
» Ce qu’il faut dire, ce que je crois, c’est qu’il s’agisse d’une sculpture ou d’une peinture, en fait il n’y a que le dessin qui compte. Il faut s’accrocher uniquement et exclusivement au dessin. Si on dominait un peu le dessin , tout le reste serait possible. » Pierre SOULAGES
« Le dessin est essentiel et nous concerne tous, parce que tout le monde a dessiné ou que tout le monde peut dessiner. C’est une manière de retourner à ce que nous sommes, dans un monde où la machine est en train de prendre le dessus. C’est tellement important un dessin au crayon ! « Claudine GRAMMONT (Commissaire de l’expo)
Le Centre Pompidou est fermé pour cause de travaux, ce qui n’empêche nullement ses merveilleuses collections de faire l’objet d’évènements divers et variés . C’est ainsi que le Grand Palais a décidé de s’intéresser à celle des dessins des XXe et XXIe siècles, un peu comme l’avait fait d’ailleurs le Musée des Beaux Arts de Besançon en 2007(Invention et transgression-Le dessin au XXe siècle) – Comment les artistes, de cette période se sont emparés du dessin. De nos jours il reste un outil d’expérimentation , ouvert à toutes les possibilités et comme l’affirme l’intitulé de l’expo, il est : sans limite !
L’expo offre la possibilité de voir des œuvres avec des signatures assez prestigieuses : Amedeo Modigliani, Joan Miro, Henri Michaux, Alberto Giacometti, Pablo Picasso, Vassily Kandinsky, Marc Chagall, Henri Matisse, Roland Barthes, Robert Longo, Giuseppe Penone, Fernand Léger, etc etc …Le dessin peut être à la fois un geste, un outil de travail ou une œuvre. Il est rapide dans son exécution et il a donné matière à la créativité des artistes, lesquels ont exploré, au fil du temps, différentes autres façons de le faire évoluer
Le dessin est, on peut le dire, un art ancestral puisqu’il remonte à la préhistoire lorsque les hommes dessinaient sur les parois de la roche avec des éléments naturels. Le papyrus égyptien va se montrer un outil fort intéressant et important pour dessiner ou écrire car la surface était plus lisse et donc permettait plus de précision. Un jour on découvrira le papier dont on attribue l’invention à T’sai Lun, dignitaire de la Cour impériale de Chine, qui l’aurait fabriqué au IIe siècle avant J.C. (pâte à papier) avec des tissus, de l’écorce d’arbre et des filets de pêche, une technique gardée secrète très longtemps avant qu’elle ne se répande au Japon, au Moyen-Orient puis en Occident. De nos jours on trouve toutes sortes de papier.
Les techniques du dessin sont restées les mêmes qu’autrefois : crayon, sanguine, encre de chine, pierre noire, lavis, fusain, aquarelle ou gouache. L’évolution des techniques tout au long des siècles n’a nullement changé l’essence même du dessin à savoir le désir de représenter, d’analyser, de communiquer, d’exprimer, d’explorer, de raconter, de partager. Quelle que soit sa forme, y compris celle du numérique de notre époque, le dessin joue un rôle très important culturellement parlant. Il est ancré dans notre patrimoine.Le dessin livre le premier les sensations, les émotions, les idées de l’artiste.
La collection du Cabinet d’art graphique du Centre Pompidou compte un fonds exceptionnel environ 35.000 dessins, collages, estampes et carnets. C’est, d’ailleurs, l’une des plus importante au monde pour la période contemporaine et moderne. Quand on regarde les dessins d’un artiste on ne peut qu’être ému parce que c’est un témoignage de la main, une empreinte. Il reste révélateur de la personnalité d’un artiste.
Le Grand Palais en a réuni 300 de 120 artistes, sur un parcours très intéressant et riche, avec quatre axes importants : « étudier, raconter, tracer, animer » , qui permet une redécouverte de cet art ( surnommé le père des arts) qui a traversé les siècles et les cultures. Une exposition dense, passionnante qui s’intitule : DESSINS SANS LIMITE (Chefs-d’œuvre de la collection du Centre Pompidou) … Jusqu’au 15.3.2026;
Dans la première section (étudier) le dessin est vu comme un travail préparatoire utilisé pour expérimenter ; la deuxième section (raconter) nous permet de comprendre comment le dessin « raconte » une histoire, qu’elle soit petite ou grande, de façon assez simple, voire même confidentielle parfois ; la troisième section (tracer) aborde le dessin en tant que trace et expérience graphique utilisée non seulement par des peintres ou sculpteurs mais aussi des chorégraphes pour le mouvement ; la troisième section (animer) met en évidence le lien qui existe entre le dessin et le temps notamment avec les papiers-collés des cubistes et dadaïstes, qui sont des petits morceaux de papier qui font coexister le passé, le présent et le futur.
Il y a bien longtemps, on conservait le dessin dans les ateliers. Il n’était pas destiné à être montré au public. C’était une esquisse qui, du reste, a gardé sa vocation traditionnelle d’expérimenter, d’analyser . Depuis l’époque de la Renaissance, il permet de faire circuler l’intention artistique de celui ou celle qui l’utilise , de pouvoir comprendre l’espace, le mouvement, de réfléchir à d’autres possibilités, bref de faire un gros travail préparatoire indispensable. Il a donné, aussi, à certains artistes, notamment dans l’art du spectacle et de la scène, la possibilité de faire des maquettes (d’après dessins) pour présenter leurs décors et leurs costumes..
Le XXe et le XXIe siècle et surtout les artistes avant-gardistes de ces époques, ont changé quelque peu la donne. Ils donneront au dessin son autonomie, et permettront aux générations d’artistes qui suivront, la possibilité de faire du dessin un nouveau médium à explorer. Que serait, en effet, le cubisme ou le surréalisme sans le collage, le papier-collé, le frottage, la décalcomanie, le photo-montage, le frottage, le tampon, le gommage, les gouaches découpées notamment celles de Matisse ?
La lithographie, le pastel, l’aquarelle, le papier-collé inventé en 1912 par Braque et Picasso , la bande dessinée plus tard . On est passé du dessin sur une feuille ou un carnet pour s’ouvrir à la photographie, au cinéma, au numérique, voire aux murs des villes.
Le carnet de dessin : voilà bien un outil qui a compté dans la vie de certains artistes ! Ce ne sont pas que de simples carnets, ce sont quasiment des « journaux intimes » parce que témoins de la pensée, de l’inspiration, de la réflexion de celui ou celle qui dessine dessus. Ils sont importants parce qu’ils permettent de suivre l’évolution d’un projet . L’artiste dessine de façon rapide, capte un instant de vie, un mouvement, un paysage, un personnage etc… avant de rentrer en atelier pour le reproduire sur la toile.
Le dessin c’est aussi l’art de la caricature, utilisé de façon humoristique pour représenter ou railler quelqu’un, pour se moquer de la politique notamment ou bien encore dénoncer un fait de société.


»Quand on dessine une image on la consume. Elle devient une partie de chaque molécule de votre corps et ensuite vous l’expulsez pour la projeter sur une surface. C’est une transmutation » Robert LONGO (Peintre et sculpteur contemporain américain)


«Je dessine en peignant et ne sais pas la différence entre peindre et dessiner. Les dessins qui m’intéressent le plus sont faits les yeux fermés. . . Je commence sur du vulgaire papier machine ou du papier à lettres, les yeux fermés et je sens ma main glisser sur le papier. J’ai une image en tête mais les résultats me surprennent d’ailleurs, savez-vous que Soutine, que j’admire, n’a jamais fait un dessin ? Et le Greco non plus. Il dessinait avec le pinceau dans la peinture. » William de KOONING (Peintre d’origine néerlandaise, naturalisé américain, précurseur de l’expressionnisme abstrait)

» Si le dessin appartient au monde de l’esprit et de la couleur à celui des sens, vous devez d’abord dessiner pour cultiver l’esprit. » Henri MATISSE (Peintre français)


» Le dessin épouse les particularités, les proximités. Il est à la fois immatériel et incarné. Il est fait de ce paradoxe permettant de ne pas être dans une trop grande abstraction rationnelle et permet d’intégrer le moindre détail. Le dessin c’est comme des lunettes. Tout un coup on voit mieux ! . » Fabrice HYBER (Plasticien français)


» Le cubisme a détruit le dessin en coupant dans sa racine l’espoir d’une ligne inconnue ». André DERAIN (Peintre français)

» On appelle doué pour le dessin un qui montre de l’aptitude à dessiner dans le mode que la culture du moment impose; on dit de celui-ci qu’il sait dessiner, on dit de son ouvrage, bien docile au vent de la culture, qu’il est bien dessiné; il en va de même pour bien parler, bien écrire, bien se comporter. » Jean DUBUFFET (Peintre français)

» On doit toujours dessiner, dessiner avec les yeux, quand on ne peut pas dessiner avec un crayon. » BALTHUS (Peintre français)








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