
» On n’a de l’argent que pour bâtir : des corps-de-logis immenses sortent de la terre, comme par enchantement, et des quartiers nouveaux ne sont composés que d’hôtels de la plus grande magnificence. La fureur pour la bâtisse est bien préférable à celle des tableaux. Elle imprime à la ville un air de grandeur et de majesté. » Louis-Sébastien MERCIER (en 1782)
» Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que le plaisir de vivre … » Talleyrand (Homme politique français ayant vécu à l’époque sous Louis XV)
» L’hôtel particulier est le lieu de tous les caprices et de toutes les modes » Alexandre GADY (Universitaire français, professeur d’histoire d’art moderne à l’Université Paris-Sorbonne, directeur du Centre André Chastel, Historien de l’architecture et de l’urbanisme au XVIIe et XVIIIe siècles)
Je vous emmène aujourd’hui au Musée des Arts Décoratifs pour passer une journée dans ce qu’a pu être un bel hôtel particulier au XVIIIe siècle ( siècle des Lumières) , mais aussi expérimenter un art de vivre à la française avant la Révolution pour les aristocrates, les bourgeois, mais également des philosophes, des riches marchands, des comédiens, des avocats, ou des scientifiques de notre pays. Outre la famille, il y avait également les domestiques, les jardiniers et les palefreniers qui vivaient là.
L’expo s’intitule Une journée au XVIIIe siècle – Chronique d’un hôtel particulier ( jusqu’au 6 juillet 2026) – Elle a été conçue par Ariane James Sarazin ( Conservatrice générale du patrimoine) et Sophie Motsch (Attachée de conservation) – Le Musée des Arts Décoratifs est détenteur d’une très importante collection se référant à ce sujet. C’est donc un réel plaisir que de pouvoir en profiter car plus de cinq cent cinquante pièces ont été réunies, ce qui est très rare : mobilier, tableaux, papiers-peints, boiseries, céramiques, bijoux, jouets anciens, horloges, vêtements, accessoires, et autres objets d’art qui correspondent à différents moments de la journée.
A savoir que certaines autres pièces, très précieuses, viennent du Musée Missin-de-Camondo qui est actuellement en travaux et sont placées sous la tutelle du MAD.
C’est franchement une très belle expo où l’on a reconstitué les pièces d’une riche demeure de l’époque. Les organisateurs ont imaginé qu’elle pourrait se situer rue du Faubourg Saint-Honoré à Paris. On passe d’abord sous un porche assez majestueux avec un portail imposant , on entre dans la cour , puis on se promène dans un jardin, (ce dernier était un privilège car rare en ville. Il permettait de vivre en retrait de la rue bruyante ) , puis dans le boudoir de madame, le cabinet de travail de monsieur, l’oratoire, la salle à manger, le cabinet de toilette etc…. . Tout a été étudié pour que l’on ait l’impression » d’avoir été invité à visiter ce lieu de pièce en pièce en tant que proche ou ami privilégié de la famille qui habite là « .
Ce lieu a évolué au fil du temps que ce soit architecturalement parlant ou en taille. C’est au Moyen-Âge que le terme hôtel particulier a été utilisé. Sa taille et son décor architectural restent un signe de richesse car, comme je l’ai dit plus haut, habité par des personnages importants qui avaient les moyens non seulement de le faire construire, mais également de l’entretenir, d’engager du personnel etc…
On l’appelait autrefois une maison noble. Il revenait à l’architecte d’avoir un grand talent pour construire une demeure fastueuse qui méritait d’être vue de tous, tout en restant à l’abri des regards indiscrets. L’hôtel particulier n’a rien à voir avec un palais ou un château. Il n’y a pas de terres qui l’entourent, mais une ville . En conséquence, il fallait bien étudier l’environnement et apporter un maximum de réflexion dans ses plans pour que le bruit de la rue, mais aussi celui des cuisines et de la cour avec les chevaux et les carrosses etc… ne soient pas, par exemple, trop dérangeant. pour l’intérieur de la maison elle-même.

Ces hôtels particuliers voient leur histoire débuter réellement au temps du roi François Ier lorsque Paris est devenue une capitale politique et où l’État s’était quelque peu « sédentarisé « . De ce fait, il était important d’avoir une résidence qui se trouvait à Paris, non loin de la Cour et du roi. Ces lieux ont considérablement augmenter à l’époque de Louis XIII.
C’était bien plus qu’une résidence d’ailleurs car un symbole de grandeur sociale, de prestige et de pouvoir de son occupant. C’était même un excellent moyen d’afficher sa réussite tout en ayant un lieu « intime et retiré » en ville . . Il en reste encore à Paris, certains sont devenus des musées d’ailleurs, des lieux de culture, des bibliothèques, des ambassades ou des bureaux gouvernementaux, et d’autres ont été rachetées et sont encore habitées par des personnes aisées .
C’est intéressant , en se promenant, de les observer , car ils sont les reflets et les témoins d’une architecture riche, classique et baroque, Ce sont des bâtisses d’exception qui ont une histoire. Il semblerait que l’on en comptait environ 2000 au XVIIe siècle et il en reste environ cinq cent à notre époque. Inutile de dire que leur prix est assez élevé.
Par exemple (mais il y en a d’autres) : l’ Hôtel de Soubise (qui abrite désormais les archives nationales) , l’ Hôtel Salé (Musée Picasso) ,l’ Hôtel Lambert(résidence actuelle d’un homme d’affaires français) , l’Hôtel de Beauvais ( où se trouve, de nos jours, la Cour administrative d’appel de Paris), l’Hôtel de la Païva, l’Hôtel de Sully ( qui est le Centre des monuments nationaux) , l’ Hôtel Carnavalet probablement le plus célèbre, devenu musée, qui était au XVIIe siècle la demeure de la célèbre Marquise de Sévigné qui fréquentait la Cour du roi Soleil.



En général la journée commençait, à l’époque, vers 7 heures du matin. Après avoir fait leurs dévotions, on prenait un bouillon de légumes dans de la vaisselle en porcelaine., puis on recevait soit des amis, soit des personnes ayant référence aux affaires professionnelles.

Monsieur avait son bureau, Madame son boudoir où se trouvait généralement un ottomane (genre de canapé) où elle prenait place faire de la broderie ou de lire, ou se retrouver seule pour réfléchir, méditer aussi. La bibliothèque permettait de se cultiver et attiser sa curiosité dans différents domaines assez appréciés comme les sciences, la philosophie, l’art en général, et aussi les contrées lointaines. C’est plutôt un lieu intimiste, comme les deux autres.




Dans la salle à manger il y avait une grande table où l’on disposait de nombreux plats ( c’est le service dit » à la française « ) – Il y avait très souvent une fontaine pour pouvoir se laver les mains avant les repas ( l’eau courante n’existant pas, donc il y avait toujours de l’eau à disposition) . L’après-midi on servait une collation c’est-à-dire un chocolat ou un thé, voire un café, toujours dans de la vaisselle en porcelaine. On y dine entre 20 H 30 et 23 H en petit comité , généralement la famille.
Les murs sont généralement couverts de papiers-peints avec des motifs fleuris réalisés par des ornemanistes et dessinateurs représentatifs de talent travaillant le plus souvent dans des manufactures , papiers peints donnant à la pièce une sorte de douceur de vivre et de bonheur. Tout comme certains objets aussi.






On peut y trouver un salon pour le jeu : trictrac, brelan, cavagnole, hombre, bouillotte, quadrille. On jour et on fume car le tabac était très à la mode au XVIIIe siècle. On écoute ou l’on joue de la musique : harpe, clavecin, flûte, violon




A l’heure du coucher Monsieur et Madame portent une chemise de nuit, agrémentée pour lui et pour elle d’un bonnet (chez la femme il s’agit de la « dormeuse » ). Il faut savoir que, généralement, chacun avait son appartement personnel.










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