» La neige a noirci sous les pas ;
Elle est restée intacte et pure
Dans le jardin qui ne sait pas
Qu’il a des arbres en guipure.
On dirait un décor d’argent :
La grande allée est solitaire ;
Les marronniers font en neigeant
Pleuvoir les fleurs du givre à terre.
Le buis, poudré par la saison,
En lignes distinctes marie
Aux bandes plates du gazon
La marge de sa broderie.
La fontaine de Médicis
Au loin montre, bien qu’abritée,
Polyphème blanc comme Acis,
Presque aussi blanc que Galathée.
Le cygne, amant de ces climats,
Semble avoir les ailes noircies.
Les terrasses ont des frimas
Dignes de toutes les Russies.
L’athlète grec au bras tendu,
Fouetté du froid, fait triste mine.
Les reines ont l’air morfondu
Sous leur pâle manteau d’hermine.
Les moineaux, hier turbulents,
N’ont plus le cœur à leur manège.
Les marbres sont plus gris que blancs,
Et pleurent des larmes de neige.  » Albert MÉRAT (Poète français / Extrait du recueil Poèmes de Paris/Éditions Alphonse LEMERRE /1880)

Fontaine Médicis Jardin du Luxembourg, sous la neige

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