» Si vous donnez aux histoires que vous écrivez à la première personne une vraisemblance telle que les gens finissent par y croire, le lecteur pensera, presque forcément, qu’elles vous sont effectivement arrivées. Ce qui est tout à fait naturel puisque au moment où vous les inventez, il faut bien que vous donniez l’impression qu’elles sont arrivées à celui qui les raconte. Si votre entreprise est réussie, vous amenez celui qui les lit à croire que ces choses-là lui sont arrivées à lui également. Le but que vous vous êtes assigné est atteint, ou peu s’en faut : créer quelque chose susceptible d’imprégner l’expérience et la mémoire de votre lecteur. Il y aura forcément des éléments qui lui auront échappé à la lecture de l’histoire ou du roman, mais qui, à son insu, vont informer sa mémoire, et son expérience, pour devenir partie intégrante de son existence. La tâche est cependant loin d’être facile.
Ce qui est, sinon facile, du moins toujours possible de faire, pour ceux qui appartiennent à l’école des détectives privés de la critique littéraire, c’est de prouver que l’écrivain, qui écrit ses récits à la première personne, n’a matériellement pas su faire tout ce qu’accomplit son narrateur, voire n’en a rien fait du tout. Quelle importance ? Qu’est-ce que cela prouve sinon que l’écrivain n’est dénué ni d’imagination ni d’inventivité ? J’avoue ne l’avoir jamais compris. « Ernest HEMINGWAY (Écrivain, journaliste et correspondant de guerre américain)






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