
« Visite chez Renoir : sur un chevalet, dessin au crayon rouge et à la craie, d’après une jeune mère allaitant son enfant. C’est charmant de grâce et de finesse ! Comme je l’admirais, il m’en a montré une série d’après le même modèle et, à peu de choses près, dans le même mouvement. C’est un dessinateur de première force. Toutes ces études préparatoires pour un tableau seraient curieuses à montrer au public qui s’imagine, généralement, que les impressionnistes travaillent avec la plus grande désinvolture. Je ne crois pas que l’on puisse aller plus loin dans le rendu de la forme. Deux dessins de femmes nues entrant dans la mer me charment au même point que ceux d’Ingres…. » Berthe MORISOT (Peintre française – Propos notés dans l’un de ses carnets, après une visite chez Renoir en janvier 1886)


On a tendance à mettre de côté, voire même à oublier, le talent de dessinateur de Pierre Auguste Renoir parce que l’on ne regarde que le peintre. Et pourtant, parmi tous les impressionnistes, il est probablement celui (avec Degas) qui a été très attentif au dessin, s’inscrivant dans la tradition, la renouvelant et l’expérimentant sans cesse. Il n’a pas utilisé le dessin uniquement par plaisir personnel ou pour des études préparatoires, il l’a également fait pour » reprendre » une peinture.
Il a très peu montré ses dessins même si les impressionnistes savaient qu’il avait un bon coup de crayon. Il est dommage de penser qu’il a remis des paquets de dessins à Gabrielle Renard, la nourrice de ses enfants, afin qu’elle les brûle dans le poêle, parce qu’il trouvait qu’ils n’étaient pas assez bons !
Par contre, il a souvent exposé ses pastels. Il a aimé le pastel parce que d’abord cela coûtait beaucoup moins cher que les tubes de peinture, parce qu’il pouvait les transporter facilement et que le travail était plus rapide.
La deuxième exposition proposée par le Musée d’Orsay sur Renoir , organisée en collaboration avec la Morgan Library et Museum de New York, est très importante parce qu’elle aborde justement l’attachement du peintre au dessin, à l’aquarelle et au pastel, mais également les liens qu’il peut y avoir entre la peinture et la technique graphique à une époque où Renoir se réinventait tout en s’éloignant, peu à peu, de l’impressionnisme.
» Renoir, contrairement à tous ses camarades du groupe impressionniste, a été le seul qui a suivi l’enseignement de l’École impériale des Beaux-Arts. Enseignement qui a été essentiellement fondé sur le dessin. On n’enseignait pas la peinture à l’École des Beaux-Arts. Donc Renoir a eu une très forte formation de dessin. Ses dessins sont exceptionnels parce que d’une échelle identique à ses tableaux. Cela n’est pas une pratique que l’on retrouve chez ses autres camarades , et différentes d’ailleurs de la pratique de ses contemporains qui utilisent la mise au carreau. Renoir ne semble l’avoir utilisé, et au contraire, d’ailleurs, on croit savoir par différents témoignages, qu’il utilisait des calques. » Anne DISTEL co-commissaire de l’expo.
Elle s’intitule tout simplement : RENOIR dessinateur (jusqu’au 5.7.2026) – Une centaine d’œuvres , venues du monde entier, y sont accrochées, dont certaines jamais présentées en raison de leur fragilité : dessins, calques préparatoires, notes, études, portraits pastel, aquarelles, estampes. Elle nous entraine dans ce que fut le créatif très personnel de Renoir par rapport au dessin, mais également les recherches qui furent les siennes pour la forme, la couleur et la lumière.
Un petit conseil : ne voyez pas les deux expos l’une à la suite de l’autre, mais à quelques jours d’intervalle, pour mieux les apprécier.
Comme je le disais, le public connait, en général, surtout Renoir le peintre, et pas vraiment le dessinateur. D’ailleurs, il était assez triste que l’on puisse penser qu’il n’était pas particulièrement bon dans ce domaine alors que celui-ci a joué un grand rôle dans sa peinture. Il avait du talent pour le dessin et fut très apprécié par ces collègues dans cet exercice, certains affirmeront même être incapables d’arriver à son niveau (Bonnard), et en collectionneront certains (Picasso pour la sanguine La coiffure ou La toilette de la baigneuse de Renoir)
Il a utilisé différentes techniques : la mine de plomb, le crayon (marque Conté) le fusain, la plume, l’encre noire et rouge, le pastel, la gouache. Il a tout particulièrement aimé la sanguine, une craie rouge à base d’oxyde de fer (son matériau favori dès 1880) probablement parce qu’elle se rapprochait des maîtres du XVIIIe siècle (dont j’ai parlé dans la précédente expo) et qui, eux aussi, utilisaient beaucoup cette technique notamment pour la carnation humaine.


Il a même eu droit à une exposition spéciale, exclusivement consacrée à ses dessins, en 1912, organisée par la Galerie Vollard. A la suite de quoi, le critique d’art Louis Vauxcelles dira : » un dessin de mouvement, non anatomique et photographique, mais une synthèse de volumes précis baignés de lumière. »



Il faut savoir que Renoir a été formé de façon assez traditionnelle : à l’âge de 13 ans il a débuté dans une usine de porcelaine (Lévy Frères) , puis il a fréquenté une école de dessin et d’art. Après quoi, il fut copiste au Musée du Louvre , puis a étudié à l’École des Beaux-Arts, et a fréquenté l’atelier du peintre suisse Charles Gleyre qui était réputé pour ses cours de dessin. Le dessin n’était donc pas une pratique inconnue pour lui.
Il ne fut pas un dessinateur » académique » à savoir aux contours nets et à la construction rigoureuse. Lui privilégiait plutôt le volume, la couleur (beaucoup la couleur) la lumière , la beauté sereine. Pour les femmes nues apparaissant, par exemple, dans son tableau Les grandes baigneuses, il s’est inspiré des nymphes, aux mouvements très sensuels, sculptées par François Girardon et que l’on peut admirer dans les jardins du Château de Versailles

Dans bien des dessins, on constate qu’il semble y avoir comme une sensation d’inachevé, préférant tracer comme des auréoles blanches autour de ses personnages avec de la craie blanche par exemple.




On lui a commandé de nombreux portraits, très expressifs, réalisés au pastel, dont certains furent même exposés au Salon officiel ou dans des expositions indépendantes. Il a répondu également à d’autres demandes comme des illustrations exécutées à la plume, au crayon noir ou à l’encre, notamment pour le livre de Zola L’assommoir, mais aussi dans des journaux comme La Vie moderne entre 1877 et 1883, voir ci-dessous

Il a découvert l’aquarelle en 1888 lors d’un séjour passé chez l’un de ses mécènes, Paul Bérard, qui avait une maison sur la Côte d’Azur. Après quoi, il réalisera des nombreuses aquarelles de paysages notamment qui seront fort appréciées.
« Cela m’a permis de travailler l’aquarelle, ce qui me sera extrêmement utile, car je me suis, maintenant, familiarisé avec ce genre » Renoir après sa visite chez Bérard
» Chaque feuille possède son propre spectre, réduit à l’essentiel, aux trois couleurs primaires : le vermillon, l’azur, et l’or. Avec une palette aussi restreinte, Renoir atteint les harmonies les plus rares. » François FOSCA, critique d’art suisse, pour les aquarelles de Renoir.







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