» Laissez-vous conter l’histoire de la théière
Qui, bien sur son étagère, date encore d’hier.
Car d’un sujet, quoique de pauvre porcelaine,
Pourriez-vous tirer quelque leçon bien saine.
Pour ses courbes élégantes et son estomac
Bien bombé, dès son premier emploi, on l’aima.
La théière était fière et se riait des tasses
Que la maladresse des invités rendait lasses.
La gloire était pour elle, fidèle dans son rôle
A l’effort modeste et, jusque-là, sous contrôle.
Bientôt, pourtant, on est repu, a assez bu.
Elle est vide. Dans son estomac ne demeure plus
Que les réminiscences brunâtres du thé.
Elle se sent laide, la théière, toute tachée.
Sur son étagère, enfermée, on la repose.
On l’oublie. Il se tarde la prochaine pause.
Ont subsisté quelques gouttes changées en larmes ;
Bien amères, elles ne font que de piètres armes
Contre le regret qui inspire son mutisme,
La pensée du besoin d’un pardon ultime.
Puis des mains la saisissent, celles du maître
Qu’elle reconnaît sans peine. Hélas, l’espoir est traître !
On ne la lave pas ; à nouveau, on la remplit.
La théière fulmine. Elle se fait toute petite.
Mais ainsi que le thé se met à infuser,
Celui-ci se fait plus fort, d’une intensité
Nouvelle. Et cela, grâce aux taches gardées en elle !
Maintenant, pas de doutes : c’est bien elle la plus belle. » G.E. DIXSON (Poétesse anglaise)






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