» D’où vient que lire au jardin procure un plaisir à nul autre pareil ? Assis sur un banc de bois ou une chaise de fer, à l’ombre de ce tilleul, près de ce massif qui embaume et qui bruisse, je suis le cortège silencieux des mots qui se faufile dans la palpitation du soleil et l’agitation des feuilles. Et voilà que ces mots paisibles m’entraînent dans leur promenade. Ils ne sont plus tout à fait les mêmes. On pourrait les croire soulagés de l’obligation de nommer, plongés dans une espèce de rêverie heureuse. Ni la lumière, ni le parfum des fleurs, ni le chant des oiseaux, ni même le calme du lieu, ne suffit à expliquer ce bonheur de lecture, non plus que l’oisiveté confiante que semble retrouver la langue …

Lire dans un jardin est un cadeau terrestre. Une sensation de surabondance s’attache au simple fait d’être simultanément présent au monde et à la langue. Assis, un livre entre les mains, c’est comme si je me trouvais deux fois accueilli et deux fois protégé, entouré de signes, entourés de fleurs. Lire est alors une manière de se rapprocher, non de s’enfuir. Descendre mot à mot dans la substance du sensible, tout à la fois enclos et délivré, vivant dans l’entrouvert du livre et du jardin…  » Jean-Michel MAUPOIX (Écrivain et critique littéraire français. Extraits de son livre Anatomie du poète)

Tableau de Thomas LITTLE

Laisser un commentaire

Tendances