» Des violons pleuraient dans la ténèbre dense
D’un soir d’alcool moiré de singuliers silences,
Où le poivre aromal chus d’œillets rubescents
Evoquait sourdement le vertige des sens.
Des brumes de douceur flottaient, légères trames
Où s’enlisait l’or pâle et douloureux des gammes,
Cependant que mon âme veule s’effondrait
Sous le charme attractif et vague de l’abstrait.
Les violons pleuraient, et voilà que, chocs d’ombres,
Soudain sont apparus, surgis dans la pénombre,
Deux spectres familiers nés d’un frisson d’archet
Et d’un reflet d’alcool : deux formes, vains hochets,
Qui furent ma jeunesse et qui furent mon rêve :
Cendres d’une aube exquise, hélas ! autant que brève,
Et sur les violons d’ébène aux cordes d’or
Leurs voix d’ombre ont glissé leur double et triste accord.
Mais après la clameur des douleurs très humaines,
Des lourds regrets de rêve et des larmes trop vaines,
Se mua caresseur le choeur des violons,
Evoluant mignards vers les frais horizons
De musique idéale, et des parfums chantèrent,
Mêlés aux notes bleues velourées de mystère,
Dans l’enténèbrement dense et mélodieux
Où voltaient cajoleurs les archets précieux. » Paul HUBERT 1872/1952 (Poète français / Extrait de son recueil Verbes mauves /1898)







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