

Il y a 150 ans, en 1876, Auguste Renoir nous offrait Le bal du Moulin de la Galette. Cet anniversaire est le point de départ de deux magnifiques expositions, organisées par le Musée d’Orsay en collaboration avec la National Gallery de Londres et le Museum of Art de Boston, sur ce merveilleux peintre.
Aujourd’hui, je vous parlerai de la première qui s’intitule : RENOIR et l’amour (jusqu’au 19.7.2026) – une cinquantaine de tableaux sont présents, prêts de nombreux musées .
Renoir fut un instinctif( c’est ainsi qu’il aimait se définir) travaillant sans règles, ni méthodes, arrangeant mon sujet comme je le veux, ensuite je vais de l’avant et je le peins comme un enfant » – Un peintre qui aimait beaucoup la lumière et qui, par conséquent, fera des choix judicieux et précis pour les couleurs employées « je veux un rouge qui soit sonore, qui sonne comme une cloche et si je ne l’obtiens pas, j’ajoute plus de rouge ou d’autres couleurs jusqu’à ce que je l’attrape. La palette d’un peintre ne signifie rien, c’est son œil qui fait tout … «
L’amour, évoqué dans cette expo, c’ est celui de la modernité, de la convivialité, celui que Renoir a porté sur les relations humaines qu’elles soient amoureuses, amicales, familiales, maternelles – c’est le regard, empli d’empathie, d’un peintre sur ses modèles qui furent souvent ses maîtresses. L’amour dans des lieux où la sociabilité était de mise comme les bals, les guinguettes, les jardins, la nature etc… Ce sont les regards, le désir, les éclats de rire, la tendresse voluptueuse, la délicatesse, mais aussi l’échange de mots doux, les conversations des confidences que l’on peut se faire entre deux amoureux ou des secrets partagés entre deux amies.


C’est son admiration pour certains peintres du XVIIIe siècle comme Boucher, Fragonard, Hubert Robert, Watteau, l’atmosphère frivole de leurs fêtes galantes. » Je suis un des leurs. Je considère , avec modestie, que mon art descend non seulement d’un peintre comme Watteau, d’un Fragonard, d’un Hubert Robert » disait-il. Il a passé des heures entières au Musée du Louvre à les regarder.

Il n’y a pas chez lui une quelconque mièvrerie ou des effusions . Ce serait une erreur que de penser qu’il s’agit là de sentimentalité C’est plutôt une fête au bonheur comme il le dit si bien d’ailleurs : » Je sais bien qu’il est difficile de faire admettre qu’une peinture puisse être de la très grande peinture en restant joyeuse »
Au centre de ses tableaux il y a des femmes bien sur. On connait son attirance pour les femmes. Il appréciait les célébrer alors qu’il n’hésitait pas à tenir des propos misogynes les concernant. Bon ça c’est le côté provocateur de Renoir, car on sait très bien qu’il les aimait beaucoup : » je ne sais pas encore marcher que j’aimais déjà les femmes » . Il les a souvent peintes nues , plutôt bien rondes, toujours pleines de fraîcheur, sensuelles, naturelles. Là encore, dans ses femmes nues, on retrouve un peu des voluptueuses Odalisques de Boucher.
« Je ne pourrais me passer d’un modèle. Même si je regarde à peine, il m’est indispensable pour me beurrer les yeux. J’adore peindre une gorge, les plis d’un ventre. Je ne » pelote » qu’ainsi ; je veux peindre des femmes qui aient l’air de fruits« P.A.R


Et il en a eu des coups de cœur ! La première , il l’a rencontre en 1866 : Lise Tréhot une couturière qui va devenir sa maîtresse et son modèle. Oui, mais voilà, comme l’affirmait si bien l’une d’entre elles : » Renoir ne fut pas du genre qui se marie. Il épouse toutes les femmes qu’il peint …mais avec son pinceau !
Lise va tomber enceinte, une grossesse qui ne sera pas désirée, ni par lui qui affirme haut et fort ne pas avoir d’enfant, ne pas en vouloir, ne pas être prêt à en avoir , ni par elle qui n’a pas la fibre maternelle d’ailleurs. Bébé va naitre, un garçon, que Renoir va déclarer non en tant que père, mais en tant qu’ami de la mère. Malheureusement il décèdera moins d’un mois plus tard. Un autre pointera le bout de son nez en 1870, une petite fille, non reconnue elle non plus par son père. Deux ans plus tard, le couple se sépare et Lise épousera un architecte.

D’autres amours vont suivre, d’autres modèles, des jeunes femmes toujours sublimées dans des beaux tableaux : Nini Lopez, Jeanne Samary, Alphonsine Fournaise, Marguerite Legrand dite Margot, Frédérique Heyne (peintre elle aussi) qui lui donnera une fille (non reconnue) , Marie-Valentine Valadon peintre connue sous le nom de Suzanne Valadon…. et puis un jour c’est la rencontre avec Aline Charigot qui va faire vibrer son cœur.

A l’époque, il a 37 ans et elle la moitié de son âge. Il est à l’aise financièrement parlant. Elle est issue d’une famille plutôt modeste. Il va lui faire la cour, lui adresser des lettres enflammées. Elle deviendra son modèle. Il la peindra blonde, rousse, brune, fera en sorte d’atténuer ses jolies rondeurs car elle a tendance à l’embonpoint. Tous les deux décident de garder leur relation secrète jusqu’à leur mariage en 1890 . En 1885, Renoir va, enfin, profiter des joies de la paternité. Aline donnera naissance à leur premier fils : Pierre dont le parrain est Gustave Caillebotte, puis en 1894, elle met au monde Jean, le deuxième fils. Un autre enfant verra le jour en 1901, Claude.
Durant les dernières années de sa vie, il vivra à Cagnes-sur-mer avec cette petite famille et la nourrice des enfants, Gabrielle Renard, une cousine de son épouse. Non seulement elle s’occupait des enfants, mais elle fut aussi, un peu, l’infirmière du peintre qui était souffrant à cette époque. La beauté de cette jeune femme va énormément le séduire, ce qui va rendre terriblement jalouse Aline qui congédiera Gabrielle quelques années plus tard . Cette dernière partira aux Etats-Unis où elle épousera un américain et résidera à Los Angeles, non loin du fils de Renoir, Jean, cinéaste.


Dans les années 1880, Il y a de beaux jardins pour se promener et pour faire des rencontres. Celles-ci sont différentes dans les salons , à l’opéra ou au théâtre, plus » retenues « car, généralement, les jeunes filles sont accompagnées d’un chaperon. Mais dans les jardins, dans les parcs, dans les bals (il sera le premier à peindre un bal populaire) , les guinguettes, là on se laisse un peu aller en dansant.

Renoir va observer tout ce petit monde , tous ces rapprochements sociaux ces flirts avant l’heure ( à l’époque on disait que l’on contait fleurette .On se fréquente avant d’envisager une quelconque union. C’est, en quelque sorte, la naissance d’un couple qu’il nous propose au travers de ce type de tableaux.
« On est au moment du désir, du flirt, de l’indécision, de la liberté, de l’exaltation des sens. On ne voit jamais, chez Renoir, l’amour consommé. C’est un peintre qui nous engage à vivre. » Pierre PERRIN (Commissaire de l’expo)
Les tableaux de Renoir sur l’amour quel qu’il soit, amoureux, familial, amical, maternel, sont pleins de chaleur humaine. Il aime saisir un instant subtil, suspendu dans le temps, un instant magique qui soit naturel, non théâtralisé, un instant de modernité, de liberté, au bord de l’eau, à la maison, dans la nature, à l’opéra, un instant où l’on converse avec l’autre, où l’on partage un repas qui reste un moment propice à la détente . Sans oublier, bien sur, le partage complice d’une danse où l’on s’abandonne dans les bras de son cavalier.
» La peinture est quelque chose de vivant, comme la musique » P.A.R.








J’ai parlé au début de ce texte, de ce célèbre tableau de Renoir Le Moulin de la Galette à Paris. C’est une toile aux dimensions assez importantes, qu’il ne va pas peindre uniquement en extérieur. En fait, il va le faire en trois étapes : d’abord sur le lieu lui-même, puis au milieu de celles et ceux qui le fréquentent, et dans son atelier de la rue Cortot. Ce sera un travail d’études préparatoires exécutées de façon assez méticuleuse. Il recrutera des modèles qui poseront dans le jardin de son atelier.
C’est un tableau où l’on sent bien la joie, le festif, les personnages semblent vivants. Il y a des personnes assises, d’autres qui dansent, des musiciens au loin. Et pourtant à cette époque, Pierre Auguste traversait une période miséreuse, avec de gros problèmes d’argent, et il n’y a rien de cela qui transparait dans ce tableau. Au contraire, la joie triomphe : » on y voit la griserie de la danse, du bruit, du soleil, de la poussière d’une fête en plein air » disait le critique Gustave Geoffroy.
Cette superbe toile sera présentée au troisième Salon impressionniste en 1877. Elle va déclencher toutes sortes de critiques positives, enthousiastes, et négatives. Peu importe …Deux ans plus tard, elle sera achetée par Gustave Caillebotte. Il la lèguera à l’État français en 1896 avec le reste de sa collection. On peut la voir désormais au Musée d’Orsay.






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