» Avec les mots on ne se méfie jamais suffisamment. Ils ont l’air de rien les mots, pas l’air de danger bien sur, de petits sons de bouche ni chauds , ni froids, et facilement repris dès qu’ils arrivent par l’oreille à l’énorme ennui gris mou du cerveau. On ne se méfie pas d’eux les mots, et le malheur arrive.
Des mots il y en a des cachés parmi les autres, comme des cailloux. On les reconnait pas spécialement, et puis voilà qu’ils vous font trembler pourtant toute la vie qu’on possède, et, toute entière, et dans son faible et dans son fort. C’est la panique alors. Une avalanche. On en reste là comme un pendu au-dessus des émotions. C’est une tempête qui est arrivée, qui est passée, bien trop forte pour vous, si violente qu’on l’aurait jamais crue possible, rien qu’avec des sentiments.
Donc, on ne se méfie jamais assez des mots, c’est ma conclusion. » Louis-Ferdinand DESTOUCHES dit Louis-Ferdinand CÉLINE ou tout simplement CÉLINE (Écrivain français / Extrait de son livre Voyage au bout de la nuit/ 1932)






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