J’aimerai profiter de l’hommage rendu à Théodore Géricault, dans un précédent article à l’occasion du bicentenaire de sa mort (https://plumespointespalettesetpartitions.com/2024/06/02/les-chevaux-de-gericault-musee-de-la-vie-romantique-15-5/ ) pour vous parler d’autres chefs d’œuvre célèbres , nés de son pinceau, à savoir :
LES MONOMANES : sont des tableaux peints par Théodore Géricault entre 1819 et 1821. Des œuvres pleines de vérité, de réalisme, très expressives dans le visage, les traits, le regard. Tous les détails sont traités avec soin. Il y a là toute la sensibilité de ce peintre et son génie dans l’art du portrait.
A l’origine une série de dix toiles. Cinq seulement furent retrouvées. Malheureusement nul ne sait ce que sont devenues les cinq autres : soit elles furent détruites, soit elles se trouvent quelque part dans des collections privées et qui sait … réapparaîtront un jour !
Celles que nous connaissons sont les suivantes : Monomane de l’envie dite aussi la Hyène de la Salpétrière (Musée des Beaux Arts de Lyon) – Monomane du vol d’enfants (Springfield Museum of Fine Art ) – Monomane du jeu (Musée du Louvre ) – Monomane du vol (Musée des Beaux Arts de Gand ) – Monomane du commandement militaire (Musée Oskar Reinhart à Winterthur)
La psychiatrie est née en 1820. Le docteur Jean-Etienne Esquirol, aliéniste, réformateur de l’asile en France, a mis à jour le mot monomanie (maladie mentale qui fait perdre la raison à cause d’une psychose, une manie obsessionnelle). Les aliénés mentaux furent alors considérés comme de vrais malades devant être soignés. Son élève et disciple fut le docteur Georget, un aliéniste comme lui, médecin lui aussi à la Salpétrière de Paris. L’histoire (fut-elle exacte ou non ) raconte qu’il était un ami d’enfance de Géricault.
Ami ou pas, c’est lui qui lui demandera de réaliser ces toiles parce qu’à son avis elles représentaient » un excellent sujet de cours » : en effet, amener des malades dans une salle de cours aurait été quelque chose d’irréalisable , mais avoir des tableaux-études l’était davantage. Georget partait du principe que les répercussions de l’aliénation mentale pouvaient se lire sur le visage des malades. C’était un peu comme des livres ouverts permettant à ses élèves de mieux apprendre sur les cas présentés.
Géricault était d’accord avec cette façon de voir les choses. C’était un thème passionnant à ses yeux . Rencontrer des personnes qui avaient dépassé les limites de la raison va énormément le toucher et peindre leur visage, le rendu de leurs expressions, c’était aussi pour lui une manière de mieux comprendre la profondeur de leur mal. Il faut savoir que lui même avait traversé une grande dépression nerveuse après l’échec du Radeau de la Méduse et qu’il avait dû se faire soigner en univers psychiatrique.
Il a parfaitement réussi dans son travail. Lorsqu’on les regarde, on ne peut qu’être terriblement touché par l’expressivité de ces visages, leur émotion, leur mélancolie parfois bouleversante, leur regard très troublant, perdu parfois, inquiet, méfiant, étonné aussi . On se demande ce que ces personnes étaient en train de penser à ce moment là.
Les dix tableaux furent la propriété du docteur Georget. A sa mort deux de ses élèves ( Dr Lachèze et Dr Maréchal ) vont en récupérer chacun cinq. La destinée des cinq du Dr Maréchal reste un mystère.
En ce qui concerne le Dr Lachèze, il va les placer dans un coffre de son grenier , sans cadre, enroulées ensemble. Jusqu’au jour où Louis Viardot, le mari de la cantatrice et amie de Chopin Pauline Viardot, qui était écrivain et un grand passionné d’art, engagera la conversation avec le fameux docteur et lui fera part de sa vive admiration pour Géricault. Ce à quoi il lui répondra qu’il en détenait quelques-uns dans son grenier. Viardot les voit et les lui achète sur le champ ! Puis il écrit assez rapidement un article dans la Gazette des Arts de 1864 pour informer qu’il vient de retrouver des oeuvres de Géricault.
Viardot les propose au Musée du Louvre, lequel refuse ( malheureusement ) de les acheter d’une part en raison du prix de vente requis et d’autre part le sujet ne les intéressait pas beaucoup. Ce n’est que trois ans plus tard qu’il en rachètera une à un prix bien plus élevé que ne l’était les cinq ensemble !
Les autres ont trouvé différents propriétaires ( y compris des peintres ) puis elles s’éparpilleront au gré de celles et ceux qui vont les acheter jusqu’au jour où elles rejoindront les musées énoncés ci-dessus.





LE RADEAU DE LA MÉDUSE :

Tableau célèbre, extrêmement représentatif du désespoir, de la mort et de l’espoir. Il fait référence au naufrage, en 1816, de la frégate française la Méduse au large des côtes africaines. Beaucoup de personnes à bord vont trouver la mort. Une partie de l’équipage va, toutefois, survivre sur un radeau.
Pour son exécution, Géricault s’est lancé dans de très nombreuses études préparatoires. Ce thème va carrément l’habiter. Il rencontrera deux survivants et les fera poser ( c’est eux que l’on voit près du mat). Leur récit lui permettra de mieux s’imprégner de cette tragédie. Eugène Delacroix a posé également (c’est lui que l’on voit replié sur lui-même, au centre, bras étendu)

L’atelier de Géricault se trouvait non loin de l’hôpital Beaujon ( une cour les séparait). C’est dans la salle de dissection pour faire de nombreuses esquisses de cadavres. Il en volait parfois pour les ramener à son atelier et travaillait dessus afin de donner plus de réalisme à ses personnages.
Cet immense tableau sera présentée au Salon de 1819, qui se tenait au Louvre. Il sera vivement critiqué, on le jugeait bien trop provocateur, scandaleux, d’un réalisme cru , . Le public, quant à lui, resta de marbre. De plus, on voyait en lui une critique faite au gouvernement et au ministère de la marine (compte tenu du fait qu’une partie de l’opinion les tenait pour responsables du naufrage).
Découragé par cet échec auquel il avait consacré dix-huit mois de travail harassant, il par pour l’Angleterre et le présente à Londres où il obtiendra un vif succès.
De retour à Paris, il tentera de le vendre au Musée du Louvre, mais essuiera, par trois fois, un refus du directeur car le tableau était indésirable ! C’est donc un ami du peintre qui va l’acquérir, Pierre Joseph Dedreux d’Orcy, par souci de le faire rester en France. A la mort de Géricault, il tentera, à nouveau de le vendre à des musées français, sans succès. Jusqu’au jour où il réussira, enfin, à convaincre le Louvre d’en faire l’acquisition.





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