressionnismes de Giverny avec le soutien du Musée Marmottan-Monet et l’Académie des Beaux-Arts de Paris. Elle s’intitule : Avant les nymphéas – MONET découvre Giverny 1883/1890 (jusqu’au 5 juillet 2026). Un parcours thématique en cinq sections où l’on peut admirer 30 magnifiques tableaux se référant à cette époque. On y découvre un Monet qui peint peu de figures humaines sur ses tableaux et qui se lancera, petit à petit, dans les célèbres Séries .

De 1883 à 1890, il n’aura cesse de peindre son jardin (lequel se révèlera être une concentration extrême du regard ) , les massifs de fleurs, la maison, mais également les environs de Giverny avec les champs de coquelicots, les aulnes, les peupliers, les verdoyantes prairies, les jeux de lumière (quelle que soit la saison) sur l’eau (Seine, Epte, Ru ) etc…

« Les peupliers à Giverny  » 1888 Claude MONET (MoMa / New York)
 » La prairie à Giverny  » 1890 Claude MONET (Fukushima Museum )
 » La prairie à Giverny  » 1885 Claude MONET (Musée Barberini / Postdam )
 » Le champ de coquelicots  » 1885 Claude MONET (Musée des Beaux Arts / Rouen )
 » Bras de Seine à Giverny  » 1885 Claude MONET (Musée Marmottan-Monet/Paris)
 » Le jardin aux pivoines  » 1887 Claude MONET (Collections Matsuka /Japon)
 » Les saules  » 1885 Claude MONET (Collection privée)

C’est en 1966 ,selon le souhait exprimé par Michel Monet, fils du peintre, que la maison, le jardin, et les collections de Claude Monet, vont entrer dans le patrimoine de l’Académie des Beaux-Arts. Cette dernière lancera une grande campagne de restauration qui aura lieu grâce à des importantes donations françaises et américaines. L’inauguration et l’ouverture au public se fera en 1980. Ce dernier pu découvrir non seulement la maison, mais tout ce qui fut l’univers du peintre, que ce soit ses collections d’estampes, son atelier, les différentes pièces de la maison où il vécut si longtemps, et bien sur les superbes jardins.

Comme certains autres impressionnistes, Monet fut un passionné de jardinage. Les tableaux de son jardin nous permettent non seulement la vision qu’il a pu avoir de ce lieu si cher à son cœur, mais aussi l’interprétation des couleurs, les reflets de l’eau, ses ressentis selon les saisons. Giverny disposait d’un emplacement climatique tout à fait adapté pour un jardin. La Normandie, en effet, bénéficie d’un climat doux et humide. Le sol est riche et favorable à la culture, à la lumière qui, comme le disait Monet : est exceptionnelle ! Une grande source d’inspiration pour lui.

En 1883, il était à la recherche d’un lieu pour installer sa famille. Il choisira de s’établir à Giverny, petit village au nord-ouest de Paris (70 kms) , qui ne comptait alors que 279 âmes , dans une maison avec un potager et une pommeraie, le jardin n’existait pas. Il va la louer louera au départ, puis l’achètera au prix de 20.000 frs (payable en quatre fois 1891/92/93/94) , par devant le notaire maître Grimpard de Vernon , en 1890, lorsque ses toiles se vendaient bien. Il y restera jusqu’à sa mort en 1926.

En 1893 il va acquérir une autre parcelle de terrain c’est là qu’il va creuser, au départ, un bassin qui sera recouvert des célèbres nymphéas. En 1902, comme je l’ai indiqué plus haut, il aura l’autorisation, après bien des démarches, de détourner un bras de l’Epte pour faire naître le jardin d’eau entouré d’arbres magnifiques : des saules, des érables, des ginkgos biloba, des bambous, etc…

Monet à Giverny en 1889 ( Bibliothèque Nationale de France)
Signature acte de vente (Archives départementales de l’Eure)

La maison appartenait à un certain Louis-Joseph Pingeot qui était un cultivateur et viticulteur du coin. Monet a vécu là . très longtemps. Autrefois la maison s’appelait la maison du Pressoir parce qu’il y avait, non loin de là, un pressoir à pommes. Tout au long de ses années, bien sur, il va l’agencer à son goût, fera de nombreuses modifications. La grange deviendra son premier atelier, avec une chambre à coucher au-dessus et un cabinet de toilette.

Avant l’acquisition de Giverny, Monet avait beaucoup déménagé : Bougival, Argenteuil, Vétheuil. Il rêvait d’avoir enfin un « chez lui » . Il va le trouver à Giverny, un lieu qui a pour lui de nombreux avantages : non loin de Paris, avec un paysage de campagne magnifique, des saisons qui sont rythmées par les saisons, les bords de Seine etc…. Il s’y installera donc avec sa famille recomposée : ses deux fils, Jean et Michel, nés de sa première union avec Camille , sa nouvelle épouse Alice (mariage en 1892) et les enfants (Suzanne, Blanche, Germaine, Marthe, Jacques, et Jean-Pierre) qu’elle avait eus avec Ernst Hoschedé qui était collectionneur.

Cette demeure était censée être un lieu de stabilité et sérénité pour Monet après une période difficile de problèmes financiers et de nombreux voyages. Elle le deviendra au fil du temps, parce qu’au départ, on ne peut pas dire qu’il fut très bien accueilli par les habitants du coin , des paysans fort méfiants. et inquiets par tous les changements qu’il voulait faire. Cela le chagrinait beaucoup, il a même traversé des périodes de doute, de découragement au point même de jeter certaines des toiles qu’il avait peintes après ses promenades dans les champs. Il confiait beaucoup ses états d’âme, ses difficultés d’intégration à son marchand d’art, Paul Durand-Ruel. Avec le recul, on peut dire que ses remises en question, ses questionnements, sa quête de renouvellement de l’époque ont rendu la période de l’expo 1883/1890 très féconde.

A Giverny, il aime partir vers de grandes promenades solitaires dans la nature, mais il reçoit aussi ceux qu’il considère comme des amis comme Gustave Geoffroy, Georges Clémenceau, Berthe Morisot, Gustave Caillebotte (un féru d’horticulture avec lequel il partagera les joies du jardinage), Rodin, Mallarmé, Camille Pissarro, Alfred Sisley, Paul Signac.

Au départ, Monet s’adonnera, seul ou avec sa famille, aux joies du jardinage. Puis, à partir de 1892, il confiera ce soin à un jardinier qualifié . Plus les années passaient, plus Monet se perfectionnera techniquement parlant d’abord parce qu’il rencontrera d’éminents chefs-jardiniers comme Louis Lebret et Félix Breuil, qu’il visitera de nombreuses jardineries ( sa préférée restant celle de son ami Georges Truffaut ou celle de Latour-Marliac pour les nymphéas ) , mais aussi parce qu’il se documentera énormément en lisant beaucoup de livres spécialisés sur le jardinage. De plus, pour obtenir ce qu’il souhaitait, il s’inspirera de certains endroits visités en Italie comme le Parc Moreno à Bordighera , ou la Vallée de Sasso.

Quelles que soient les fleurs plantées, Monet savait celles qui allaient « être heureuses  » de vivre dans son jardin, celles qui s’accommoderont parfaitement à la terre. Il aimait les fleurs qui avaient une couleur bien particulière, les fleurs simples (pas les doubles). Il fera de son jardin une véritable œuvre d’art composée, façonnée et cultivée selon sa propre envie.

 » Inondation à Giverny  » 1886 – Claude MONET (Collection privée)
M » Soleil couchant sur les meules à Giverny  » 1888/89 Claude MONET (The Museum of Modern Art/ Saitama Japon)
 » Un champ de coquelicots  » 1885 Claude MONET (Musée des Beaux Arts de Virginie)
 » Les meules  » 1885 Claude MONET (Musée d’art O’Hara/ Kurashiki)

De 1900 à sa mort en 1926, Monet a uniquement peint des tableaux qui n’auront qu’un seul thème : son jardin et toutes les différentes variations qui vont avec. Comme il l’avouera ce sera même une obsession :  » Je suis absorbé par le travail. Ces paysages d’eau et de reflets sont devenus une obsession. C’est au-delà de mes forces de vieillard et je veux cependant arriver à rendre ce que je ressent. J’en ai détruit. J’en recommence « 

Dans l’une des salles de l’expo, vous pourrez avoir un aperçu de ce que pouvait être la vie du village de Giverny en 1883. C’est fort intéressant car cela permet de mieux comprendre pourquoi Monet a tant aimé s’y réfugier. De plus, en dehors de l’expo elle-même, il est possible de faire de très belles promenades à l’extérieur du musée et admirer tous ces paysages environnants, où il s’est souvent promené, et qui ont été des grandes sources d’inspiration pour lui.

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