« La petite fille de l’Islette « , du nom du château de la Loire où Camille cacha sa grossesse, lui apparut comme l’enfant que le destin ne lui permettait pas de connaitre. Le modèle, petite-fille de Mme Courcelles qui recevait dans son château des hôtes, s’appelait Marguerite Boyer. Elle était âgée de six ans en 1892 et posa soixante-deux séances pendant deux étés.
D’une fillette potelée et enjouée, Camille fit cette face ardente d’enfant fiévreux, les yeux dilatés par l’inquiétude. Le modelé heurté, les épaules inégales, le menton anguleux, la bouche respirante, les tempes émaciées, tout converge vers ces grands yeux brûlants et interrogateurs qui scrutent avec ferveur le mystère du monde. Chaque variante accentue la fragilité de la fillette, couronnée d’un diadème aux lourdes torsades de serpents, familières aux héroïnes claudéliennes.

Sans ostentation, sans accessoire littéraire ou mythologique, sans fioritures décadentes, dans la sobriété du grand art classique, Camille créée pour la première fois l’image intérieure de l’enfance, l’âge de la tendresse et de la gravité. Loin des fades représentations de l’enfance que nous a laissées le XIXe siècle qui n’a su y voir que le temps des jeux, des sourires, des caresses, Camille Claudel proclame, avec une énergie presque inquiétante, que l’enfance est aussi de le temps de l’angoisse devant l’inconnu, des rêves noirs, des mythes terrifiants véhiculés par les contes.
Que Debussy ait adoré cette œuvre est un signe. Il émane de ce visage le même douloureux et affectueux questionnement de l’être, le même désespoir amical, la même pitié rayonnante que dans Pelléas et Mélisande.
Ce plâtre fut un cadeau personnel de Paul Claudel pour le mariage de Suzanne Merklen dont la mère, Marie-Élisabeth Claudel, était la cousine germaine des Claudel et la marraine de Paul. » Reine-Marie PARIS (Historienne de l’art)

« Il y a, dans la disproportion même de cette tête déjà trop puissante, déjà trop vivante, déjà trop ouverte sur les mystères éternels et les épaules délicatement puériles qu’elle découvre, quelque chose d’indéfinissable qui communique une angoisse profonde. Le buste de l’enfant prouve que Melle Camille Claudel est désormais un maître. Ce modèle lui est particulier. Il est plus lucide et plus clair que n’importe quelle signature. Il est despotique et passionné. Il s’attache enfin et surtout à traduire et à évoquer le sens dramatique des formes. La jeune artiste a l’inestimable privilège de discerner, dans le passant même vulgaire, ce qu’il contient de grandeur, de pittoresque et de beauté. « Mathias MORHARDT (Premier biographe de Camille CLAUDEL – Extrait de l’un de ses articles en 1898)





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