» Tombant si simplement à leur place, comme donnés,
Quand besoin est d’ailleurs, les mots d’un poème reviennent,
Entendus tout d’abord par l’enfant d’autrefois,
Confiés par les voix connues, les voix aimées
Du père et de la mère, celles des maîtres, d’étrangers ;
Notre énoncé humain durement conquis
De la vérité du cœur, héritage de l’esprit
Transmis et retransmis de l’un à l’autre ;
Les noms donnés dans l’Eden aux créatures,
Disant le sens connu, l’insaisissable sens du monde,
Créés du fond du cœur des vivants-à-jamais,
Transportés au long des temps depuis l’origine :
Talismans, talents,
Echangés ou fructifiants
Ou bien perdus, gâchés, enfouis dans la poussière.

Ce langage des hommes si brièvement mien, trésor de mots
Reçus et donnés afin de se comprendre, de se louer,
De se remémorer, de s’enchanter,
De se ravir, connaître et conforter l’un l’autre…  » Kathleen RAINE (Poétesse britannique, érudite, critique – Extrait de son recueil La Présence traduite par Philippe GIRAUDON)

Kathleen RAINE 1908/2003  « La poésie n’est pas une fin en soi, mais elle est au service de la vie. A quoi servent les poèmes, ou tout autre œuvre d’art , si ce n’est à permettre aux vies humaines d’être vécues avec une vision plus profonde, avec des sentiments plus sensibles, un sens plus intense du beau, une compréhension plus profonde ? Le but de la poésie n’est pas d’enregistrer tout et n’importe quoi, de simplement décrire le monde extérieur ou une humeur subjective, mais de parler de l’imagination du poète à l’imagination du lecteur.  » K.R.

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