» Comme une harpe aux douces cordes
Faite à des hymnes de féerie,
Tes fines mains d’abbesse accordent
Ton métier à tapisserie.
Pour de vives gammes de choix,
Les teintes donnent leurs valeurs.
Quand tu fais s’égarer tes doigts
Sur cette harpe de couleurs.
Et je crois entendre, illusoire,
Le chant des anges et des âmes
Quand ta main, plus pâle qu’ivoire,
Eblouit les fils de la trame.
Voletant en gestes hardis,
Tes mains aux longs doigts puérils
Sont deux oiseaux du Paradis
Pris dans cette cage de fils.
Et, tandis que tu me récites,
Sur cette harpe de légende
Le conte de Brocéliande
Ou de la reine Marguerite,
Quand tu fais, à l’oeil ébloui,
Courir avec tes mains de fleurs,
Sur cet instrument inouï,
Tout un arpège de couleurs,
Quand, parmi les fils de la trame
Que pince ton peigne de corne,
Tu mêles la suite des Dames
Au blanc cortège des Licornes,
Quand tu fais, chromatiquement,
Sonner sous ton médiator
Les notes de sinople et d’or
De cet angélique instrument,
Pris d’une rêverie immense,
J’écoute, lointaine et féerique,
La silencieuse musique
De cette harpe de silence. » Edmond GOJON (Poète français / Silence est un poème qui fait partie de son recueil Le visage penché)





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