
» Le potiron est une des nombreuses courges que l’Amérique nous a léguées. Parmi la grande famille des cucurbitacées, seuls le concombre, le cornichon et le melon sont originaires de l’ancien monde. Toutes les autres espèces proviennent du nouveau monde, comme l’ont montré les études archéologiques et génétiques. La culture traditionnelle des anciens mexicains associait dans le même espace, le maïs, les haricots et les courges. Ce système de culture traditionnel, encore utilisé en Oaxaca dans le Mexique central, fait pousser les haricots qui s’enroulent autour des pieds de maïs, tandis que les courges courent au sol, empêchant les mauvaises herbes de pousser et profitant de l’ombre du maïs. Ce système de culture permettait de nourrir les 40 millions de Mexicains avant la conquête espagnole. Il existait cinq espèces principales de courges en Amérique précolombienne : dont le potiron (Cucurbita maxima), originaire du Pérou et du nord du Chili et de l’Argentine, la citrouille (Cucurbita pepo) et la courge musquée (Cucurbita moschata) originaires de la Méso-Amérique.
Christophe Colomb les découvrit à Cuba en décembre 1492. Ce sont, comme pour le piment, les portugais qui diffusèrent les courges dans le monde entier. Il les introduiront dans leurs colonies africaines, puis en Chine et au Japon. Par le détroit d’Ormuz, elles vont conquérir l’Empire Ottoman. L’introduction de la courge marron du Brésil par les portugais au Japon vers 1600 à Osaka, marque encore nos tables. Les agronomes japonais développèrent la courge rouge qui est revenue sur nos tables sous le nom de Potimarron ou courge à goût de châtaigne depuis une trentaine d’années.


Les courges ont une place importante dans l’imaginaire amérindien : il existe de nombreuses poteries maya au Mexique et mohica et chimu au Pérou qui représentent des courges et des potirons. Leur symbolique paraît liée aux cultes de la fécondité et aux cérémonies funéraires. En Europe, comme le potiron est arrivé au XVI° siècle, elle a peu marqué les mythes : seule exception, la citrouille de Cendrillon dans « Les Contes » de Charles Perrault parus en 1697, transformée en carrosse par la bonne fée.

Le potiron a depuis la Renaissance été cultivée dans les jardins potagers du monde entier. Oliviers de Serres dans son « Théâtre d’Agriculture » en 1600, puis Jean-Baptiste de La Quintinie, directeur du potager du Roy sous Louis XIV en recommandèrent la culture. Cependant, la réputation de la citrouille et du potiron restait mitigée : on l’utilisait pour nourrir le bétail, mais aussi les classes rurales pauvres, mais elle n’avait pas bonne réputation car son goût paraissait insipide. Menon, dans « La Cuisinière bourgeoise » ne le recommande que pour de la soupe avec du lait. Depuis, le potiron a été réhabilité : on le sert en soupe au lait ou avec du riz, sucrée ou salée, mélangée à du bouillon. On en fait des flancs, des gâteaux, des confitures (seules ou mélangées avec d’autres fruits).
En Autriche et en Hongrie, on fait une huile verte avec les graines de citrouilles. Les progrès agronomiques ont multiplié les variétés : courgettes (depuis 1929), giraumons ou courges turban (connus depuis le XVII° siècle), la butternutt ou courge noix de beurre. On a aussi développé les potirons géants, qui en Europe peuvent atteindre 50 kg , mais 300 kg aux Etats-Unis.
La mythologie nord-américaine des potirons est bien vivace. Le potiron est un élément indispensable, avec la dinde et la tourte aux noix de Pécan, du repas de fête du Thanksgiving day aux Etats Unis. Quand les Pilgrim’s fathers sont arrivés sur les côtes du Massachusetts en 1621, le premier hiver fut terrible. La moitié des colons périrent de faim et de carences alimentaires. Ils ne durent leur survie qu’à l’intervention d’un membre d’une tribu amérindienne, Squanto, qui leur apprit à cultiver le maïs et les courges. Après la première récolte à l’automne 1621, le gouverneur William Bradford invita les colons à célébrer trois jours d’actions de grâce. Les colons invitèrent les indiens à partager un repas, et les indiens apportèrent des dindes sauvages. Les relations entre les colons et les indiens se détériorèrent, mais la célébration resta. La première proclamation nationale d’un jour de Thanksgiving eut lieu en 1777 pendant la guerre d’indépendance américaine et Abraham Lincoln fixa définitivement en 1863 pendant la guerre de Sécession la date au dernier jeudi de novembre. Le Thanksgiving Day reste de nos jours une fête fervente qui associe un repas constitué de dinde, de maïs, de tourte aux potirons et de tarte aux noix de Pécan à une cérémonie d’actions de grâces, surtout en milieu protestant.
Le dernier aléa du potiron est la fête d’Halloween. Contrairement à ce que l’on croit, l’association du potiron à cette fête est un phénomène récent. Halloween est plus ou moins la résurgence d’une vieille fête celte, traditionnellement située le 31 octobre, que l’Eglise tenta de combattre en fêtant le 1° novembre, la Toussaint ou fête de tous les saints : c’était un moment où les vivants et les morts pouvaient se rencontrer et on y allumait des bougies, dont les lanternes des morts dans les cimetières chrétiens sont la stricte correspondance.

En Irlande, on faisait des lanternes à forme humaine dans des grands navets où l’on plaçait une bougie, pour effrayer les passants. L’immigration irlandaise aux Etats-Unis, suite à la famine engendrée par la terrible irruption du mildiou dans les cultures de pommes de terre, popularisa aux Etats-Unis la fête d’Halloween. Les potirons étaient un légume plus facile à sculpter que les navets et c’est ainsi de nos jours que le potiron évidé et sculpté est devenu le symbole d’Halloween. Depuis une vingtaine d’années, la fête d’Halloween a été importée en France, avec plus ou moins de succès, mais au plus grand bonheur des agriculteurs producteurs de potirons. » Jean VITAUX (Docteur en médecine, gastro-entérologue, fin gastronome, spécialiste de l’Histoire de la Gastronomie)

« Les jolis potirons
Au petit ventre rond
Se pavanent dodus
A l’automne venu.
En quartiers de lune dorés,
Variant du jaune à l’orangé,
Ils nous exposent sans pudeur
L’opulence de leur rondeur.
Une formule énigmatique,
Un coup de baguette magique…
Précieux carrosse ils deviendront
Pour la gentille Cendrillon.
Lampions aux gros yeux lumineux,
Sorcières, fantômes, monstres hideux,
Halloween les fera rois
De ses festivités d’effroi.
A la cuisine ils font merveille
Et leur saveur est sans pareil,
Vous pourrez les accommoder,
A votre goût, sucrés, salés.
Les joyeux potirons
Au petit air fripon
Se dandinent pansus
A l’automne venu. « Alphonse BLAISE (Poète français)

» La fleur à la boutonnière
la fleur au plastron
courez à la rivière
petits potirons
abreuvez-vous d’eau fine
mûrissez lentement
ébrouez-vous dans l’eau fine
jaunissez lentement
puis remontez dans vos champs
vous endormir
en attendant de mourir
coupés en tranches dans la soupe
du laboureur. » Raymond QUENEAU (Poète et romancier français)








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