» La lecture, certaines précautions prises, est un des moyens de bonheur les plus éprouvés. Elle conduit au bonheur parce qu’elle conduit à la sagesse, et elle conduit à la sagesse parce qu’elle en vient, que c’est son pays où, naturellement, elle aime à mener ses amis. Il est vrai que la lecture devient une passion et que, comme toute passion, elle a de singuliers excès.

A un certain degré de violence, elle empêche toute action. Elle s’oppose à tout emploi énergique de la vie. Le livre est un moly qui empêche les hommes de devenir des bêtes aux mains des Circé ; mais c’est un lotos aussi, qui parait une nourriture si délicieuse qu’il faut user de violence pour nous arracher au pays où il croît, pour nous faire rentrer dans nos vaisseaux et nous obliger à ramer.

Il n’y a nul doute à cet égard. Il faut s’armer de sagesse même contre les passions les plus innocentes, parce qu’il n’y a pas de passions innocentes, et, même en parlant de la lecture il faut dire :  » le sage qui la suit, prompt à se modérer, sait boire dans sa coupe et ne pas s’enivrer. » Émile FAGUET (Écrivain, critique, historien de la littérature et moraliste français – Extrait de son livre L’art de lire)

Émile FAGUET 1847/1916

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