» La fleur Ing-wha, petite et pourtant des plus belles,
N’ouvre qu’à Ching-tu-fu son calice odorant ;
Et l’oiseau Tung-whang-fung est tout juste assez grand
Pour couvrir cette fleur en tendant ses deux ailes.

Et l’oiseau dit sa peine à la fleur qui sourit,
Et la fleur est de pourpre, et l’oiseau lui ressemble,
Et l’on ne sait pas trop, quand on les voit ensemble,
Si c’est la fleur qui chante, ou l’oiseau qui fleurit.

Et la fleur et l’oiseau sont nés à la même heure,
Et la même rosée avive chaque jour
Les deux époux vermeils, gonflés du même amour.
Mais quand la fleur est morte, il faut que l’oiseau meure.

Alors, sur ce rameau d’où son bonheur a fui,
On voit pencher sa tête et se faner sa plume.
Et plus d’un jeune cœur, dont le désir s’allume,
Voudrait, aimé comme elle, expirer comme lui.

Et je tiens, quant à moi, ce récit qu’on ignore
D’un mandarin de Chine, au bouton de couleur.
La Chine est un vieux monde où l’on respecte encore
L’amour qui peut atteindre à l’âge d’une fleur.  » Louis BOUILHET , poète français, ex-interne en médecine, amoureux de la Chine, devenu professeur de Lettres, un très grand ami de Gustave FLAUBERT- Fait partie de son recueil posthume Dernières chansons)

Louis BOUILHET 1821/1869

9 réponses à « La fleur et l’oiseau … »

  1. Le poème célèbre un amour si absolu qu’il refuse d’exister sans l’autre, élevant la relation à un symbole de beauté tragique. Il critique aussi subtilement une société qui a oublié cet idéal, en l’opposant à la « Chine ancienne », où l’amour est encore vénéré.

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      Tout à fait ! Et je vous remercie infiniment de l’avoir si joliment exprimé Lincol ♥

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  2. Merci, amie Lisa, pour ce poème écrit par l’ami du grand Flaubert.

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      Lisa Pascaretti

      Avec plaisir Daniel ! Leur lien a été plus qu’amical, fraternel est le mot juste . C’est magnifiquement touchant ce que Flaubert écrivait après la mort de Bouilhet :  » C’est pour moi une perte irréparable, j’ai enterré avant-hier ma conscience littéraire, mon cerveau, ma boussole … En perdant mon pauvre Bouilhet, j’ai perdu mon accoucheur littéraire, celui qui voyait dans ma pensée plus clairement que moi-même. Sa mort m’a laissé un vide dont je m’aperçois chaque jour davantage … » Merci pour votre message ♥

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      1. J’aime Flaubert. J’ai lu plusieurs de ses livres et des biographies dont de Michel Winock. Vous me rappelez le rôle que Bouilhet a joué dans sa vie.

        Ai-je ici la place suffisante pour reproduire ici un petit quelque chose que j’ai écrit naguère sur notre ami Flaubert ? Il s’agit d’un inédit qui restera inédit.

        Le cœur simple est un conte de Flaubert   

        Qui a longtemps cru que l’amour était une idée reçue.

        L’auteur consacre à ce thème une grande partie de son œuvre.

        On dit que dans les petits pots se trouvent les meilleurs onguents.

        Si besoin était, voici qui le corrobore.

        D’ordinaire, Flaubert s’amuse de tout ce qu’on dit.

        Il est le créateur d’un grand sottisier.

        On affirme souvent que dans Le cœur simple

        Il fait montre d’ironie.

        C’est oublier que l’ironie n’exclut pas la tendresse.

        Petit pot, petit conte, petite femme.

        Une servante, bonne, humble et généreuse.

        L’amour serait une idée reçue.

        La Bovary a reçu cette idée.

        Les romans la lui ont implantée dans le cœur.

        L’amour est un poison qui met fin à ses jours.

        Flaubert lui-même, imprégné de romantisme,

        A d’abord aimé comme les amants dans les romans.

        Mais Félicité, la servante, n’a rien lu.

        Elle ignorera les affres du désir.

        L’auteur a beaucoup ri. La bêtise l’amuse. L’enrage.

        L’ennui, ce mal du siècle, est le corollaire de la bêtise.

        La bêtise des uns pousse les autres dans leurs retranchements.

        Très tôt, Flaubert se retire dans son cabinet de travail.

        L’ermite de Croisset a aimé du temps de sa jeunesse.

        Il plonge sa plume dans l’encrier trouble de ses amours.

        Madame Schlésinger lui fournit le modèle de madame Arnoux.

        Pour se retremper dans la naissance d’un amour,

        On relira les premières pages de L’éducation sentimentale.

        Les suivantes, pour ses développements contrariés.

        À la fin du roman, l’auteur met en présence

        Les deux amants platoniques. Ce sont des retrouvailles.

        Ils ont vieilli. La passion ne renaît pas de ses cendres.

        Si le grand amour fait souffrir, il est permis d’en rire.

        Mais avec Le cœur simple, ce petit pot, il en va autrement.

        Flaubert le destinait à sa vieille amie George Sand.

        Elle meurt avant sa publication.

        Il avait tant souhaité l’émouvoir et lui montrer

        Que malgré ses bourrades et ses rebuffades 

        Il était capable de tendresse.

        L’amour à ses yeux n’était plus une idée reçue.

        Cette fois, le vieux Flaubert n’entendait pas à rire.

        Sa servante ne connaît pas la passion,

        Son fiancé lui fait faux bond.

        Elle est renversée sur le bord d’un chemin. Un ivrogne,

        Je crois, relève ses jupons et la rudoie.

        Elle jette son dévolu sur les enfants de la maîtresse de maison.

        Ceux-ci grandissent et quittent bientôt le foyer.

        Un petit neveu dont elle s’entiche se fait marin au long cours.

        Il s’aventure sur la mer, contracte la fièvre jaune et meurt.

        Félicité se montre inconsolable.

        Sa maîtresse reçoit un perroquet, trop bruyant à son goût.

        La servante s’en éprend. Le dorlote. Le nomme Loulou.

        Le cercle diminuant de ses affections se referme sur lui.

        L’oiseau devient le réceptacle de son cœur débordant d’amour.

        Quand il meurt, il est confié aux soins d’un taxidermiste.

        Dans l’esprit de la simple d’esprit  

        Le perroquet se confond avec l’Esprit-Saint.

        Devant la colombe des vitraux de l’église,

        Elle s’était persuadée que pour s’adresser aux hommes

        Dieu a pris la forme d’un perroquet et non d’un muet volatile.

        Dans ses derniers jours, elle désire que l’oiseau empaillé 

        Figure à la procession de la Fête-Dieu.

        Le curé obtempère.

        Sous les fenêtres de Félicité passe le cortège.

        La vieille servante sourde, seule, alitée, moribonde

        Hallucine.

        Lorsqu’elle rend l’âme, 

        C’est sous l’aspect d’un perroquet

        Qu’elle voit l’Esprit-Saint l’emporter au paradis.

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      2. Avatar de Lisa Pascaretti
        Lisa Pascaretti

        Je suis très touchée que vous ayez eu la gentillesse de me retranscrire  » ce petit quelque chose  » que vous aviez écrit sur Flaubert. C’est magnifiquement exprimé ! J’ai beaucoup aimé. Merci Daniel ♥

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      3. Un vieux poème. Vous êtes à part moi la seule personne à l’avoir lu. Merci.

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  3. Magnifique poésie à découvrir où la fleur et l’oiseau ne font qu’un… Bonne semaine!

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    1. Avatar de Lisa Pascaretti
      Lisa Pascaretti

      Oui … Merci d’avoir aimé ce poème Nicole ♥

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