
» Une photo c’est comme un tableau, ça doit parler tout seul, c’est un langage en soi, un langage universel. » P.R.
» Prendre une photo ce n’est pas encadrer quelque chose du monde extérieur et le ramener à l’intérieur de la caméra, mais plutôt éveiller quelque chose de l’intérieur de soi et le porter à la lumière. C’est pourquoi je dis souvent que l’on ne prend pas une photo, mais que l’on donne une photo. Chaque photo est une rencontre, une confession intime et réciproque. « P.R.
» La photographie est, avant tout, la représentation de l’inconnu, de l’irréel. Pour moi, elle est un rêve. Dans une photo je recherche le mystère de la beauté. P.R.
» Ma photographie est plus une soustraction qu’une addition dans le sens où j’essaie de supprimer toutes les expressions et ambiances conventionnelles et habituelles de mon sujet, le démasquant pour le conduire à une sorte d’abandon et créer paradoxalement un état de vide et d’absence qui peut être comblé par une présence plus vraie et plus intense. » P.R.

Le Palais Galliera de Paris met à l’honneur (jusqu’au 14.7.2024) un très grand photographe italien de mode contemporaine : Paolo ROVERSI. Un homme au tempérament plutôt discret, élégant, que l’on dit charmeur, très cultivé notamment dans le domaine de l’art pictural, un passionné (voire même un obsédé) de littérature, et bien sur de tout ce qui concerne l’histoire de la photographie.
Il a un style que l’on oublie pas et que l’on reconnait très vite : beaucoup de subtilité dans les couleurs, de poésie raffinée, une lumière douce, des tons brumeux en noir et blanc ou d’autres aux couleurs éclatantes , un style assez dépouillé, des formes originales, des clichés (uniquement en atelier) d’où se dégagent de la grâce, de la délicatesse. Ses modèles sont souvent assez androgynes et dégagent une sorte de fragilité et vulnérabilité. Il aime se tenir entre passé et présent, avouant souvent que la nostalgie de l’enfance est son premier moteur lorsqu’il travaille.
C’est un portraitiste doué, un virtuose de l’image affirme la critique qui se rêvait écrivain ou chef d’orchestre, dont le nom a longtemps été associé à la Maison Dior, mais également à des campagnes publicitaires pour Chanel – Cerruti – Comme des garçons – Yves Saint Laurent – Valentino – Alexander McQueen – Alberta Ferretti – . Il a travaillé avec des grands magazines comme Elle – Marie-Claire – Vogue Italien – Vogue Paris – Vogue Etats-Unis – Harper’s Bazaar Italie – Vanity Fair , a été également l’auteur du calendrier Pirelli en 2020, et il a, de plus, publié des livres ( Angeli – Libretto – Nudi – Studio – Secrets. De très nombreux mannequins ont posé pour lui, ainsi que des actrices aussi. C’est lui qui a été appelé pour les photos de de la Princesse de Galles, Kate , lors de ses 40 ans.



Il n’est pas spécialement attiré par des recherches pouvant se rapporter à d’éventuelles innovations dans le domaine de la photographie. Lui, soyons clair, c’est le Polaroïd grand format 20X25 (utilisé au dos d’une chambre Deardorff en bois à soufflet, avec voile noir) qui l’accompagne depuis le départ. Il dira même avoir éprouvé un véritable coup de foudre pour ce type de procédé. Du reste, dans le métier on le surnomme Paoloroïd tant, il est vrai, qu’il en a une grande maîtrise.
L’expo (une première monographie) qui lui est consacrée au Musée Galliera à Paris ( où il vit depuis 1973 ) met en lumière 50 ans de sa carrière dans le domaine de la mode. On peut y admirer environ 140 œuvres (tirages polaroïd, photos, archives, magazines ) dont certaines sont inédites. C’est donc une partie professionnelle fabuleuse de ce talentueux photographe toujours en quête du beau et qui travaille de façon instinctive, portés par ses ressentis, ses émotions et ses sentiments.
Paolo Roversi est né à Ravenna (Italie) en 1947, l’année où naissait aussi le Polaroïd ! Ses parents sont des passionnés de littérature et tout petit il a baigné dans l’amour des livres et des mots. Une passion qui va perdurer toute sa vie. Il lit des livres écrits soit en italien, soit en français, et détient une belle collection d’exemplaires dédicacés par des grands auteurs, auxquels il tient énormément (Ces livres sont comme un journal de ma vie)
» Le livre a une âme, fait vivre une maison. Une maison sans livres, c’est pire qu’une maison sans fenêtres. » P.R.
Parallèlement, il fait, jusqu’à l’âge de 20 ans des études d’art et de droit.
C’est lors de vacances en Espagne, adolescent (17 ans) , qu’il se découvre une passion pour la photographie et commence en autodidacte . Il s’installe même une chambre noire dans la cave de la maison familiales pour pouvoir imprimer et développer ses propres clichés.
Quelques années plus tard, il rencontre un photographe professionnel italien Nevio Natali, avec lequel il va non seulement apprendre , mais partager une grande amitié. Il débute sa carrière, par la suite, avec l’Associated Press et ouvre, dans sa ville natale, son premier studio avec un autre de ses amis, Giancarlo Gramantieri. Tous deux se spécialisent dans la photo-portrait de célébrités locales.
En 1971, une autre rencontre intéressante, celle avec le directeur du magazine Elle, à savoir Peter Knapp qui lui conseille de partir pour Paris. Il s’y rend en 1973 et n’en repartira plus. Il devient journaliste-reporter photos pour l’Agence Huppert, mais son intérêt, pour la photo de mode, devient grandissante et il commence vivement à s’intéresser au travail de photographes connus dans ce domaine comme Irving Penn (dont il dit qu’il est son maître tant il se sent très proche dans la façon de travailler), Richard Avedon ou Helmut Newton.
Il peaufine et accroit son travail dans la photo de mode en devenant l’assistant de Lawrence Sackman qui va vraiment se révéler être un professeur, certes très autoritaire, mais immensément compétent qui lui apprendra les tenants et les aboutissants de la créativité. Il décide, riche des enseignements qui lui ont été prodigués, de prendre son envol, tourne ses propres éditoriaux de mode et campagnes publicitaires. C’est en 1980 qu’il signe la première pour la Maison Dior : le succès est tel qu’il se fait un nom à l’international.
Paolo Roversi est marié à une ex-mannequin Laetitia Firmin-Didot qui lui a donné deux enfants. Son atelier depuis, de nombreuses années, se trouve rue Paul Fort à Paris.
« Quand je regarde en arrière, je ne vois qu’un journal intime écrit jour après jour, photo après photo, avec beaucoup d’amour et de passion « .













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