Frédéric CHOPIN 1810/1949 – Portrait peint par Maria WODZINSKA en 1835

L’art de toucher le piano par Frédéric CHOPIN à ses élèves : «  Je soumets à ceux qui apprennent l’art de toucher le piano, des idées pratiques bien simples, que l’expérience m’a démontré d’être d’une utilité réelle. L’art étant infini dans ses moyens limités, il faut que son enseignement soit limité par ces mêmes moyens pour être exercé comme infini. On a essayé beaucoup de pratiques inutiles et fastidieuses pour apprendre à jouer du piano, et qui n’ont rien de commun avec l’étude de cet instrument. Comme qui apprendrait, par exemple, à marche sur la tête pour faire une promenade. De là vient que l’on ne sait plus marcher comme il faut sur les pieds, et, pas trop bien non plus sur la tête. On ne sait pas jouer la musique proprement dite, et le genre de difficulté que l’on pratique n’est pas la difficulté de la bonne musique, la musique des grands maîtres. C’est une difficulté abstraite, un nouveau genre d’acrobatie. Il ne s’agit donc pas ici de théories plus ou moins ingénieuses, mais de ce qui va droit au but et aplanit la partie technique de l’art. La dernière chose c’est la simplicité. Après avoir épuisé toutes les difficultés, après avoir joué une immense quantité de notes et de notes, c’est la simplicité qui sort avec son charme, comme le dernier sceau de l’art. Quiconque veut arriver d’emblée à cela n’y parviendra jamais ; on ne peut commencer par la fin .»  »

Jean-Yves CLÉMENT
Jean-Yves CLÉMENT

 » Les Nocturnes de Chopin ne chantent pas la nuit, ils chantent le silence de l’âme quand celle-ci se replient sur elle-même. « Jean-Yves Clément ( Musicien, essayiste, poète, organisateur et directeur artistique de festivals, notamment celui de Nohant-Chopin  chez George Sand, mais aussi celui des Lisztomanias à Châteauroux entre autres)

Les Nocturnes  de Chopin c’est un peu l’opéra ou le bel canto au piano, des impressions notées sur partition pour traduire ses ressentis, la musique de ses états d’âme. Lui-même dira qu’ils furent composés pour  » être interprétés avec l’âme et l’art du ressenti. »

Chopin ne fut pas l’inventeur du genre. C’est l’irlandais John Field qui le fut (en apposant ce nom dans une publication datant de 1814/15) mais on peut dire que Chopin lui a redonné toutes lettres de noblesse. Il en a composé 21 dont 18 furent édités de son vivant ( sauf   le N.1 de l’OP 72 qui le sera en 1855 bien que chronologiquement il apparaisse comme étant le 1er puisqu’il fut écrit en 1827).

Mis à part Chopin, d’autres grands compositeurs ont, non seulement écrit des Nocturnes, mais ont largement défendu ce genre ( Schumann et Liszt notamment)

Ce sont des pièces qui peuvent se révéler mélancoliques, nostalgiques, passionnées, graves, sages, heureuses, désespérées, poétiques. Elles portent en elles toute la subtilité intimiste , le lyrisme et l’expressivité de ce merveilleux compositeur.

Jean-Yves Clément n’a pas seulement aimé infiniment Chopin, il l’a écouté longuement, joué souvent et a écrit sur lui non seulement des essais biographiques mais des petits superbes dédiés aux Nocturnes, rassemblés dans un petit livret paru aux Editions Le Cherche Midi et qui s’intitule «  Les Nuits de l’âme  » .

Quelques exemples réunissant ces pièces et la poésie  :

Nocturne OP.9 N°2… Probablement l’un des plus connus, très apprécié parce qu’il offre de belles possibilités d’improvisation. Du reste, il semblerait que Chopin lui-même ne le jouait jamais de la même façon.

«  Tendresse dansée pure romance

Ourle son fil sur son jour

Insouciante pour s’alanguir

aux bras du ciel  » Jean-Yves CLÉMENT

( Vidéo : Maria JOAO PIRES au piano)

Nocturne OP.15 N°3 – C’est une pièce à la fois étrange et fascinante, quasi solennelle . Chopin lui avait donné le nom de Après une représentation d’Hamlet.

«  Mystère de nos ombres lasses et fuyantes

de leur course haletante émerge grave

la paix d’un dieu et l’énigme insatiable

de la question sans réponse  » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Claudio ARRAU au piano)

Nocturne Op.27 N.1 –C’est une pièce imprégnée d’un grand lyrisme, d’une forme de nostalgie triste mais tellement magnifique.

 » Grondent les fonds d’effroi sous les pas désolés de l’ange,

s’élèvent les gouffres d’argent au triomphe de la douleur,

quand crevant la voûte noire revient l’oracle apaisé

au soir bleuté » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Arthur RUBINSTEIN au piano)

Nocturne Op.32 N.1 : Beaucoup de charme, de délicatesse dans cette pièce qui ressemble un peu à une aria extraite d’un opéra de Bellini, compositeur que Chopin adorait.

 » Aveu badin sur un air de rien

creux au bois battant qui se suspend

quand résonne lourd au plus loin

le glas sourd  » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Jan LISIECKI au piano)

Nocturne OP.37 N.2 : Chopin a composé les deux pièces de l’Opus lorsqu’il était chez George Sand à Nohant. Le N° 2 est lumineux et heureux.

«  Bienheureux flots 

Soleils aux changeantes couleurs

Un timonier protège de son chant sacré

vos calmes émois

Volupté irradiante au rêve pacifiant  » Jean-Yves CLÉMENT

( Vidéo : Arthur RUBINSTEIN au piano)

Nocturne OP 48 N.1 : Je la trouve très lisztienne . La légende raconte que Chopin s’était refugié dans une église en raison d’une forte pluie et que l’atmosphère extérieure du temps agité, et celle intérieure du lieu où il se trouvait, l’aurait vivement inspiré.

«  Nuit du ciel

âme en marche reposée en soi

alors que bruissent les siècles

déployée en mille vertiges

mouvante comme le pouls du monde

surgit la paix noire  » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Martha ARGERICH au piano)

Nocturne OP. 55 N.2 : L’Opus lui a été inspiré pour faire plaisir à l’une de ses élèves anglaise : Melle Stirling. Beaucoup considère que cette pièce, d’une grande pureté, est vraiment la plus représentative de l’écriture de ce merveilleux compositeur.

«  Jaillies du puits

des voix multiples enlacées d’amour

comme des serpents d’âme

s’envolent deux flammes d’air et d’eau

vers le très haut  » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Maurizio POLLINI au piano)

Nocturne OP 62  N.1 : Cet Opus a été écrit en 1846. Il est techniquement exigeant. Chopin venait de rompre avec George Sand, ce qui, immanquablement, se ressent dans la composition de ces deux pièces qui clôtureront les Nocturnes. Elles sont toutes deux très belles et d’une grande poésie pianistique . La N.1 offre une palette incroyable de sensations diverses et variées.

 » Il est des soirs

où se dévide l’âme des fils des songes

que la vie a tissés

arachnéenne sœur fileuse de rêves

au cœur du grand esprit  » Jean-Yves CLÉMENT

(Vidéo : Daniil TRIFONOV au piano)

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